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Notation Congo Herald de l’ARSP sous Miguel Kashal, D. Et les sept dossiers explosifs que Ted Beleshayi vient d’hériter sans le savoir

Notation D pour l'ARSP sous Miguel Kashal. Sept dossiers que Ted Beleshayi doit ouvrir, à commencer par celui que la Présidence avait sur son bureau depuis le 2 juin 2025, et qu'elle a choisi de ne pas instruire pendant douze mois.

Par La Rédaction
7 juin 2026
Dans Actualité, Notation
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Notation Congo Herald de l’ARSP sous Miguel Kashal, D. Et les sept dossiers explosifs que Ted Beleshayi vient d’hériter sans le savoir
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Trois ans et sept mois à la tête de l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé, une explosion documentée du contenu local et un Forbes Award. Mais aussi cent millions de dollars de retraits en espèces sur les comptes de l’ARSP entre 2023 et juin 2025 selon le tableau annexé à la plainte des agents, sept millions de dollars d’impôts sur salaires retenus mais jamais reversés à la DGI, des cotisations sociales non versées à la CNSS, dix mois d’arriérés de loyers dans les directions provinciales, et une plainte signée le 25 mai 2025 par un collectif d’agents et de cadres représenté par le cabinet MK & Associés, transmise simultanément à neuf institutions, dont la Présidence, la Primature, l’Assemblée nationale, la justice, l’IGF, la CENAREF et la Cour des Comptes. Plainte restée publiquement sans suite pendant douze mois entiers, jusqu’à l’éviction du 3 juin 2026.

Notation rétrospective de l’ARSP sous Miguel Kashal Katemb, et liste des sept dossiers que Ted Beleshayi Kasanda vient d’hériter, dans l’ordre exact où ils risquent de lui exploser à la figure.

Mercredi 3 juin 2026, soirée. Miguel Kashal Katemb dîne au restaurant de l’hôtel Cloud 9 à Kolwezi, capitale du cuivre congolais, où il devait recevoir trois journalistes. Au même moment, sur les antennes de la RTNC, la porte-parole de la Présidence Tina Salama lit une série d’ordonnances présidentielles. Une parmi des dizaines.

Juan Ted Beleshayi Kasanda est nommé Directeur général de l’ARSP, secondé par Felly Samuna. Kashal apprend en direct, dans la salle à manger, qu’il n’est plus rien. Le lendemain, sur son compte X et sur LinkedIn, il publie un message de remerciements au chef de l’État, de loyauté indéfectible et de vœux de succès à la nouvelle équipe.

Trois ans et sept mois plus tôt, en novembre 2022, le même Kashal arrivait à la tête de l’ARSP avec la promesse d’incarner la souveraineté économique du Congo. Il en repart avec un dossier interne ouvert depuis un an à la connaissance du sommet de l’État, et que son successeur va devoir reprendre, qu’il le veuille ou non. Avant que le nouveau patron ne s’installe dans le fauteuil, il faut faire les comptes, ceux que Kashal ne fera pas.

C’est l’objet de notre Notation Congo Herald appliquée pour la première fois à un établissement public, et c’est aussi le seul vrai briefing utile pour Ted Beleshayi.

Le bilan revendiqué, ce que Kashal affiche

Commençons par ce que l’intéressé lui-même a martelé jusqu’au dernier briefing presse, le 27 avril 2026, organisé au studio Maman Angebi de la RTNC par le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya. Sous Kashal, le chiffre d’affaires global de la sous-traitance en RDC est passé de 300 millions de dollars en 2022 à plus de 2 milliards en 2023, avec une répartition revendiquée de 51 % pour les opérateurs congolais contre 49 % pour les expatriés, puis à 2,4 milliards en 2024. Le nombre d’entreprises enregistrées comme sous-traitantes est passé d’environ 3 500 fin 2022 à plus de 15 000 deux ans plus tard, soit une multiplication par plus de quatre. Les recettes propres de l’ARSP avaient doublé dès les cent premiers jours du mandat, en avril 2023. En 2024, le Forbes Award lui était décerné à titre personnel pour son leadership institutionnel, consécration internationale qui a structurellement renforcé l’aura du dispositif.

Mais le chiffre qui résume vraiment l’agenda Kashal est ailleurs. Dans une présentation publique de juin 2024, l’ARSP a analysé un volume total de marchés de sous-traitance de 57,3 milliards de dollars. Sur ce total, 31 pour cent seulement, soit 17,5 milliards, étaient captés par les entreprises éligibles à capitaux majoritairement congolais. Les 69 pour cent restants, soit 39,8 milliards, échappaient au contenu local. Et le détail sectoriel est encore plus éclairant. Dans les télécoms, les éligibles ne représentaient que 15 pour cent. Dans la brassicole, 4 pour cent.

Dans les hydrocarbures, 3 pour cent. Dans l’agroalimentaire, 5 pour cent. Plus de quatre dollars sur cinq dépensés en sous-traitance dans ces secteurs partaient à l’étranger ou vers des opérateurs non congolais. Sur le potentiel minier 2023 calculé par l’ARSP elle-même, 8,29 milliards de dollars cuivre cobalt or, l’institution avait identifié l’écart à combler.

À cela s’ajoutent quelques coups de marteau emblématiques. En février 2024, Kashal résilie trois contrats de sous-traitance à la Sicomines pour un montant cumulé estimé à un milliard de dollars, frappant les filiales chinoises CRSN, International Fourteenth First et Bangde Construction, soupçonnées de servir de prête-noms aux actionnaires du joint-venture. En février 2026, il ordonne à Kibali Gold Mine, la plus grande mine d’or industrielle d’Afrique exploitée par Barrick Gold et AngloGold Ashanti, d’annuler plusieurs contrats de sous-traitance non conformes à la loi. La même institution publie des statistiques annuelles, conduit des contrôles dans le Haut-Katanga, le Lualaba, le Kongo Central et le Haut-Uélé, et coopère ouvertement avec l’Inspection générale des finances en 2024 pour fiscaliser les recettes de la sous-traitance et structurer le budget 2025.

Sur le terrain de l’exécution et de l’alignement stratégique avec la vision présidentielle du contenu local, le bilan Kashal est solide. Il l’est même indiscutablement, et c’est la première vérité que ce papier doit dire.

Mais à quel prix, ce que les briefings ne disent pas

Première rature dans le tableau, le chiffre d’affaires sous-traitance a chuté de 2,4 milliards en 2024 à environ 1,7 milliard en 2025, soit une baisse de près de trente pour cent que Kashal lui-même attribue à la guerre dans l’Est. La réalité est plus mêlée. Une partie de cette baisse s’explique par la perte de Goma et Bukavu, qui prive l’ARSP du marché du Kivu. Une autre partie tient à la friction grandissante avec les majors étrangers, qui contestent une partie des décisions et ralentissent volontairement leurs flux de sous-traitance déclarée pour échapper à la régulation.

Deuxième rature, beaucoup plus lourde, le dossier interne. Le 25 mai 2025, un collectif d’agents et de cadres de l’ARSP, représenté par le cabinet MK & Associés, a signé et adressé une plainte demandant l’ouverture d’une mission d’audit indépendante par l’IGF. Plainte transmise simultanément à neuf institutions : la Présidence de la République, la Primature, l’Assemblée nationale, le ministère de la Justice, le conseiller spécial à la sécurité, les procureurs généraux près de la Cour de cassation et près de la Cour des comptes, l’Inspection générale des finances, la CENAREF. Une demande explicite d’audit. Et un détail administratif que l’on n’a pas assez souligné. Ce dossier est resté publiquement sans suite pendant douze mois entiers, jusqu’à l’éviction du 3 juin 2026. Le directeur de cabinet du président de la République, Anthony Nkinzo, avait pourtant écrit à Kashal dès le 2 juin 2025, lui demandant de faire la lumière sur les faits dénoncés. La haute hiérarchie était donc informée, et active sur le dossier, dès le début de juin 2025.

Sur le fond, les chiffres allégués par le collectif et relayés par les médias congolais, notamment Infos-Express et Scoop RDC, et par Africa Intelligence dans son édition de juin 2026, sont substantiels.

Nous les reprenons ici sous toute réserve, en rappelant qu’aucune procédure judiciaire formelle n’a été rendue publique à ce stade, et que le directeur général sortant n’a pas répondu en substance à ces accusations.

Le tableau annexé à la plainte évalue à cent millions quatre cent mille dollars les retraits en espèces opérés sur les comptes de l’ARSP entre 2023 et juin 2025.

Dans ce volume, sept millions de dollars d’impôts sur salaire prélevés sur la paie des agents n’auraient jamais été reversés à la Direction générale des impôts. Des cotisations sociales prélevées sur ces mêmes salaires n’auraient pas davantage été versées à la CNSS.

Dix mois d’arriérés de loyers et de frais de fonctionnement frappent plusieurs directions provinciales depuis août 2025. À cela s’ajoutent, selon les mêmes sources, des comptes parallèles présumés à la SOFIBANQUE, un endettement actif auprès de la RAWBANK, des encaissements anticipés de redevances de sous-traitance, la neutralisation de la direction d’audit interne, le recours excessif aux marchés de gré à gré, le paiement sélectif des primes, le blocage des avancements en grade des agents, l’usage présumé de ressources de l’établissement pour des vols en jet privé, des soupçons de népotisme dans le contrôle de certains circuits, et un incident d’agression physique d’un agent par des gardes du corps lors d’une réunion de service. La direction n’a pas réagi officiellement avant la fin du mandat.

Troisième rature, structurelle. Aucun audit public final complet du mandat Kashal n’avait été publié au 7 juin 2026, ni par la Cour des Comptes, ni par l’IGF dans sa version exhaustive. L’institution qui se présentait comme la championne de la transparence du contenu local n’avait elle-même pas été passée au crible de l’audit public. Sur les 15 000 entreprises enregistrées comme sous-traitantes à capitaux majoritairement congolais, aucune publication exhaustive des bénéficiaires effectifs, aucun audit indépendant de la qualité du registre, aucune liste vérifiable des entreprises actives par opposition aux coquilles. Congo Herald a documenté ailleurs l’architecture nationale du prête-nom qui parasite tous les dispositifs de contenu local sur le continent. L’ARSP n’y avait pas opposé son propre audit, et c’est précisément ce vide qui rendait les statistiques de Kashal incontestables sur le mode déclaratif, mais infalsifiables sur le mode du réel.

Notation Congo Herald, ARSP sous Miguel Kashal

Application de notre grille à cinq critères, calibrée sur les principes directeurs de l’OCDE pour la gouvernance des entreprises publiques et sur l’expérience des notations souveraines africaines.

① Gouvernance et indépendance, F. Le directeur général de l’ARSP était simultanément député national élu en 2018 sous l’étiquette UDPS, ministre honoraire et homme d’affaires originaire de Kolwezi. Aucun firewall formel entre la régulation et le parti présidentiel. Selon les dénonciations internes, la direction d’audit interne aurait été neutralisée. Aucun audit public final n’a été publié sur l’ensemble du mandat. Plainte interne du 25 mai 2025 restée sans suite publique pendant douze mois, malgré une saisie de neuf institutions et une lettre du directeur de cabinet du Président dès le 2 juin 2025. C’est la note plancher de la grille, et elle est méritée.

② Traçabilité des flux, D. Bon point sur le déclaratif. Les statistiques des marchés de sous-traitance pour les exercices 2023 à 2025 ont effectivement été publiées sur le site de l’ARSP, ce qui reste rare dans le paysage institutionnel congolais, et le briefing Muyaya du 27 avril 2026 a rendu publique l’évolution agrégée du chiffre d’affaires. Mauvais point, lourd, sur le réconciliatif. Cent millions de dollars de retraits en espèces selon le tableau du collectif, sept millions d’impôts non reversés à la DGI, cotisations CNSS non versées, comptes parallèles présumés, encaissements anticipés. Aucune réconciliation publique entre les chiffres ARSP et les recettes effectivement perçues par le Trésor.

③ Performance opérationnelle, B inférieur. Hausse réelle et documentée du volume de la sous-traitance déclarée, multiplication par plus de quatre du nombre d’entreprises enregistrées, suspensions emblématiques à la Sicomines et à Kibali qui ont fait reculer publiquement deux majors. Sur le terrain de l’exécution et de l’alignement avec la vision présidentielle du contenu local, Kashal a livré. Mais chute de trente pour cent en 2025, indicateur d’emplois introduit seulement à quelques semaines de l’éviction par la décision n°008/ARSP/DG/2026 de mai 2026, dossiers Sicomines et Kibali sans épilogue public, et conflits non résolus avec les majors. C’est la note la plus haute du tableau, et c’est elle qui sauve l’institution.

④ Viabilité institutionnelle, D. Dix mois d’arriérés de loyers et de frais de fonctionnement dans les directions provinciales depuis août 2025, endettement signalé auprès de la RAWBANK, litiges ouverts avec plusieurs majors miniers, contestations judiciaires en cours sur certaines suspensions, médiatisation personnelle du DG qui a souvent supplanté la communication institutionnelle. Une autorité de régulation qui dépend autant de la voix de son patron est, par construction, fragile au changement de patron.

⑤ Risque de capture, F. Cumul des casquettes du DG, soupçons de népotisme dans le contrôle de certains circuits par l’entourage, paiement sélectif des primes, recours excessif aux marchés de gré à gré, usage présumé de ressources de l’établissement pour des vols en jet privé, incident d’agression physique d’un agent par des gardes du corps lors d’une réunion de service. Absence totale de mécanisme de transparence sur les bénéficiaires effectifs des 15 000 entreprises enregistrées.

Note globale, D. L’ARSP sous Miguel Kashal a réussi à exister, à se faire entendre, à imposer la loi sur la sous-traitance dans l’agenda public, et à délivrer une croissance opérationnelle indéniable. Mais elle a construit cette visibilité sur un socle institutionnel non firewallé du parti présidentiel, sans audit public final, et sans répondre à un signal d’alerte que la haute hiérarchie connaissait depuis un an. La performance opérationnelle sauve l’institution. L’effondrement de la gouvernance la fait sombrer. Au pondéré, équivalent souverain Bloomfield, B inférieur.

La lettre que Ted Beleshayi aurait dû recevoir avec ses clés

Beleshayi a un parcours technique solide. Diplômé de l’Université de Kisangani, expert-comptable inscrit à l’Ordre national des experts-comptables, spécialiste en macroéconomie monétaire, près de dix ans à KPMG RDC entre 2011 et 2020, plus de six ans à l’Inspection générale des finances. À KPMG, il a participé à l’audit du circuit de mobilisation des recettes douanières de la DGDA, à la reconstitution comptable d’Orange RDC, à l’analyse des processus de la SNCC et à des travaux de modélisation pour KPMG Paris Corporate Finance. C’est un homme qui sait lire un bilan. Voici les sept que personne ne lui présentera officiellement, mais qu’il a intérêt à ouvrir dès la semaine prochaine.

Un, la plainte du 25 mai 2025. Le dossier a déjà douze mois et neuf destinataires institutionnels. La Présidence en est saisie depuis le 2 juin 2025, l’IGF, la CENAREF, la Cour des comptes, la justice, depuis la même date. Beleshayi n’a pas le choix d’ignorer un dossier que la haute hiérarchie a laissé reposer un an. Soit il commande lui-même un audit externe indépendant et publie la synthèse, et il transforme la plainte en levier de crédibilité. Soit il temporise, et l’IGF, la Cour des Comptes ou la CENAREF s’en saisissent désormais à sa place, avec un an d’arriéré dans le dos. Choix structurant à faire dans les trente jours.

Deux, les sept millions de dollars d’impôts non reversés à la DGI, plus les cotisations CNSS. Si les allégations sont confirmées par les comptes, il s’agit de débits potentiels directs sur l’établissement, doublés d’un risque pénal individuel pour l’ancien dirigeant. Beleshayi doit faire dresser la situation comptable exacte de ce qui a été prélevé sur la paie des agents et de ce qui a effectivement été versé à la DGI et à la CNSS, et publier un état des lieux dans les soixante jours.

Trois, les dix mois d’arriérés provinciaux. Que devient l’ARSP dans le Haut-Katanga, le Lualaba, le Kongo Central et le Haut-Uélé si les loyers et les frais ne sont plus payés depuis août 2025 ? La régulation de la sous-traitance se joue à Kolwezi et à Lubumbashi avant Kinshasa. Un régulateur sans bureaux n’est plus un régulateur.

Quatre, le contentieux Sicomines et le dossier Kibali. Les trois contrats résiliés à la Sicomines en février 2024 pour environ un milliard de dollars n’ont jamais été suivis publiquement de leur épilogue judiciaire ou commercial. Les annulations ordonnées à Kibali en février 2026 ont ouvert une période de transition supposée déboucher sur de nouveaux appels d’offres réservés aux entreprises locales. Où en sont ces dossiers ? Qui a remporté quoi ? Les capitaux des nouveaux attributaires sont-ils réellement congolais ?

Cinq, l’audit qualitatif du registre des 15 000. C’est le test le plus risqué et le plus utile. Combien de ces entreprises ont une réalité économique, combien sont des coquilles enregistrées pour percevoir des commissions, combien servent les six étages du prête-nom déjà décrits par ailleurs ? Sans cet audit, toute communication sur le nombre d’opérateurs locaux est un déclaratif invérifiable. Et sans cet audit, les 17,5 milliards de dollars annoncés comme captés par les éligibles ne sont qu’un chiffre brandi, pas un chiffre vérifié.

Six, le SPA US-DRC et l’attente de Washington. Le partenariat stratégique signé le 4 décembre 2025 a fait du contenu local un sujet diplomatique. Washington attend que le régulateur congolais soit un interlocuteur crédible pour les majors américaines qui s’apprêtent à investir. Une ARSP avec un dossier vieux d’un an devant neuf institutions, dont la CENAREF et la justice, est une faille dans le dispositif souverain congolais. Beleshayi sera jugé là-dessus à Washington avant de l’être à Kinshasa.

Sept, le firewall qu’il n’aura pas. Beleshayi est cofondateur de la Force grise pour la démocratie et le progrès social (FGDPS), think tank de l’UDPS, et anime sa propre plateforme politique, la Dynamique Ted Belkas (DTB), qui vient de saluer publiquement sa nomination. Il figurait, selon un sondage publié par Échos.cd le 14 mai 2026, parmi les jeunes leaders du parti présidentiel. Il y a deux semaines, il consultait, selon Enquete.cd, les inspecteurs de l’IGF pour préparer une succession à la tête de cette institution, au nom des « attentes de la jeunesse de l’UDPS ». Le voilà désormais à la tête d’une autorité de régulation qui devrait être politiquement neutre. La question n’est pas s’il sera meilleur gestionnaire que Kashal. La question est s’il sera capable de séparer ce que Kashal n’a pas séparé, l’institution et le parti.

Le test des 90 jours

Le pouvoir aime les fauteuils qui changent de propriétaire en silence. À Kinshasa, le 3 juin n’a pas vu changer que l’ARSP. Le même soir, la Direction générale des impôts et l’Office de gestion du fret multimodal ont aussi été remaniés, dans une vague d’ordonnances présidentielles qui resserre tous les leviers économiques autour des fidèles du parti présidentiel à l’approche de la séquence de révision constitutionnelle. Ce mouvement est moins une reprise en main de l’État qu’un repositionnement de l’appareil sur ses propres priorités, comme Congo Herald l’a déjà documenté sur l’Union sacrée.

Ted Beleshayi a quatre-vingt-dix jours pour faire quatre choses, et seulement quatre. Premièrement, commander un audit externe indépendant sur l’ensemble du mandat précédent et en publier la synthèse. Deuxièmement, régler ou documenter publiquement la situation des sept millions de dollars d’impôts sur salaire non reversés à la DGI et des cotisations CNSS également non versées. Troisièmement, mettre fin aux dix mois d’arriérés provinciaux et publier l’état exact des engagements financiers de l’établissement. Quatrièmement, rendre vérifiable le registre des 15 000 entreprises à capitaux majoritairement congolais, en publiant la liste avec leurs bénéficiaires effectifs.

S’il fait ces quatre choses, il aura prouvé que l’ARSP peut être une institution. S’il ne les fait pas, il aura simplement confirmé que la régulation, en RDC, change de visage à chaque ordonnance mais reste au service du même appareil. Et il aura répété, avec ses propres clés, l’erreur que la haute hiérarchie a commise pendant un an sur la plainte du 25 mai 2025, ignorer un signal d’alerte tant que la politique n’exige pas de le traiter.

Le prochain Notation Congo Herald de l’ARSP sortira au T4 2026. D’ici là, monsieur le directeur général, vous avez les sept dossiers. Le bilan que vous laisserez sera noté avec la même grille.

Et le même œil.

Tags: ARSPContenu localgouvernanceIGFMiguel KashalNotation Congo HeraldRDCSicominesSous-traitanceSPATed BeleshayiTransparenceTshisekediUDPS

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