No Result
View All Result
50 IDÉES DE BUSINESS
Congo Herald
  • Actualité
    • Accueil
  • Notation
  • Sécurité
  • Économie
  • Société
  • Politique
  • Mines
  • Décryptage
  • Géopolitique
  • Actualité
    • Accueil
  • Notation
  • Sécurité
  • Économie
  • Société
  • Politique
  • Mines
  • Décryptage
  • Géopolitique
No Result
View All Result
Congo Herald
No Result
View All Result

RDC: Après Avoir Abandonné Le Nord-Kivu Et Le Sud-Kivu, La BCC Veut Maintenant Dédollariser Kinshasa À Coups De Communiqués

Depuis la chute de Goma et de Bukavu, les banques commerciales ont fermé leurs portes. La BCC a coupé l’approvisionnement en billets de banque. Les populations civiles congolaises restées sur place, fonctionnaires, retraités, petits commerçants, mères de famille, n’ont plus accès à leur propre monnaie nationale.

Par Bernard Muhindo
16 avril 2026
Dans Actualité
0 0
RDC: Après Avoir Abandonné Le Nord-Kivu Et Le Sud-Kivu, La BCC Veut Maintenant Dédollariser Kinshasa À Coups De Communiqués
0
SHARES
660
VIEWS
Share on FacebookShare on Twitter

Il existe, dans la gestion monétaire de la République démocratique du Congo, une contradiction que personne ne semble vouloir nommer. Le 9 avril 2026, la Banque centrale du Congo (BCC) a annoncé l’interdiction, à compter d’avril 2027, de toute transaction en espèces en devises étrangères sur le territoire national. L’objectif affiché est de restaurer la souveraineté du franc congolais. L’ambition est louable.

Mais elle se heurte à un fait que le gouverneur André Wameso ne peut ignorer. Dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, occupées par les rebelles de l’AFC/M23, c’est la BCC elle-même qui a organisé la disparition du franc congolais. Renforcer la présence monétaire de l’État dans ces zones, c’est aussi combattre l’agression rwandaise sur le terrain
économique.

Depuis la chute de Goma et de Bukavu, les banques commerciales ont fermé leurs portes.  La BCC a coupé l’approvisionnement en billets de banque. Les populations civiles congolaises restées sur place, fonctionnaires, retraités, petits commerçants, mères de famille, n’ont plus accès à leur propre monnaie nationale. Le vide a été comblé par le
dollar américain, le shilling ougandais et, ironie cruelle, le franc rwandais, c’est-à-dire la monnaie de l’agresseur.

Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, il faut remonter le fil d’une histoire monétaire où la monnaie congolaise n’a jamais été pensée comme un droit du citoyen.

Une monnaie qui n’a jamais appartenu au peuple

Le franc congolais est né en 1887, créé par Léopold II pour unifier les moyens d’échange de l’État indépendant du Congo.

Dès l’origine, il était un instrument au service du pouvoir, pas de la population. Sous le Congo belge, la Banque du Congo belge détenait le privilège d’émission, mais le représentant du ministre des Colonies siégeait à chaque réunion de direction avec un droit de veto. La monnaie servait à financer le Plan
décennal colonial et à sécuriser les capitaux belges. Elle n’a jamais été conçue pour autonomiser les Congolais.

L’indépendance de 1960 n’a pas rompu cette logique. Le chaos institutionnel a conduit à la création d’un Conseil monétaire provisoire, sur proposition du Fonds Monétaire
International (FMI), en attendant une banque centrale opérationnelle. En 1967, la réforme monétaire de Mobutu a remplacé le franc par le zaïre, avec des objectifs légitimes allant de la stimulation de la production à la libéralisation des importations et à la stabilisation des prix. Pendant quelques années, cela a fonctionné. Puis le régime a transformé la banque centrale en guichet automatique, recourant au financement monétaire illimité des déficits et à l’impression de billets sans contrepartie, jusqu’à une hyperinflation culminant à 2 000 % dans les années 1990. C’est cette période qui a tué la confiance dans la monnaie nationale et installé la dollarisation qui structure encore notre économie.

Le franc congolais actuel, réintroduit en 1998 en pleine Deuxième Guerre du Congo, est né fragile. Il a survécu grâce à la discipline budgétaire imposée par les programmes du
FMI à partir de 2001, fondée sur l’arrêt de la planche à billets, le ciblage de la masse monétaire et la tolérance de la dollarisation comme prix de la stabilité. Pendant deux
décennies, la doctrine était claire. Stabiliser les prix, ne pas provoquer de crise et vivre avec le dollar. Le franc congolais existait, mais il ne régnait pas. Il faut rappeler, car la
mémoire institutionnelle est courte, que la RDC a déjà tenté par deux fois la dédollarisation forcée. En 1983, les autorités avaient racheté de force les avoirs en devises inscrits dans les comptes bancaires des résidents. Les économistes Lendele Kola et Kamanda Kimona ont documenté les conséquences, à savoir une méfiance généralisée envers le système bancaire et une fuite massive des capitaux.

En janvier 1999, les autorités ont interdit les transactions intérieures en devises et lancé une chasse aux cambistes. Le marché noir a explosé, l’activité économique s’est désorganisée et la mesure a été abandonnée quelques mois plus tard. La question que l’économiste Caleb Bonyi Mukadi pose avec justesse mérite d’être entendue.

Qu’est-ce qui a fondamentalement changé depuis ? Ce qui frappe, quand on traverse ces époques, c’est une constante. La monnaie congolaise a toujours été traitée comme une variable d’ajustement du pouvoir central.

Sous les Belges, elle servait le colonisateur. Sous Mobutu, le régime. Sous le FMI, la stabilité macroéconomique. Jamais elle n’a été pensée comme un service public universel, comme un droit d’accès, comme un instrument d’inclusion. Le mandat légal de la BCC confirme cette hiérarchie, puisque son objectif principal est « la stabilité du niveau général des prix ». Nulle part il n’est question de continuité du service monétaire sur l’ensemble du territoire.

« La monnaie est une créature du droit »

Pourtant, la théorie économique dit autre chose. En 1905, l’économiste allemand Georg Friedrich Knapp posait dans sa Théorie étatique de la monnaie le principe fondateur du
chartalisme. La monnaie n’est pas une marchandise dont la valeur découlerait de sa rareté. Elle est une création juridique de l’État, un jeton validé par la puissance publique.

En 1947, Abba Lerner prolongeait cette intuition en affirmant que la responsabilité de l’équilibre monétaire incombe entièrement à l’État, précisément parce qu’il détient le pouvoir de créer ou de retirer la monnaie. Si la monnaie est une créature de la loi, alors l’institution d’émission qui cesse de la faire circuler sur une partie du territoire national affaiblit, de facto, l’exercice de la souveraineté que le président de la République s’efforce de rétablir.

Michel Aglietta et André Orléan, dans La Monnaie souveraine, ont ajouté une dimension
anthropologique décisive. La monnaie n’est pas seulement un outil économique. C’est un lien social, un marqueur d’appartenance à une communauté politique. Bruno Théret
a prolongé cette analyse en théorisant le lien entre dette sociale et monnaie. C’est par la monnaie que l’État honore sa dette envers ses citoyens, en les payant, en les protégeant,
en les incluant dans le circuit économique. Et c’est par la monnaie que les citoyens honorent la leur envers l’État, par l’impôt et par la participation à la vie économique.

Lorsque la BCC interrompt ce circuit dans les zones occupées, c’est ce double lien qu’elle fragilise, au détriment de la vision présidentielle de cohésion nationale.

En droit administratif, le principe de continuité du service public s’impose même en temps de crise. L’État est tenu de fournir les services de base à ses citoyens, indépendamment de leur localisation géographique ou de la situation sécuritaire. L’argument de la force majeure ne saurait justifier l’abandon pur et simple de la fonction monétaire, surtout lorsque cet abandon punit les populations civiles plutôt que
l’occupant.

Une politique de la terre brûlée monétaire

Appelons les choses par leur nom. La décision de la BCC de couper l’approvisionnement en francs congolais dans les zones occupées s’apparente à une politique de la terre brûlée
monétaire. Elle obéit à une logique de sécurité stricte, celle d’empêcher que le CDF ne tombe entre les mains des rebelles et ne finance leur effort de guerre. On peut comprendre cette préoccupation. On ne peut pas l’accepter dans ses conséquences.

Car les conséquences sont dévastatrices. Le déficit de liquidités en CDF provoque une déflation locale ou, à l’inverse, une spéculation sauvage sur le peu de billets restants. Les fonctionnaires dont les salaires sont libellés en francs congolais perdent tout pouvoir d’achat. Les ménages sont contraints d’accepter des monnaies étrangères dans des
conditions défavorables. Et la souveraineté monétaire que la BCC prétend défendre à Kinshasa s’effondre précisément là où elle est la plus menacée.

Il faut nommer ce qui s’est installé à la place. Dans les provinces de l’Est, un système monétaire parallèle s’est constitué, presque entièrement détaché du cadre formel de
Kinshasa. Le billet de cent dollars américains est la monnaie du quotidien, utilisé pour le commerce transfrontalier avec le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, pour les salaires et
pour l’aide humanitaire. L’or artisanal, extrait de milliers de sites miniers, fonctionne comme réserve de valeur et moyen d’échange. Les cambistes de rue, les circuits de transfert de type hawala et les routes de contrebande constituent la véritable infrastructure financière. Les groupes armés, qu’il s’agisse du M23 ou des milices locales, taxent ou contrôlent ces flux en dollars pour financer leurs opérations. Ce système est résilient aux communiqués de Kinshasa. Il ne l’est pas aux chocs extérieurs. 

Raúl Carrillo, chercheur américain en théorie monétaire, a proposé le concept de « sujet monétaire » pour décrire les individus subordonnés à un souverain monétaire, et celui de « vassal monétaire » pour désigner ceux qui, par contrainte ou par nécessité, s’assujettissent à une devise étrangère. Les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont devenues des vassaux monétaires involontaires. Elles n’ont pas choisi de transiger en dollars ou en francs rwandais. C’est la BCC qui les y a contraintes en retirant le CDF.  Il s’agit d’un cas d’école de vassalisation monétaire forcée, non par l’ennemi, mais par
l’institut d’émission lui-même, en contradiction avec le mandat que lui confie la Constitution.

Certains observateurs évoquent déjà le spectre d’une « soudanisation » monétaire de la RDC. Le terme est sévère, mais il pose une question légitime. Lorsqu’un État ne fait plus
circuler sa propre monnaie sur une partie de son territoire, lorsque c’est la devise de l’agresseur qui s’y substitue, la fracture n’est plus seulement militaire. Elle est économique, symbolique, existentielle. Et c’est précisément ce que le programme de reconquête territoriale de l’Union Sacrée doit intégrer dans sa dimension monétaire.

Souveraineté nominale contre souveraineté effective

La littérature récente en économie politique internationale opère une distinction que la BCC gagnerait à méditer. Steffen Murau et Jens van’t Klooster démontrent que la souveraineté monétaire ne réside pas dans le droit abstrait d’émettre une monnaie, mais dans la capacité effective de l’État à contrôler la monnaie publique, à réguler la monnaie privée et à atteindre ses objectifs de politique économique. La souveraineté monétaire se mesure à ce que l’État fait, pas à ce qu’il a le droit de faire. 

Appliqué à la RDC, ce cadre est accablant. La BCC détient le droit juridique d’émettre le franc congolais. Mais elle a perdu la souveraineté effective dans le Nord-Kivu et le Sud-
Kivu en cessant de l’y distribuer. L’histoire se répète. Comme sous Mobutu, où la planche à billets avait détruit la confiance dans le Zaïre, la BCC d’aujourd’hui détruit la présence
du CDF par l’inaction. Les mécanismes diffèrent, mais le résultat est identique. La monnaie nationale disparaît du quotidien des Congolais dans les territoires sous contrôle
des rebelles de la coalition AFC/M23.

La Théorie monétaire moderne, portée par Randall Wray et Stephanie Kelton, insiste sur le fait que les États monétairement souverains possèdent des capacités uniques. Ils  peuvent créer de la monnaie, financer leurs dépenses, piloter l’activité. Mais cette souveraineté n’existe que si elle est exercée. La BCC dispose de tous les leviers pour
maintenir la circulation de sa monnaie dans les zones de crise, qu’il s’agisse de monnaie électronique, de portefeuilles mobiles agréés ou de corridors humanitaires. Ne pas les
utiliser, c’est ne pas honorer le mandat que le chef de l’État lui a confié lorsqu’il a appelé à une approche « plus innovante et structurée » de la politique monétaire.

Le paradoxe de la dédollarisation

C’est dans ce contexte qu’il faut lire les mesures du 9 avril 2026. La BCC annonce qu’elle va interdire le dollar en espèces sur l’ensemble du territoire, en imposant la scripturalisation de toutes les transactions en devises. Toute opération devra passer par un compte bancaire ou un portefeuille électronique. Mais les données de la Banque mondiale sont implacables. Seulement 26 % des adultes congolais possèdent un compte bancaire ou mobile money. Les 74 % restants n’ont accès à aucun circuit financier formel.

Dans les zones minières rurales, dans les camps de déplacés, dans les marchés de Goma, de Bukavu et de Bunia, la transition vers le paiement électronique est une impossibilité
matérielle. Il n’y a pas de guichets bancaires, pas de réseau mobile fiable, pas d’électricité stable. La conséquence prévisible est une crise de liquidité imédiate, une envolée des
prix et un boom du marché noir du dollar, c’est-à-dire exactement ce que la réforme prétend combattre.

Plus grave encore, le secteur minier artisanal, qui emploie des centaines de milliers de personnes et génère des milliards de façon informelle, sera frappé de plein fouet. Les paiements en espèces aux creuseurs devenant illégaux, l’activité sera poussée plus profondément dans la clandestinité ou vers les routes de contrebande contrôlées par les groupes armés. Le risque est d’augmenter, et non de réduire, le financement des conflits à court terme.

Le résultat le plus probable est l’émergence d’une économie à deux vitesses, avec un ouest et des centres urbains en voie de formalisation d’un côté, et un est qui continue à fonctionner entièrement en espèces en dollars, hors de tout contrôle étatique, de l’autre.

Ce n’est pas de la dédollarisation. C’est de la ségrégation monétaire. 

La RDC est l’une des économies les plus dollarisées au monde, avec 90,9 % des dépôts bancaires libellés en dollars. Cette réalité ne s’est pas installée par hasard. Elle est le produit direct de l’hyperinflation des années 1990, de la destruction systématique de la confiance dans le Zaïre par le régime Mobutu, et de deux décennies de tolérance pragmatique par la BCC elle-même. Cette réalité ne se décrète pas hors d’existence en un communiqué.

La littérature économique est sans ambiguïté. Les dédollarisations réussies, au Pérou, en Israël, au Mexique, en Pologne, ont reposé sur l’incitation et la crédibilité, jamais sur la coercition. Les économistes congolais le confirment.

Sasse Kembe a démontré que ce n’est pas le niveau de l’inflation qui détermine la dollarisation en RDC, mais l’incertitude et la volatilité qui y sont associées, autrement dit la mémoire du traumatisme. Kabuya Kalala et Tshiunza Mbiye l’ont formulé avec une clarté qui devrait hanter les couloirs de la BCC. Sans crédibilité, il n’y a pas de remonétisation. Or, la crédibilité ne se décrète pas. Elle se démontre. 

Le paradoxe est saisissant. La même institution qui prétend restaurer la souveraineté du franc congolais a elle-même organisé sa disparition dans deux provinces entières. Elle
veut interdire le dollar en espèces à des millions de Congolais qui n’ont pas de compte bancaire, tout en ayant fermé le robinet du CDF là où il était le plus nécessaire. Et ce
paradoxe s’inscrit dans une continuité historique troublante. De la monnaie coloniale au service de Bruxelles à la monnaie mobutiste au service du régime, du franc stabilisé par
le FMI au prix de la dollarisation jusqu’à la dédollarisation par communiqué d’avril 2026, le citoyen congolais n’a jamais été au centre de la politique monétaire de son propre pays.

Faire moins que ce que le droit exige d’un occupant

Il existe un argument juridique que je souhaite porter à l’attention de la BCC et du gouvernement. Dans ses travaux pour le Fonds monétaire international, François
Gianviti rappelle qu’en cas d’occupation militaire, les Règlements de La Haye imposent à la puissance occupante de prendre des mesures économiques dans l’intérêt de la
population du territoire occupé. Même un occupant a l’obligation de veiller au fonctionnement économique minimal du territoire qu’il contrôle.

Que dire, alors, d’un État souverain légitime qui fait moins que ce que le droit international exigerait d’un occupant militaire ? La BCC n’est pas une puissance étrangère. C’est l’institution régalienne chargée de la politique monétaire de la
République. Ses obligations envers les populations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ne sont pas moindres que celles d’un belligérant. Elles sont infiniment supérieures. En coupant les vivres monétaires, la BCC affaiblit le lien entre l’État et ses citoyens précisément là où ce lien est le plus vital pour la cohésion nationale. C’est une erreur stratégique qui dessert les objectifs mêmes de l’Union Sacrée, à savoir le rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.

Dédollarisation contre cadre légal

Le paradoxe structurel ne s’arrête pas là. La RDC exporte la quasi-totalité de sa production minière en dollars et importe la quasi-totalité de ses biens de consommation en dollars. Dans ce contexte, le dollar n’est pas une préférence. C’est le sang qui irrigue l’économie. Vouloir supprimer la circulation physique du dollar sans avoir au préalable transformé la structure de production est une équation économiquement périlleuse.

L’incohérence est d’abord constitutionnelle. L’article 170 de la Constitution dispose que le franc congolais « a le pouvoir libératoire sur tout le territoire national ». Si la
Constitution confère au CDF un pouvoir libératoire universel, la BCC a l’obligation corrélative de le rendre accessible sur tout le territoire. Cesser de l’approvisionner dans deux provinces contredit cette disposition fondamentale.

L’incohérence est ensuite sectorielle. Le Code minier de 2018 impose aux titulaires de droits miniers d’exploitation de rapatrier en RDC 60 % de leurs recettes d’exportation pendant la période d’amortissement de l’investissement, puis 100 % après. 1920 Ces devises rapatriées sont logées dans des comptes en devises auprès des banques commerciales agréées en RDC. Les sociétés minières ont la garantie légale de disposer librement de ces fonds pour payer leurs fournisseurs étrangers, rembourser leurs prêts et verser des dividendes. 

Le Code des investissements de 2002 ajoute une couche de protection. Il garantit aux
investisseurs étrangers la liberté des transferts liés à leurs opérations, y compris le
rapatriement des dividendes, des royalties et du service de la dette contractée à
l’étranger. Le monopole d’importation de billets par la BCC risque d’entraver ces
garanties légales, ce qui pourrait décourager les investisseurs étrangers et, dans les cas les plus graves, ouvrir la voie à des recours en arbitrage international au titre des traités bilatéraux d’investissement signés par la RDC.

L’incohérence est enfin interne à la BCC elle-même. En 2018, le Règlement n° 003/2018 de la BCC confirmait la libre circulation des monnaies étrangères en RDC. 24 En mars 2016, la même BCC avait imposé le paiement des taxes et droits de douane en dollars américains dans les secteurs miniers et des hydrocarbures, afin de freiner le recul des réserves de change. Dix ans plus tard, la BCC prend le contrepied exact de sa propre décision. Cette volatilité doctrinale ne renforce pas la crédibilité de l’institution. Elle l’érode.

Si la BCC s’octroie le monopole exclusif de l’importation des billets en devises, elle
entrave indirectement la capacité des banques commerciales à servir leurs clients
miniers qui, par la loi, doivent pouvoir manipuler leurs propres devises rapatriées pour leurs opérations de conformité et de trésorerie. En droit congolais, une instruction réglementaire de la BCC ne peut pas primer sur une loi votée par le Parlement. Toute mesure de la BCC qui empêcherait un opérateur minier d’accéder à ses devises rapatriées dans une banque commerciale violerait l’esprit et la lettre du Code minier. Sans une réforme préalable de ce cadre légal et sans une stratégie d’autosuffisance alimentaire réduisant la dépendance aux importations en dollars, la dédollarisation restera un slogan politique plutôt qu’une réalité économique.

Des alternatives existaient

Ce qui rend cette situation d’autant plus inacceptable, c’est que des alternatives
existaient et existent encore. La BCC dispose d’un écosystème d’établissements de
monnaie électronique agréés, capables de créer et de distribuer de la monnaie
électronique. Avec un appui institutionnel ciblé, ces opérateurs auraient pu maintenir la circulation du CDF sous forme digitale dans les zones occupées, même en l’absence de guichets bancaires physiques.

D’autres pistes méritaient d’être explorées. Les corridors humanitaires auraient pu
acheminer des fonds destinés aux paiements des services essentiels, sous supervision
internationale. Des séries fiduciaires marquées et traçables auraient pu être émises pour ces zones spécifiques, afin d’éviter le détournement vers l’effort de guerre rebelle tout en servant la population. Aucune de ces voies n’a été empruntée. Aucune n’a même été publiquement évoquée.

Une banque centrale moderne se juge par sa capacité de résilience, par l’existence de plans de contingence capables de maintenir le lien économique entre l’État et ses citoyens dans les situations les plus extrêmes. Sur ce critère, la BCC a failli. Et ce n’est pas la première fois. La différence, c’est qu’aujourd’hui, les outils existent. Ce qui manque, ce n’est pas la technologie. C’est la volonté.

S’agissant de la dédollarisation, le succès à long terme exige que l’Est soit traité comme un cas particulier, et non comme le destinataire passif d’un communiqué national uniforme. Cela suppose l’installation de comptoirs d’achat d’or reliés au système formel, pour capter les flux artisanaux avant qu’ils n’alimentent la contrebande, le déploiement accéléré de plateformes de paiement mobile sécurisées, et, condition préalable à tout le reste, le rétablissement d’un niveau de sécurité minimal permettant aux banques d’opérer. Sans ces investissements parallèles, la réforme renforcera les réseaux informels et armés qu’elle prétend affaiblir.

Il faut enfin poser une question que personne ne semble vouloir anticiper. Si les
négociations de paix aboutissent et que les FARDC reprennent le contrôle de Goma, de Bukavu et des territoires occupés, avec quelle monnaie la BCC compte-t-elle
Réapprovisionner ces zones ?

Quel plan de réintégration monétaire a-t-elle préparé pour le jour d’après ? La reconquête territoriale portée par le président de la République ne sera complète que si elle s’accompagne d’une reconquête monétaire. Si la BCC n’a pas de plan de contingence aujourd’hui, elle n’en aura pas demain. Et l’occasion de rétablir la
confiance dans le franc congolais au moment où les populations en auront le plus besoin sera manquée.

Ce que j’attends de la BCC

Je ne conteste ni la compétence ni l’ambition du gouverneur André Wameso. Formé en ingénierie commerciale et finance à l’Université catholique de Louvain, passé par Dexia et Rawbank, rompu aux négociations économiques au plus haut niveau de l’État, il incarne une génération de technocrates congolais dont le pays a besoin. Ses objectifs déclarés, qu’il s’agisse de souveraineté monétaire, de digitalisation, de constitution de réserves en or ou de développement inclusif, sont légitimes. Mais c’est précisément cette compétence qui rend l’inaction sur les zones occupées d’autant moins excusable. Un gouverneur qui inscrit dans sa feuille de route le « renforcement de la confiance de la population dans la monnaie nationale » et la « résilience structurelle de la BCC » ne peut pas, dans le même souffle, abandonner cette monnaie là où la confiance est la plus fragile et la résilience la plus urgente.

La vision du président de la République est pourtant limpide. Lors du Conseil des
ministres du 3 octobre 2025, Félix Tshisekedi a défini l’objectif en des termes que chaque Congolais peut comprendre. Il s’agit de « stabiliser durablement notre monnaie, de protéger le pouvoir d’achat de la population et de créer les conditions d’une croissance économique forte et équitable ». Le chef de l’État a plaidé pour une approche « plus innovante et structurée », a relevé lui-même les « disparités préoccupantes » dans les taux de change selon les zones géographiques, et a demandé que la stabilité monétaire se reflète dans la vie quotidienne de tous les Congolais. La question que je pose est simple. 

Si la vision présidentielle exige que la stabilité du franc congolais bénéficie à l’ensemble de la population, comment justifier que des millions de citoyens congolais dans les provinces occupées soient exclus de cette promesse ? La BCC a reçu un mandat clair du chef de l’État. Il lui appartient de l’appliquer sur tout le territoire, y compris et surtout là où la tâche est la plus ardue.

Il y a plus préoccupant encore. À la 80e session de l’Assemblée générale des Nations
Unies en septembre 2025, le président de la République a demandé à la communauté
internationale de « soutenir toutes les actions visant à tarir les circuits illicites
d’approvisionnement en minerais qui financent la guerre ». Or, en interdisant le dollar en espèces sans alternative crédible, la BCC risque de pousser l’activité minière
artisanale plus profondément dans la clandestinité et vers les réseaux de contrebande
contrôlés par les groupes armés. C’est exactement le contraire de ce que le chef de l’État a demandé à la tribune des Nations unies. La BCC ne peut pas d’un côté servir l’agenda présidentiel de stabilisation monétaire et de l’autre compromettre son agenda de sécurisation économique de l’Est.

En tant que sénateur de la République, j’appelle la Banque centrale du Congo à clarifier publiquement sa stratégie pour les zones occupées. Quels moyens ont été déployés pour maintenir la circulation du franc congolais dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu ? Quels plans de contingence existent? Quelles alternatives ont été évaluées et, le cas échéant, pourquoi ont-elles été écartées ?

J’appelle également la BCC à séquencer sa réforme de dédollarisation avec réalisme.
Avant d’interdire le dollar en espèces à un pays dont les trois quarts de la population
adulte ne sont pas bancarisés, il convient de construire l’infrastructure d’inclusion
financière qui rendra cette transition possible. Le Pérou a mis vingt ans pour ramener sa dollarisation de 80 % à 30 %. Prétendre y parvenir en RDC en douze mois, par voie de communiqué, n’est pas du volontarisme. C’est de l’imprudence.
Plus fondamentalement, j’appelle à un changement de paradigme. Depuis 1887, la
monnaie congolaise a servi tous les pouvoirs sauf le peuple. Il est temps d’inscrire dans la doctrine de la BCC ce que la théorie économique établit depuis plus d’un siècle.

La monnaie est un bien public, un lien social, un droit. Pas un levier que l’on actionne ou que l’on coupe selon les impératifs du moment. Kabuya Kalala et Tshiunza Mbiye nous l’ont rappelé avec une clarté qui n’a rien perdu de sa pertinence. Sans crédibilité, il n’y a pas de remonétisation. La crédibilité ne naît pas d’un communiqué. Elle naît de la présence, de la continuité, de l’engagement. Elle naît
d’une BCC qui traduit en actes la vision du chef de l’État et qui ne renonce pas à servir les citoyens congolais, même quand la tâche est difficile. Surtout quand la tâche est difficile.

______________________________________________________

Bibliographie

Sur le rôle de la Banque du Congo belge et le droit de veto colonial, voir Banque centrale du Congo, Historique
https://www.bcc.cd/bcc/historique-de-la-banque-centrale-du-congo.
É Mabi Mulumba, ‘La réforme monétaire du 22 octobre 1993 : analyse critique’ (1997) 37(320) Congo-Afrique
581.
FMI, ‘Vers une politique monétaire plus efficace : le cas de la République démocratique du Congo’ (2013)
Lendele Kola et J Kamanda Kimona-M, ‘Nature et spécificité de la dollarisation de l’économie congolaise (RDC)’
(2005) 130(2) Mondes en développement 41.
C Bonyi Mukadi Mukandila, ‘Fin du Dollar Cash en RDC : un vœu de souveraineté et d’efficacité de la politique
monétaire sous contraintes’ (Mediacongo, 12 avril 2026).
G F Knapp, Die Staatliche Theorie des Geldes (Duncker & Humblot 1905), traduit par H M Lucas et J Bonar

Sous le titre The State Theory of Money (Macmillan 1924).
A Lerner, ‘Money as a Creature of the State’ (1947) 37(2) American Economic Review 312.
M Aglietta et A Orléan, La Monnaie souveraine (Odile Jacob 1998).
B Théret, ‘De la dualité des dettes et de la monnaie dans les sociétés salariales’ dans M Aglietta et A Orléan (dir),
La Monnaie souveraine (Odile Jacob 1998) 253.
R Carrillo, ‘Monetary Sovereigns, Monetary Subjects and Monetary Vassals: A Spectrum Approach to Monetary
Sovereignty and Our Dollar World’ (conférence, University of Manchester, 2018).
S Murau et J van’t Klooster, ‘Rethinking Monetary Sovereignty: The Global Credit Money System and the State.’
(2023) 21(3) Perspectives on Politics 1.
R Wray, Modern Money Theory: A Primer on Macroeconomics for Sovereign Monetary Systems (2e éd,
Palgrave Macmillan 2015).
Banque mondiale, Global Findex Database 2022 https://www.worldbank.org/en/publication/globalfindex;.
C Reinhart, K Rogoff et M Savastano, ‘Addicted to Dollars’ (2003) NBER Working Paper No 10015.
D Sasse Kembe, ‘Dollarisation, inflation et incertitude en RD Congo : une modélisation hétéroscédastique’
(2011) XXVIII(1) Cahiers Économiques et Sociaux 125.
F Gianviti, ‘Current Legal Aspects of Monetary Sovereignty’ dans FMI (dir), Current Developments in Monetary
and Financial Law, vol 4 (FMI 2006).
Constitution de la RDC du 18 février 2006 (révisée le 20 janvier 2011), art 170 : ‘Le franc congolais est l’unité monétaire de la République démocratique du Congo. Il a le pouvoir libératoire sur tout le territoire national.’
Loi n° 18/001 du 9 mars 2018 modifiant et complétant la Loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002 portant Code minier, art. 242 et s.
Code minier 2018 (n 16), art. 242bis (obligation de rapatriement de 60 % des recettes d’exportation pendant la
période d’amortissement, puis 100 % après).
Décret n° 18/024 du 8 juin 2018 portant Règlement minier, art 406 et s.
ibid, art 243 (garantie de libre disposition des fonds en devises pour paiements fournisseurs, remboursement
de prêts et versement de dividendes).
Loi n° 004/2002 du 21 février 2002 portant Code des investissements, art 27 (garantie de libre transfert), art
28–30 (transfert des dividendes, royalties, service de la dette).
Règlement n° 003/2018 de la BCC modifiant et complétant la Réglementation du change du 25 mars 2014, confirmant la libre circulation des monnaies étrangères en RDC.
En mars 2016, la BCC avait imposé le paiement des taxes et droits de douane en dollars américains dans les
secteurs miniers et des hydrocarbures, afin de freiner le recul des réserves de change. Voir ‘RD Congo : le dollar
rendu obligatoire dans les secteurs des mines et des hydrocarbures’ Jeune Afrique (21 mars 2016).
En droit congolais, la hiérarchie des normes établit qu’une instruction réglementaire de la BCC ne peut primer
sur une loi votée par le Parlement. Voir Constitution de la RDC du 18 février 2006, art 215.
Communication du Président de la République au Conseil des ministres du 3 octobre 2025, telle que relayée par
le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya. Voir également la 63e réunion du Conseil des ministres, 17
octobre 2025.
Allocution du Président Félix Tshisekedi à la 80e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, septembre
2025, appelant à ‘soutenir toutes les actions visant à tarir les circuits illicites d’approvisionnement en minerais
qui financent la guerre et la tragédie humaines’.
F Kabuya Kalala et O Tshiunza Mbiye, ‘Pouvoir et argent : la crise de la monnaie revisitée en RD Congo’ (2011)
460 Congo-Afrique (CEPAS) 737.

_________________________________________________

Les opinions et analyses exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Congo Herald. Les propos restent à titre informatif, critique et entrant dans la liberté d’expression. Les lecteurs sont invités à croiser les informations avec les sources officielles de la Banque Centrale du Congo.

Recommandée

Les surnoms qui enflamment X en RDC: une plongée dans la guerre numérique congolaise.

Les surnoms qui enflamment X en RDC: une plongée dans la guerre numérique congolaise.

Il y a 1 an
Le 4-4-2 secret de l’Union sacrée : pendant que l’UDPS s’approprie la balle, les autres font de la figuration

Le 4-4-2 secret de l’Union sacrée : pendant que l’UDPS s’approprie la balle, les autres font de la figuration

Il y a 4 mois

Les Plus Lus

  • CHESD, ENA, ENF, ENT, Voici Les 4 Écoles Où Se Fabrique l’Élite d’un État Congolais Rêvé

    CHESD, ENA, ENF, ENT, Voici Les 4 Écoles Où Se Fabrique l’Élite d’un État Congolais Rêvé

    0 Partages
    Share 0 Tweet 0
  • Kabila Lui A Vendu Kinshasa, Kagame A Payé Comptant, Voici Ce Qu’Il A Reçu À La Place

    0 Partages
    Share 0 Tweet 0
  • Depuis Sun City, Prendre Une Ville Donnait Un Ministère, Voici Les Huit Points Où Tshisekedi A Brisé La Règle Congolaise

    0 Partages
    Share 0 Tweet 0
  • Parlement, Gouvernement, Diplomatie Et Bientôt l’État-Major Des FARDC, Voici Ce Que Pékin Obtient Pour Le Prix D’Un Bâtiment

    0 Partages
    Share 0 Tweet 0
  • 10 Vérités Sur Fifi Masuka, Reine Du Cobalt, La Septième S’Écrit Avec Le Sang Des Creuseurs

    0 Partages
    Share 0 Tweet 0
Facebook Twitter Youtube Instagram

Newsletter

Catégorie

  • Actualité
  • Décryptage
  • Économie
  • Géopolitique
  • Mines
  • Notation
  • Politique
  • Sécurité
  • Société

Pages

  • Annoncer
  • Bulletin
  • Contact
  • Politique de confidentialité

© 2026 Tous droits réservés The Congo Herald

Welcome Back!

Login to your account below

Forgotten Password?

Retrieve your password

Please enter your username or email address to reset your password.

Log In
Gérer le consentement
Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel Toujours activé
L’accès ou le stockage technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques. Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
L’accès ou le stockage technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
  • Gérer les options
  • Gérer les services
  • Gérer {vendor_count} fournisseurs
  • En savoir plus sur ces finalités
Voir les préférences
  • {title}
  • {title}
  • {title}
No Result
View All Result
  • Actualité
    • Accueil
  • Notation
  • Sécurité
  • Économie
  • Société
  • Politique
  • Mines
  • Décryptage
  • Géopolitique

© 2026 Tous droits réservés The Congo Herald

Not enough quota to unlock this post
Unlock left : 0
Are you sure want to cancel subscription?