Il existe des défaites qui éclatent dans le fracas de l’artillerie, et d’autres qui s’installent lentement, à coups de communiqués et de déclarations martiales sans lendemain. La perte de Goma, le 27 janvier 2025, appartient à cette seconde catégorie : une défaite sans bataille, une capitulation sans combat.
Goma tombe en une nuit face à trois mille combattants du M23, pendant que l’armée congolaise fuit ou se rend. Trois semaines plus tard, Bukavu vacille. Quelques mois après, Uvira tombe. À chaque étape : pas de contre-offensive, pas de stratégie de reconquête, pas même une tentative symbolique. La vraie question est : pourquoi n’a-t-elle même jamais essayé ?
Six ans après son arrivée au pouvoir, le bilan stratégique de Félix Tshisekedi tient en dix erreurs majeures. Pas des malchances. Des erreurs calculées, assumées, répétées.
ERREUR 1: Confondre Posture Morale et Stratégie de Guerre
Depuis 2021, Tshisekedi refuse tout dialogue direct avec le mouvement terroriste du M23, qualifié de « proxy » du Rwanda. Cette posture flatte le patriotisme mais ne gagne pas les guerres. L’International Crisis Group le dit: cette obstination a « paralysé tous les processus de médiation ». Pendant que Kinshasa répétait qu’il n’y avait « rien à négocier », le M23 consolidait ses positions. En mars 2024, il contrôle la moitié du Nord-Kivu. En janvier 2025, Goma. Le refus de dialogue ne l’a pas affaibli. Il l’a renforcé.
ERREUR 2: Multiplier Les Médiations Pour Masquer L’Absence de Rapport de Force
Angola, Kenya, EAC, SADC, Qatar, États-Uni : rarement un conflit aura connu une telle inflation diplomatique pour un résultat aussi dérisoire. Cette dispersion n’a jamais renforcé la position congolaise. Elle l’a diluée. Kagame accepte Luanda, puis refuse d’y venir. Il critique Nairobi. Il accepte Doha mais uniquement pour parler à propos du M23. Quand il refuse d’assister à un sommet, il envoie un message: la RDC n’a rien à imposer.
ERREUR 3: Externaliser La Guerre Au Lieu de La Conduire
MONUSCO, EAC, SADC: Tshisekedi a systématiquement délégué la guerre à des acteurs extérieurs. Aucune force étrangère ne se battra pleinement pour le Congo. La MONUSCO a prouvé ses limites depuis vingt ans. Le Burundi a déployé 10 000 soldats avec des « pertes énormes », mais ne peut compenser l’incapacité des FARDC. Externaliser la guerre, c’est accepter de ne pas la gagner.
ERREUR 4: Tolérer Une Armée Corrompue
Corruption endémique, officiers fantômes, budgets détournés, chaîne de commandement faite de vieux qui ne maitrisent pas les outils technologiques de guerres modernes: tout est documenté. En mars 2024, Tshisekedi confie au quotidien français le Monde: « Nous nous battons contre un ennemi visible, le Rwanda, et un invisible, ceux qui ont infiltré nos rangs. » Mais reconnaître n’est pas agir. Réformer implique d’affronter des généraux. Tshisekedi a préféré composer plutôt que risquer une crise interne. Toucher aux généraux, c’est toucher aux réseaux qui le maintiennent au pouvoir. Il a toléré la corroption à une bataille pour la nation.
ERREUR 5: Miser Sur Les Wazalendo — Quand Les Supplétifs Deviennent Le Problème
Face aux faiblesses des FARDC, Tshisekedi s’appuie sur les Wazalendo, milices locales incontrôlables. Le rapport de l’ONU de juin 2024 sur cette milice parle de: recrutement d’enfants soldats, violences, pillages. Tshisekedi l’admet: « Il peut y avoir des atrocités. » Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir le M23, mais fait la même chose avec les Wazalendo. Quand la guerre sera finie, ces milices ne rendront pas les armes. Elles deviendront le prochain problème. Et à ce moment là ce sera contre la population non plus contre les RDF.
ERREUR 6: Promettre Des Minerais Qu’On Ne Contrôle Plus
En février 2025, Tshisekedi promet aux États-Unis un accès aux minerais stratégiques en échange d’un soutien militaire. Le problème est que le Rwanda contrôle déjà 40% du coltan de Walikale. Selon l’ONU, 120 tonnes sortent chaque mois vers le Rwanda, générant jusqu’à 1 million de dollars mensuels pour Kigali. Comment offrir ce qu’on ne possède plus ?
Grave erreur.
ERREUR 7: Refuser Le Brassage du M23 — L’Impasse Opérationnelle
En novembre 2025, Tshisekedi refuse tout brassage des combattants M23 dans les FARDC. Sur le principe, il a raison: les brassages passés ont infiltré l’armée. Mais son refus crée une impasse. Que fait-on des milliers de combattants et criminels du M23 ? Il existe des mécanismes intermédiaires: cantonnement sous supervision internationale, désarmement vérifié, réinsertion civile. Aucune n’a été explorée. Dire « non » sans alternative garantit que la guerre continue.
ERREUR 8: Ne Pas Attaquer Quand Le Rwanda Était Vulnérable
Début 2025, le Rwanda subit des sanctions américaines, britanniques, européennes. Gel de l’aide. L’économie vacille. C’était le moment de lancer une offensive, de montrer aux FARDC qu’elles pouvaient gagner. Tshisekedi ne fait rien. Aucune offensive. Quand l’accord de Washington est signé le 4 décembre, aucun mécanisme n’est organisé pour ramener les troupes dans les zones occupées. Résultat: le 9 décembre, les RDF prennent Uvira.
ERREUR 9: L’Incapacité Assumée Des FARDC — Le Refus de Réformer
Six ans après, l’état des FARDC reste catastrophique. En février 2025, 84 soldats sont jugés pour meurtres et viols de civils. Le problème n’est pas seulement l’infiltration. C’est la criminalité institutionnalisée. L’incapacité des FARDC est un choix politique. Tshisekedi a choisi de tolérer la corruption, de privilégier sa survie personnelle au détriment de la défense nationale. Le résultat: une armée qui ne tient pas, ne contre-attaque pas, ne croit plus à sa mission. En fait, à force de se faire humiliée par la population et les RDF, les FARDC sont entrain de sombrer dans une dépression.
ERREUR 10: Transformer Le Gouvernement Suminwa II en Chambre d’Écho
Avec Suminwa II, Tshisekedi n’a pas constitué un gouvernement de guerre. Il a reconduit des figures déjà responsables de la séquence précédente, qui vendent au Président: « Laissez-nous le temps, la stratégie est en cours. » Depuis, le territoire recule mais le discours reste identique. Chaque perte devient une « phase tactique » et « repli stratégique ». Plus le pays perd du terrain, plus le gouvernement rassure que tout va selon le plan.
Un véritable gouvernement de guerre aurait fonctionné sur trois fronts: lobbying diplomatique tout à fait solide et agressif constant, mobilisation populaire structurée, actions militaires continues.
La guerre, c’est aussi le rythme. Kinshasa a laissé Kigali dicter le tempo. Les hommes politiques de Suminwa II ont vendu une idée fausse: « Le temps finira par nous donner raison. » Or, le temps enrichit le Rwanda, appauvrit la RDC, fatigue la population et banalise l’occupation et les crimes.
Le Péché Originel de Fatshi Béton: Ne Jamais Avoir Essayé
Au final, l’échec de Tshisekedi n’est pas d’avoir perdu des territoires mais de n’avoir jamais tenté de les défendre. Pas d’offensive majeure. Pas de stratégie militaire lisible. Dix erreurs qui ont conduit à ce désastre.
Goma tombe, les FARDC fuient. Bukavu menacée, elles reculent. Uvira prise, elles font un repli stratégique. Cette passivité révèle qu’un président ne peut faire se battre une armée qu’il n’a jamais voulu réformer, un gouvernement qu’il n’a jamais voulu transformer en machine de guerre.
Dans l’histoire congolaise et Africaine, les dirigeants sont jugés sur leurs actes visibles.
Lumumba a résisté jusqu’à la mort. Kabila père a combattu, pris des risques, forgé une armée. Tshisekedi a négocié, communiqué, médiatisé par des déclarations incohérentes de Patrick Muyaya — pendant que le pays se fragmentait.
La diplomatie et le droit ne sont que des outils, jamais une fin. Quand ils remplacent la stratégie militaire, ils deviennent une fuite en avant. Goma, Bukavu, Uvira et autres localités sont les preuves d’un choix: ne pas risquer la confrontation, même quand l’histoire l’exigeait.
Et l’histoire, elle, ne négocie jamais.
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Congo Herald — Parce que nommer les erreurs, c’est déjà refuser de les répéter.



