Kinshasa, RDC – « Rien ne justifie l’exclusion des filles enceintes du système éducatif », a enfin déclaré Raissa Malu.
Sa circulaire du 14 juillet 2025 est arrivée avec des décennies de retard face à une épidémie de grossesses chez les mineures qui ravage la RDC. Décryptage d’une crise aux racines profondes.
« Tout établissement scolaire doit faciliter le maintien des élèves filles enceintes sans exigence discriminatoire », ordonne la circulaire du ministère de l’Éducation nationale du 14 juillet 2025.
Raissa Malu, ministre de l’Éducation, a enfin reconnu l’évidence: jusqu’ici, une grossesse était synonyme d’exclusion pour les jeunes filles. Cette mesure d’urgence révèle une vérité dérangeante: la RDC traverse une épidémie de grossesses chez les mineures. Près d’une naissance sur trois n’est pas planifiée, et les adolescentes paient le prix fort de cette catastrophe sociale.
Parlons-en.
- L’ignorance sexuelle institutionnalisée
En RDC, parler de sexualité reste tabou, même dans les écoles. Une femme sur cinq présente un besoin non satisfait en contraception moderne, révèle l’Enquête Démographique et de Santé 2023-2024. L’État a failli à son devoir d’éducation sexuelle. Pendant des années, ces mêmes écoles ont exclu les élèves enceintes, les punissant pour une grossesse résultant de leur propre défaillance éducative. « Beaucoup de jeunes filles veulent attendre avant d’avoir un enfant, mais elles n’ont ni les moyens de se protéger, ni la capacité de dire non », témoigne une sage-femme de Goma.
- Les violences sexuelles systémiques
Dans l’est de la RDC, les violences sexuelles sont endémiques. Des milliers de mineures subissent des agressions dans un climat d’impunité totale. « Beaucoup de survivantes viennent après avoir accouché d’un enfant issu d’un viol. Elles n’ont jamais été préparées« , révèle Etiennette Mukwanga, psychologue de l’UNFPA. Ces filles, déjà victimes de violences, étaient ensuite punies par le système éducatif. Double peine pour des enfants abandonnées par tous les systèmes censés les protéger.
- La pauvreté comme condamnation
Pauvreté plus absence d’opportunités égale grossesses précoces. Cette équation mortelle explique pourquoi les familles démunies sacrifient leurs filles dans des mariages précoces. « Dans notre pays, ce n’est pas toujours vous qui décidez si vous voulez un enfant. Parfois, c’est votre famille, votre mari », témoigne Maman Ombeni à Masisi. Le chômage des jeunes et l’insécurité alimentaire transforment la grossesse précoce en stratégie de survie désespérée.
- Les traditions patriarcales oppressives
Dans de nombreuses communautés congolaises, le corps de la femme appartient à tout le monde sauf à elle-même. Le manque d’autonomie reproductive reste la norme pour des milliers de jeunes filles. Quand l’information est absente et que les contraceptifs sont socialement rejetés, notamment par des organisations comme la CENCO, le choix devient une illusion. Les jeunes filles subissent des pressions constantes pour procréer tôt, présentées comme un « devoir » culturel. Ces mêmes traditions qui forcent les filles à la maternité précoce les stigmatisent ensuite, justifiant leur exclusion scolaire.
- L’effondrement des systèmes de santé et d’éducation
La RDC dispose d’un système de santé défaillant. Les centres manquent de personnel, d’équipements, de médicaments. Pour les adolescentes, accéder aux soins reproductifs relève du parcours du combattant. Le système éducatif, chroniquement sous-financé, transforme l’éducation en privilège. 214 millions de femmes qui préfèreraient éviter une grossesse n’ont pas accès à la contraception dans le monde. La RDC contribue largement à cette statistique. Pendant des décennies, l’exclusion scolaire des élèves enceintes était acceptée, voire encouragée.
Qu’on se dise la vérité
L’interdiction d’exclusion annoncée en juillet 2025 arrive avec un retard inexcusable. Cette mesure ne résoudra pas l’épidémie de grossesses chez les mineures. Elle permettra juste aux filles déjà enceintes de continuer leur scolarité, sans s’attaquer aux causes profondes. Pour combattre véritablement cette épidémie, la RDC doit mettre en place une éducation sexuelle comprehensive, garantir l’accès gratuit à la contraception, lutter contre les violences sexuelles et transformer les normes culturelles oppressives.
Chaque jour de retard condamne des centaines de mineures à des grossesses non désirées. Derrière chaque statistique se cache une jeune fille dont l’avenir a été brisé par l’indifférence collective. La mesure du 14 juillet n’est qu’un pansement sur une hémorragie. Il faut maintenant soigner la maladie.



