Dimanche 9 février 2026, huis clos ministériel au Cape Town International Convention Centre lors du Mining Indaba 2026. Le ministre sud-africain des Mines Gwede Mantashe accuse la RDC d’avoir « bradé » ses minéraux aux États-Unis — « selling out, or words to that effect », selon deux analystes présents dans la salle. Son homologue congolais Louis Watum Kabamba, tout juste rentré de Washington où il venait de coprésider le Comité de Pilotage inaugural du Partenariat Stratégique, s’offusque. Se défend. Puis, quarante-huit heures plus tard, lâche à Reuters la phrase que personne à Washington ne voulait entendre.
«Tout ce que nous avons fait avec l’Amérique est un cadre dans lequel nous discuterons de questions d’intérêt mutuel. C’est tout ce que c’est. Cela peut devenir un grand projet majeur. Cela peut aussi devenir un autre projet qui ne les intéresse pas. Nous continuerons parce qu’il y a beaucoup d’autres partenaires avec qui discuter.»
Voilà le paradoxe fondamental du SPA résumé par le propre ministre des Mines du pays signataire: l’accord le plus ambitieux de l’histoire minière congolaise n’est, aux yeux de Kinshasa, qu’un cadre parmi d’autres.
Deux ministres, deux peurs
L’échange n’est pas une anecdote diplomatique. Il expose deux lignes de faille que les investisseurs occidentaux feraient bien de cartographier.
La peur de Mantashe est continentale. L’Afrique du Sud s’est vu imposer des droits de douane de 30 % par l’administration Trump. La RDC n’écope que de 10 % — un écart de vingt points que Mantashe attribue directement au SPA. Son argument est que, en signant un accord bilatéral, la RDC permet aux États-Unis de fragmenter la solidarité africaine. « Ce n’est pas l’intérêt national de la RDC qui est en jeu. C’est l’intérêt continental. » Traduit sans diplomatie: chaque accord bilatéral que Washington signe avec un producteur africain affaiblit la capacité collective du continent à négocier. Le thème de l’Indaba 2026 — « Stronger Together » — n’aura jamais sonné aussi creux.
La peur de Kabamba est domestique. Quand il déclare que la RDC « n’a rien vendu et ne vendra rien pour rien », il ne s’adresse pas à Pretoria. Il s’adresse à Kinshasa. Au recours constitutionnel déposé en janvier 2026 devant la Cour constitutionnelle, contestant la validité de l’accord au motif qu’il viole les dispositions sur la souveraineté des ressources naturelles. Au rapport de l’Oakland Institute — « Shafted » — qui qualifie le SPA de mécanisme d’extraction déguisé en partenariat de paix. Aux activistes de la société civile qui martèlent que « le Congo n’est pas à vendre ».
Et aux Congolais sur X, qui n’ont pas attendu Mantashe pour accuser tout le monde de pillage — y compris l’Afrique du Sud elle-même, renvoyée à ses propres réseaux de contrebande minière dans l’Est et aux agissements de ses anciens casques bleus.
La fenêtre qui rétrécit
Deux semaines séparent le triomphe de Washington et la douche froide du Cap. Le 5 février, le Comité de Pilotage désigne officiellement la liste SAR. Le communiqué conjoint invite le secteur privé à « contacter l’un ou l’autre gouvernement » pour obtenir cette liste et explorer les opportunités d’investissement. Quatre jours plus tard, le ministre signataire réduit publiquement l’accord à un « cadre qui peut ne mener à rien ».
Cette dissonance n’est pas accidentelle. Elle reflète une réalité que l’architecture triomphante du sommet Ministeriel sur les Minéraux Critiques du 4 février dernier à Washington — 54 pays, 11 accords signés en une journée, FORGE lancé, Project Vault doté de 10 milliards de dollars EXIM — ne peut masquer: Kinshasa a entendu ces promesses avant.
La Sicomines, le méga-contrat sino-congolais de 2008, promettait 9 milliards de dollars d’infrastructures. Dix-sept ans plus tard, le bilan réel est une fraction de cette promesse. Le traumatisme des grands accords jamais exécutés est le prisme à travers lequel la classe politique congolaise évalue chaque nouveau partenariat — et c’est ce prisme que Washington sous-estime dangereusement.
Et les « autres partenaires » de Kabamba ont déjà un nom. Les Émirats arabes unis négocient un CEPA avec la RDC. Gécamines-Mercuria expédie déjà 50 000 tonnes de cuivre vers le Golfe, en parallèle des 100 000 tonnes destinées aux États-Unis. Le corridor de Lobito n’est pas un monopole américain — c’est un espace contesté où plusieurs capitaux rivalisent pour les mêmes trajectoires logistiques.
Le verdict est clair
L’ironie finale du Mining Indaba 2026 est que le plus grand risque pour le SPA ne vient ni de la Chine, ni du M23, ni de l’opposition congolaise. Il vient de la vitesse. Washington dispose d’une fenêtre de premier entrant qui se mesure en mois, pas en années. Chaque semaine sans projet SAR concrétisé, sans réforme fiscale opérationnelle, sans dollar DFC effectivement déployé, est une semaine où les « autres partenaires » de Kabamba avancent leurs pions.
« Pour ceux qui pensent que nous allons tout vendre pour rien à l’Amérique, je dois être très clair: nous n’avons rien vendu. Et nous ne vendrons rien pour rien. »
À Washington de prouver que ce partenariat est autre chose qu’un cadre de plus.



