Il y a une scène qui résume tout. Un groupe WhatsApp. Des évêques congolais. Des messages à « caractère ségrégationniste ».
Des échanges tribalistes entre les mêmes hommes qui montent en chaire chaque dimanche pour fustiger le tribalisme de leurs compatriotes.
Bienvenue dans les entrailles de la CENCO en 2026.
La bombe a été lâchée le 23 février par Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, évêque de Mbuji-Mayi, 28 ans d’épiscopat au compteur. Sa lettre — intitulée *« Au nom de la vérité de l’Évangile » — a d’abord circulé à huis clos, avant de fuiter exactement là où elle accusait ses pairs de se mal comporter : sur les réseaux sociaux. L’ironie aurait été drôle si le sujet n’était pas si grave.
Ce que Kasanda a osé dire
L’évêque de Mbuji-Mayi accuse le triumvirat qui dirige la CENCO — Muteba, Ambongo, Nshole — d’avoir transformé l’Église en parti d’opposition déguisé en mission pastorale. Il dénonce des élections internes suspectes : Mgr Fulgence Muteba élu président en juin 2024 au premier tour, aux deux tiers des voix, « comme une lettre à la poste ». Il pointe le silence de la direction face aux massacres de l’Est. Et il pose la question qui tue : « Sommes-nous différents de ceux que nous pointons du doigt ? »
Non, Monseigneur.
Apparemment pas.
Car Congo Herald l’avait déjà documenté. En décembre 2025, Muteba avait utilisé sa chaire de Noël pour affirmer que l’accord USA-RDC engageait le pays pour 99 ans. Le chiffre est introuvable dans le texte. Défié publiquement par le ministre Muyaya de produire sa source, l’Archevêque de Lubumbashi n’a jamais répondu. Un évêque qui ment depuis son autel, puis se tait — c’est canoniquement inélégant.
Pendant ce temps, le Cardinal Ambongo perfectionne l’art du silence sélectif. Le Rwanda augmente ses exportations de coltan de 213 % grâce au pillage de Rubaya. Des milliers de Congolais catholiques meurent à l’Est. La réaction du primat de l’Église congolaise ? Des appels vagues au « dialogue ». Pas un mot pour nommer Kagame. Ces chrétiens massacrés ne sont-ils pas ses brebis ?
L’empire qui se croit au-dessus des lois qu’il édicte
Il faut comprendre ce qu’est vraiment la CENCO pour mesurer l’enjeu. Premier propriétaire foncier du pays après l’État. Plus de 200 radios communautaires qui façonnent l’opinion de 70 % des Congolais ruraux. 30 000 observateurs électoraux. Des diocèses avec des budgets supérieurs à des ministères entiers. Un réseau diplomatique parallèle via le Vatican qui court-circuite allègrement les ambassades congolaises.
Ce n’est pas une Église. C’est un État dans l’État, sans élections, sans transparence financière, et avec une immunité morale que personne n’ose remettre en question.
Jusqu’à Kasanda.
Rome a vu. Rome attend. Rome va agir.
À Rome, le silence est un art. Mais le Palais Apostolique n’est pas sourd.
Le pape Léon XIV l’avait dit en janvier 2026 au corps diplomatique: « La prophétie chrétienne n’est pas une action politique. »
Le message visait directement Muteba et Ambongo.
Aujourd’hui, l’information circule dans les couloirs de la Nonciature à la Gombe faisant savoir que le Vatican envisagerait d’envoyer un visiteur apostolique pour auditer la CENCO. Dans le droit canonique, un visiteur apostolique, c’est l’antichambre de la sanction. C’est Rome qui dit « nous avons perdu confiance, nous vérifions nous-mêmes ».
Et la question que se pose Rome est simplement et sacrement claire. Comment la CENCO peut-elle vendre son « Pacte Social pour la Paix » pour réconcilier l’Est du pays si elle est incapable de réconcilier Mbuji-Mayi et Lubumbashi ?
Bref.
La réaction prévisible à la lettre de Kasanda a été immédiate : un prêtre de Kongolo l’accuse de violer la « collégialité épiscopale » et réclame des excuses publiques. Traduction ? On ne lave pas le linge sale en public. Argument classique de toutes les institutions corrompues qui préfèrent la tunique souillée à la purification visible.
Kasanda a peut-être commis une faute de forme. Mais il a posé une question de fond que la CENCO ne peut plus ignorer.
Une institution qui réclame une autorité morale absolue sur les autres doit accepter d’être tenue au même standard qu’elle impose aux autres. Sinon, elle n’est plus une conscience. Elle est une imposture en soutane.
Si le sel de la terre s’affadit dans le chaudron du tribalisme, qui salera le destin des Congolais ?
Bonne question, Monseigneur. En attendant la réponse, Rome regarde.
Et le peuple aussi.



