Lundi 24 août à Kigali, Paul Kagame balaie le protocole de démobilisation des FDLR signé par Kinshasa. Superficiel, dit-il. Tant que le problème n’est pas résolu, le Rwanda restera concerné.
Les FDLR. En 2026. L’argument de 1996, 1998, 2008, 2012.
Puisque ce mot revient, disons ce qu’il recouvre. Après le génocide de 1994 au Rwanda, deux millions de Hutu se réfugient au Zaïre, parmi lesquels des génocidaires ex-FAR et Interahamwe dont les héritiers formeront les FDLR en 2000. Fin 1996, l’Armée patriotique rwandaise et l’AFDL détruisent les camps et traquent les fuyards sur deux mille kilomètres. Les victimes sont en majorité des femmes, des enfants et des vieillards, et l’ONU a avancé le chiffre de deux cent mille morts. Le rapport Mapping du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, publié le 1er octobre 2010, écrit que ces attaques révèlent des éléments accablants qui, prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide. Kigali conteste depuis 2009. Le prétexte de lundi désigne donc une menace née des cendres de camps que cette armée a rasés.
Le vrai aveu date pourtant du 18 juillet. Devant les cadres du FPR, Kagame déclare que vouloir faire disparaître le M23 revient à vouloir faire disparaître le Rwanda. Le spécialiste des Grands Lacs Jean-François Le Drian l’a formulé sans détour : Kagame vient de décongoliser définitivement le M23.
Reste à comprendre pourquoi il avait payé si cher pour fabriquer ce récit.
Ce Que Kabila Lui A Vendu
La marchandise tient en un mot. Kinshasa.
Le 27 janvier 2025, jour de la chute de Goma, Corneille Nangaa annonce la couleur : notre objectif n’est ni Goma ni Bukavu, c’est Kinshasa. Quatre mois plus tard, selon le rapport du Groupe d’experts de l’ONU du 1er juillet 2026, Joseph Kabila multiplie les visites dans les zones tenues par l’AFC/M23, y rencontre les dirigeants, et sa plateforme « Sauvons la RDC » appelle à un soulèvement dont les objectifs correspondent à ceux de la rébellion.
Kigali n’avait pas besoin d’un porte-drapeau de plus ; il en avait eu quatre. Ce qu’un ancien chef d’État de dix-huit ans pouvait vendre, et lui seul, c’était le changement de régime : ses réseaux, ses hommes restés dans l’armée et l’administration, sa clientèle dans les provinces.
Or un pouvoir ami à Kinshasa vaut bien plus que deux provinces occupées. Cela transforme un pillage en contrat, et le corridor devient légal.
La Marchandise Valait Le Détour
Les mines de Rubaya, tenues par le M23 depuis avril 2024, produisent environ 15 % du tantale mondial. Le Groupe d’experts décrit un système minutieux : quatre dollars de taxe par kilo de coltan, deux par kilo de cassitérite, transporteurs agréés, point de contrôle à Mubambiro, paiements versés sur un compte Equity Bank au nom du coordonnateur financier du mouvement. Environ 800 000 dollars par mois, au moins 1 400 tonnes la première année.
Les exportations rwandaises de cassitérite ont bondi de 58 % sans que la production nationale l’explique. Le Groupe d’experts a écrit à Kigali le 2 avril 2026. Il attend toujours.
Voilà pourquoi la promesse de Kinshasa valait le prix demandé.
Sauf Qu’Il Ne Pouvait Pas Livrer
Dix-neuf mois après la promesse, ils tiennent Goma et Bukavu. Kinshasa n’a jamais été menacée.
Le rapport onusien dit pourquoi. Kabila et Nangaa visent la capitale, quand la majorité des commandants du M23 préfèrent consolider les deux Kivu. Le vendeur n’avait pas la main sur les hommes censés exécuter sa promesse.
Et son stock politique s’effondrait pendant qu’il négociait. Condamné à mort par contumace en septembre 2025, désigné par l’OFAC le 30 avril 2026, biens saisis. Un homme qui entre au Congo par le Rwanda ne reprend pas Kinshasa.
Kabila a vendu une capitale dont il n’avait ni la clé, ni les troupes, ni la légitimité.
Ce Qu’Il A Reçu À La Place
Pas la capitale. Une liste.
Le 2 mars 2026, l’OFAC sanctionne l’armée rwandaise elle-même, la RDF, pour avoir soutenu, entraîné et combattu aux côtés du M23. Pas un officier isolé, l’institution. Des confrères avaient déjà relevé les sanctions européennes visant trois généraux.
Le 25 juin, le Trésor américain frappe le circuit de l’or. La raffinerie Gasabo Gold à Kigali, son président Jean Malic Kalima, son directeur général Bosco Kayobotsi, et trois sociétés minières rwandaises contrôlées par Kalima : Bugambira Mines, Wolfram Mining and Processing, Rwinkwavu Mining Corporation. L’Union européenne avait déjà désigné Gasabo. Selon le Trésor, au moins soixante kilos d’or ont transité début 2026 par le Sud-Kivu occupé, escortés par des soldats de la RDF jusqu’à Kigali.
Cinq trains de sanctions en dix mois. L’armée, un ancien président, des généraux, une raffinerie, des sociétés minières. Et le reste, Congo Herald l’avait chiffré dès janvier : plus de neuf cents soldats rwandais enterrés, une dette à 78,2 % du PIB, un milliard d’aide gelé.
Faites l’addition. Neuf millions de taxes par an contre un milliard suspendu et une armée nationale sur liste noire.
Le prix humain, lui, se paie chez nous. En mars 2026, l’effondrement d’un puits à Rubaya a tué plus de deux cents personnes, dont des enfants ; le Trésor américain le cite lui-même. Les mines tenues par des groupes armés, écrit-il, sont liées au travail forcé, au travail des enfants et aux violences sexuelles. L’ONU désigne l’AFC/M23 comme le premier auteur des violations du droit humanitaire dans l’Est.
Ce Qu’Il Faut En Retenir
Qu’un montage s’effondre ne libère pas un mètre carré. Goma et Bukavu sont occupées, et nous avons documenté comment ces villes ont été perdues sans combat.
Rien ici n’excuse Joseph Kabila. Il n’a pas été manipulé, il a vendu. Il a monnayé sa caution d’ancien président à une rébellion soutenue par une armée étrangère.
Kagame, lui, avait déjà acheté un Kabila en 1996. Celui-là l’a jeté dehors en dix-huit mois.
Il a racheté le fils, plus cher. Cette fois, il n’a même pas eu Kinshasa.



