La semaine dernière, un associé d’un cabinet new-yorkais m’a appelé pour me demander si je pouvais « faciliter une rencontre avec le ministre des Mines ».
Je lui ai demandé lequel — celui en poste actuellement à Kinshasa, celui qui l’était il y a six mois, ou celui qui le sera dans trois mois ?
Et puis: lequel, au juste ?
Celui du gouvernement central, qui délivre les permis et signe les conventions minières ?
Ou le ministre provincial des Mines du Haut-Katanga, qui vient de suspendre puis lever partiellement les activités cupro-cobaltifères sur son territoire en décembre dernier — sans demander l’avis de Kinshasa ?
Ou celui du Lualaba, qui gère ses propres contrôles de conformité et ses propres pénalités financières ?
Parce que la Constitution congolaise de 2006 a transféré aux provinces des compétences exclusives en matière de police minière, de protection environnementale, et de gestion de l’exploitation artisanale.
Le Code Minier de 2018 a ajouté des couches de compétences partagées entre le gouvernement central — CAMI, Direction des Mines, ministère — et les autorités provinciales, chaque niveau pouvant bloquer, suspendre ou conditionner ce que l’autre a autorisé. Un gouverneur de province peut immobiliser une opération que Kinshasa a bénie. Un ministre provincial peut imposer des conditions que le texte du Partenariat Stratégique ne mentionne nulle part.
Il y a eu un silence au bout du fil.
Bienvenue en République Démocratique du Congo, mesdames et messieurs les investisseurs.
Depuis la signature de l’Accord de Partenariat Stratégique RDC-États-Unis le 4 décembre 2025, mon cabinet a reçu plus de demandes de renseignements en deux mois qu’au cours des cinq années précédentes. Des fonds d’investissement, des cabinets d’avocats londoniens, des sociétés d’exploration canadiennes — tous veulent « entrer vite ». Aucun ne sait que le « Katanga » n’existe plus depuis 2015. Aucun n’a lu l’analyse du Congo Herald sur l’esclandre Mantashe-Kabamba au Mining Indaba, quand le ministre sud-africain des Mines a accusé la RDC de « selling out » ses minerais aux Américains.
Les questions se répètent. « Quels actifs sont viables dans la Réserve d’Actifs Stratégiques ? » — le CAMI recense 3 165 droits miniers valides répartis sur 26 provinces aux réalités radicalement différentes. « Quel est le calendrier des réformes fiscales ? » — le Comité de Pilotage Conjoint a tenu sa réunion inaugurale le 5 février 2026, étape procédurale, pas opérationnelle. Le Guichet Unique ? Aspirationnel. Le remboursement de TVA sous 90 jours ? Comme le rappelait le Congo Herald cette semaine, 50 % des recettes publiques partent en salaires — l’État ne peut même pas se payer lui-même. L’administration fiscale ne rembourse pas. Elle négocie. Et cette négociation ne figure dans aucun PowerPoint présenté à Cape Town.
Ce qu’ils ne demandent pas
Pas un seul investisseur ne m’a interrogé sur l’électricité. Le taux d’électrification national plafonne à 21,5 %. Les opérateurs sérieux — Ivanhoe, SICOMINES, Kibali Gold — ont construit 363 MW de capacité parallèle parce que la SNEL ne peut pas les alimenter. Un droit minier sans électricité est un papier encadré au mur.
Pas un seul ne m’a parlé de Manono. Dans la province du Tanganyika, l’un des plus grands gisements de lithium au monde fait l’objet d’arbitrages simultanés devant la CCI et le CIRDI, le principal actionnaire d’AVZ est une filiale du chinois CATL, et Zijin Mining prévoit de commencer la production sur la partie nord dès mi-2026. KoBold Metals a déposé douze demandes de permis de recherche dans la zone. C’est le premier test réel du SPA, ce fameux partenariat stratégique RDC-USA. S’il échoue à Manono, le cadre entier perd sa crédibilité.
Pas un seul ne m’a parlé de Rubaya. Le Congo Herald documenté comment le M23 a transformé Lomera, au Sud-Kivu, en second sanctuaire financier. Les mines de coltan de Masisi fournissent 15 % du tantale mondial sous contrôle rebelle, avec au moins 800 000 dollars par mois prélevés par le M23. Plus de 200 morts dans un seul effondrement. Mais mes interlocuteurs ignoraient même l’existence de ces sites. Le tantale, l’or d’Ituri — dont une partie transite peut-être par l’Ouganda, comme le suggérait l’aveu sidérant du vice-gouverneur de la banque centrale ougandaise sur 6,4 milliards de dollars d’exportations d’or au pedigree douteux — tout cela est invisible dans leur cartographie mentale.
Et pas un seul ne m’a demandé si des entreprises américaines avaient effectivement obtenu des permis miniers depuis décembre. La réponse est non.
La leçon Forrest
Il y a dans ce pays un homme que ces investisseurs devraient étudier avant d’ouvrir un dossier de due diligence. George Arthur Forrest, né à Lubumbashi en 1940, fils d’un Néo-Zélandais arrivé à Kolwezi en 1922, a bâti le premier groupe privé du Congo à travers la zaïrianisation de Mobutu (qui a ruiné sa famille sans compensation), deux guerres civiles, une prise d’otage à Kolwezi en 1978, des panels de sanctions de l’ONU, et l’invasion commerciale chinoise.
Forrest n’est pas un saint. Le panel d’experts de l’ONU en 2002 a recommandé des sanctions contre son groupe. Des ONG l’ont accusé de pillage. Mais sa survie en dit long sur l’environnement que ces investisseurs prétendent comprendre. Sa règle d’or, répétée pendant des décennies: « Nous avons traversé de nombreuses crises parce que nous ne nous mêlons pas de politique. »
Les Américains arrivent en 2026 enveloppés dans une couverture sécuritaire-diplomatique, explicitement alignés sur un camp géopolitique, dans un pays où la Chine contrôle 74 % des exportations de cobalt et 80 % de la capacité mondiale de raffinage. L’alignement politique n’est pas un avantage compétitif en RDC. C’est une vulnérabilité. La famille Forrest a survécu à Mobutu, aux deux Kabila et à Tshisekedi. Quel fonds américain peut en dire autant ?
Le décalage fatal
Un gestionnaire de fonds m’a demandé: « Si nous nous engageons maintenant, quand verrions-nous les premiers revenus ? » Sept à douze ans pour un projet cuivre greenfield. Cinq à sept ans pour le lithium. Le corridor de Lobito ? L’appel d’offres pour le tronçon congolais ne sera lancé qu’en avril 2026. Et pendant que Washington promet des financements transformateurs, ce sont les banques africaines — UBA en tête — qui débloquent les crédits, pendant que la DFC reste, comme le notait le Congo Herald, aux abonnés absents.
Sa réponse: « Ça ne rentre pas dans le cycle de vie de notre fonds. »
Ivanhoe a investi 1,1 milliard de dollars dans une seule fonderie. Les Chinois ont investi pendant vingt ans. George Forrest a investi pendant un siècle. À 85 ans, il a publié L’Afrique peut nourrir le monde et élève 56 000 têtes de bétail. Le Président Tshisekedi a qualifié son ouvrage de « bible ». L’homme qui a bâti sa fortune sur le cuivre investit désormais dans la farine et les biscuits. Après un siècle, il a compris: les minerais ne sont pas le sujet. Le pays est le sujet.
Un éditorialiste du Congo Herald énumérait récemment les neuf façons dont les Congolais risquent de tout faire foirer face aux mégaprojets de 2026. La dixième, il ne l’a pas écrite: laisser entrer des investisseurs qui n’ont jamais entendu parler de Rubaya, de Manono, ou de la famille qui a survécu cent ans dans un environnement qui détruit les mieux préparés.
L’Accord de Partenariat Stratégique a ouvert une porte. Pour l’instant, au vu des questions qu’ils posent — et de celles qu’ils ne posent pas — je ne suis pas optimiste.
Mais le Congo a cette habitude de surprendre tout le monde. Y compris ceux qui pensent le connaître.
Cette chronique reflète les observations d’un praticien du droit des affaires congolais. Les opinions exprimées n’engagent que leur auteur.



