6,5 sur 20. C’est la note que le contrat Sicomines obtient quand on le passe à la grille à 5 critères de la Notation Congo Herald. Pas une opinion. Une lecture méthodique, adossée aux rapports de l’Inspection générale des finances, aux chiffres de la coalition Le Congo n’est pas à vendre et aux annexes du collectif budgétaire 2024. Méthodologie conforme aux OCDE SOE Guidelines 2024 et inspirée des Santiago Principles.
Précision d’emblée. Ceci est une Lecture Notation. Un décryptage qui emprunte la grille sans produire une notation officielle. Sicomines n’entre pas à l’historique des notations publiées, et le score reste indicatif. Mais la grille, elle, raconte la même histoire que le terrain. Un actif minier qui tourne à plein régime. Un État qui ne touche presque rien.
① Gouvernance et Indépendance. Note D−. Poids 20%
Pendant quinze ans, la direction de Sicomines a été tenue par un directeur général et un adjoint chinois. La RDC, actionnaire à 32%, n’avait pas la main. L’avenant 5 de 2024 lui rend le poste de directeur général adjoint, 5 administrateurs sur 11 et 40% du barrage de Busanga. Une minorité de blocage, pas un contrôle.
Et il a fallu deux audits de l’IGF, en 2022 puis de nouveau en 2026, pour qu’un actionnaire comprenne enfin sa propre coentreprise. Quand un État doit s’auditer deux fois en quatre ans pour lire un contrat qu’il a signé, la gouvernance n’est pas indépendante. Elle est subie.
② Traçabilité des Flux. Note E. Poids 20%
Le poste le plus dégradé. L’avenant prévoyait 624 millions de dollars pour 2024. Eximbank n’en a versé que 331,6 millions, selon les annexes du collectif budgétaire. Écart de 113 millions, destination non renseignée.
La société civile réclame toujours la publication intégrale du contrat et de ses annexes. La redevance de 1,2% censée alimenter le Trésor n’aurait, selon la CNPAV, été ni correctement tracée ni pleinement encaissée. Le précédent est lourd. L’avenant de 2017, qui a réorienté une partie des bénéfices vers les dividendes des actionnaires, n’a été divulgué qu’après le délai légal, au point que l’évaluation de l’ITIE-RDC l’a qualifié d’avenant resté dans l’ombre. On ne note pas un soupçon. On note une absence. Et l’absence, ici, est documentée par l’IGF comme par l’ITIE.
③ Performance Opérationnelle. Note D. Poids 30%
C’est le critère le plus lourd, et il coupe le contrat en deux. La mine fonctionne. Exportations de cuivre record, environ 2,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025 selon la CNPAV. Le seul étage du montage qui livre à l’heure.
La contrepartie congolaise, elle, s’effondre. Sur 3 milliards d’infrastructures attendus en quinze ans, l’IGF n’en a retrouvé que 822 millions, environ 26 millions par an. Et zéro kilomètre sur les 380 de chemin de fer promis. Depuis l’avenant, près de 700 millions auraient été financés selon Jules Alingete, dont des routes encore inachevées et un axe vers Bukavu bloqué par la guerre. Le minerai sort à l’heure. La route reste aux abonnés absents.
④ Viabilité Financière pour l’État. Note D−. Poids 20%
Le défaut est structurel, pas conjoncturel. Les 324 millions annuels d’infrastructures sont un montant fixe, déconnecté du prix du cuivre et du chiffre d’affaires de la coentreprise. Quand les cours montent, l’État ne suit pas.
La CNPAV chiffre le manque à gagner à 412,6 millions de dollars sur la période de 2024 à 2026, près d’un demi-million par jour, et prévient que la perte pourrait dépasser 2,3 milliards de dollars sur toute la durée de l’accord. Une analyse indépendante aboutit au même ordre de grandeur, environ 116 millions par an comparé au régime fiscal de droit commun. La coentreprise est rentable. Le pays, lui, sous-traite sa propre rente et la facture au peuple.
⑤ Risque de Capture. Note E. Poids 10%
Le montage d’origine concentrait les décisions du côté chinois et logeait des parts privées opaques, dont une participation de 12% attribuée à un actionnaire individuel selon les bases de données de financement au développement. Le barrage de Busanga a longtemps été géré par une structure autonome associant des entreprises chinoises et une société privée congolaise, sans participation directe de l’État, de l’aveu même de l’IGF.
La concentration documentée des décisions, conjuguée à l’opacité des flux, place ce critère en zone critique. Sans pièce établissant un détournement, la grille s’arrête à E. Critique, pas défaillante. Mais à un cran de la dernière marche.
Le Récapitulatif Qui Dérange
| Critère | Poids | Note indicative |
|---|---|---|
| ① Gouvernance et Indépendance | 20% | D− |
| ② Traçabilité des Flux | 20% | E |
| ③ Performance Opérationnelle | 30% | D |
| ④ Viabilité Financière pour l’État | 20% | D− |
| ⑤ Risque de Capture | 10% | E |
| Global indicatif | 100% | D− (6,5 / 20) |
Le plus parlant n’est pas la note. C’est que la renégociation de 2024, vendue comme la victoire qui corrigeait tout, ne déplace presque aucun curseur. La gouvernance reste minoritaire. Les flux restent illisibles. La rente continue de fuir à un demi-million par jour. Et l’État qui avait signé la réparation a déjà rouvert les comptes le 5 mars 2026, en confiant à un consortium ad hoc, l’ATF-PCSC, épaulé par Mayer Brown, Rothschild & Cie, EY et SRK Consulting, un audit technique et financier de toute la période 2008 à 2024. On n’audite pas ce qu’on croit avoir réglé.
Pendant ce temps, Washington signe un partenariat stratégique sur les minerais et parle d’accès préférentiel, quand environ 70% des actifs miniers congolais sont déjà sous contrôle chinois selon S&P Global. La contradiction américaine est inscrite dans sa propre loi. La Section 307 du Tariff Act bloque déjà à l’entrée tout minerai produit par le travail forcé, et le Congrès légifère, via le COBALT Supply Chain Act, pour viser nommément le cobalt congolais. Washington courtise un métal que sa douane peut refouler. La grille n’a pas à trancher ce paradoxe. Elle se contente de noter que la souveraineté minière congolaise se joue désormais entre un créancier chinois qui encaisse et un acheteur américain qui légifère contre ce qu’il convoite.
Le plus gros contrat minéral de l’histoire du pays reste chinois, reste à 6,5 sur 20, et reste opaque au point que la RDC doit l’auditer deux fois en quatre ans. La grille ne tarifie pas le bruit des communiqués. Elle tarifie le silence des comptes.
Dix-huit ans de cuivre parti vers l’est. Une redevance de 1,2% présentée comme une conquête. Et une note qui dit, froidement, ce que le discours d’investiture ne dira jamais. La RDC n’a pas perdu une négociation. Elle a perdu le contrat. Deux fois.
Cette Lecture Notation est un décryptage indicatif. Elle applique la grille à un actif précis et n’entre pas dans l’historique des notations officielles. La Notation Congo Herald est une évaluation trimestrielle produite en partenariat avec Ascendance Strategies (ascendance-strategies.com), cabinet parisien spécialisé en analyse du risque politique et en due diligence minière sur la RDC. Prochaine notation : T2 2026.



