Le gouvernement de Judith Tuluka Suminwa II, formé en août 2025, marque un tournant décisif pour le président Félix Tshisekedi. Mais ce tournant sera-t-il salvateur ou catastrophique ?
Entre déclarations incontrôlées, sabotage interne et scandales financiers à répétition, l’exécutif congolais donne l’image inquiétante d’un État capturé par des intérêts privés.
Quand les ministres sabotent leur propre président
Au-delà des problèmes de communication, un mal plus profond ronge l’action gouvernementale: l’inertie délibérée. Des décisions dûment adoptées en Conseil des ministres restent lettre morte, enfouies dans les tiroirs de cabinets ministériels récalcitrants.
Depuis 2020, le président Tshisekedi a multiplié les instructions claires: fermeture des ports illégaux et clandestins, interdiction des plaques bâchées, restriction d’accès des taxi-motos à la commune de la Gombe. Plus récemment, le 2 janvier 2026, il a exigé une stricte coordination de toute communication officielle. Résultat ? Ces directives présidentielles sont systématiquement ignorées ou vidées de leur substance.
Cette paralysie administrative révèle une désobéissance politique assumée de certains ministres qui, par rivalités personnelles, calculs politiciens ou conflits d’ego, choisissent de faire fi des orientations du chef de l’État. Ces responsables transforment leur fonction républicaine en instrument de blocage institutionnel.
Une cacophonie qui révèle le chaos
Les ministres continuent de multiplier les sorties médiatiques incontrôlées, sans coordination ni cohérence. L’exemple emblématique: Adolphe Muzito, Vice-Premier Ministre et Ministre du Budget, affirmant que « Joseph Kabila n’est pas l’ennemi de la RDC », contredisant frontalement le président Tshisekedi qui a publiquement établi un lien entre l’ancien président et l’AFC/M23.
Cette contradiction intervient alors que les négociations avec l’AFC/M23 se déroulent à Doha, tandis que le porte-parole Patrick Muyaya proclame: « Si on doit dialoguer avec le M23, ça se passera à Kinshasa. Pas ailleurs. »
Comment un État peut-il négocier efficacement quand ses propres ministres se contredisent publiquement sur des enjeux de sécurité nationale ?
Économie: l’alerte présidentielle ignorée
Le président Tshisekedi lui-même a lancé un avertissement solennel: « Si une appréciation du franc congolais a été observée depuis septembre 2025, le cadrage macroéconomique officiel anticipe néanmoins à l’horizon fin 2026 un risque de dépréciation de la monnaie nationale. »
Cette déclaration présidentielle résume le drame économique congolais: une amélioration temporaire suivie d’une rechute annoncée. L’inflation galopante érode le pouvoir d’achat, les prix des denrées alimentaires explosent et les jeunes Congolais font face à un chômage endémique.
André Wameso Nkwaloki, directeur de la Banque Centrale du Congo, peine à stabiliser l’économie face à des pressions structurelles que le gouvernement refuse d’affronter. La dépendance aux matières premières demeure sans stratégie cohérente de diversification.
Des infrastructures abandonnées
Le ministre d’État Alexis Gisaro, aux Infrastructures, avance à un rythme de tortue. Les routes en état déplorable entravent le commerce. L’accès à l’électricité reste limité avec des coupures quotidiennes. L’eau potable, quand elle existe, est de qualité douteuse. Les infrastructures scolaires demeurent insuffisantes.
La plus grande victoire du gouvernement Suminwa ?
Les détournements: Didier Budimbu sommé par les députés nationaux de justifier 28 millions $, fonds publics qui seraient alloués à la délégation congolaise pour la participation de la RDC à la CAN-Maroc 2026. Le ministre des sports aurait même abandonné les délégations congolaises ce jeudi 8 janvier à Rabat et Casablanca, prenant la direction de Paris avec femme et enfants, laissant des compatriotes dans le désespoir au Maroc.
L’insécurité et les divisions politiques
L’enlèvement de Nathanaël Onokomba, défenseur de la jeunesse « extra-système », a choqué l’opinion. Le Kinshasa du kamikaze Daniel Bumba mérite son surnom de « capitale des enlèvements et arrestations arbitraires ». Les divisions politiques s’accentuent, la coalition s’effrite, l’opposition gagne du terrain.
Un président otage de son propre gouvernement
Le président Tshisekedi se trouve dans une situation paradoxale: il doit constamment recadrer son propre gouvernement, signe d’une autorité contestée même au sein de l’exécutif. Les attentes n’ont jamais été aussi élevées, alors que le gouvernement Suminwa accumule des scandales financiers et des contradictions publiques.
Trois conditions minimales pour sortir de l’impasse
Face à ce naufrage, trois actions s’imposent d’urgence. Des sanctions exemplaires immédiates: Le temps des rapports et des commissions est révolu.
Il faut limoger et poursuivre pénalement les ministres impliqués dans des détournements, geler les avoirs des gestionnaires corrompus. Publier les audits des dépenses de la CAN et des sponsorings européens. Rembourser les 15 millions dus au TP Mazembe et relancer le championnat national. Sanctionner les ministres qui ignorent délibérément les instructions présidentielles. Sans sanctions concrètes, le message est clair: l’impunité demeure, le pillage continue.
Un dialogue inclusif authentique: La coalition gouvernementale actuelle est fragmentée et inefficace. Il faut ouvrir un dialogue national incluant l’opposition, la société civile, les acteurs économiques. Accepter la critique constructive plutôt que de la réprimer. Construire un consensus sur les réformes urgentes: économie, sécurité, infrastructures. Mettre fin aux arrestations arbitraires et aux intimidations. Restaurer l’État de droit comme base de toute reconstruction. Un gouvernement qui se contredit publiquement et réprime ses critiques n’a aucune légitimité pour gouverner.
Une volonté politique réelle, pas des discours: Les Congolais ne veulent plus de promesses. Ils exigent des actes concrets mesurables avec des échéances précises. La transparence totale sur l’utilisation des fonds publics. La fin du système de récompense des obligés incompétents. La nomination basée sur la compétence, pas sur la loyauté personnelle. Un gouvernement qui travaille pour le peuple, pas pour s’enrichir.
Le choix décisif
La Première ministre Judith Suminwa fait face à un choix historique: soit elle impose l’autorité de l’État et sanctionne les prédateurs, soit elle devient complice passive d’un système qui dévore le Congo de l’intérieur.
Le président Tshisekedi doit trancher: soit il a le courage de limoger les ministres accusés de malversations et de reconstruire un exécutif loyal et compétent, soit il porte la responsabilité historique du naufrage de son propre mandat.
Une question cruciale demeure: le peuple congolais peut-il encore compter sur ce gouvernement, ou assiste-t-il impuissant au pillage organisé d’un État capturé par ceux-là mêmes censés le servir ?



