Mis à jour le 12 juin 2026. Cet article actualise et approfondit la version publiée le 2 janvier 2026. Il intègre le communiqué officiel de l’Alliance Bloc 50 daté du 11 juin 2026, désormais déposé au Secrétariat permanent de l’Union sacrée de la Nation, ainsi que le parcours du ministre Paluku au premier semestre 2026.
Kinshasa, 12 juin 2026. Il y a quelque chose de presque liturgique dans la séquence. Lundi 9 juin, l’Assemblée nationale adopte par 348 voix sur 351 votants la loi organisant le référendum en République démocratique du Congo. Mardi 10 juin, le ministre du Commerce extérieur tient une réunion technique à Kinshasa avec les responsables de l’ANAPEX pour débloquer les exportations agricoles. Jeudi 11 juin, le même ministre, dans une autre casquette, dépose au Secrétariat permanent de l’Union sacrée le document de l’Alliance Bloc 50, AB-50, portant cinq impératifs constitutionnels pour passer de la Troisième à la Quatrième République.
Le ministre s’appelle Julien Paluku Kahongya. Le secrétaire permanent qui reçoit le document s’appelle André Mbata. La casquette qu’enfile Paluku pour le dépôt est celle d’autorité morale du regroupement AB-50. Le titre du communiqué est sans ambiguïté : « Instaurer les fondations d’un État de puissance et d’efficacité ». La formule, elle, n’est pas neuve. C’est exactement celle que le même Paluku écrit dans ses six tomes consacrés à la gouvernance publique depuis 2016, dont les deux derniers ont été présentés le 27 décembre 2025 à Kinshasa sous la marraine de la Première ministre. Pendant que Goma achevait de tomber. Pendant que cinq cent mille personnes fuyaient Uvira. Pendant que la Troisième République, dont AB-50 propose désormais la révision, achevait de céder dans la province qu’il avait gouvernée pendant douze ans.
Le paradoxe Paluku ne s’est pas atténué depuis janvier 2026. Il s’est élargi, structuré, doctrinalement explicité.
I. Le manifeste AB-50
Le communiqué officiel de l’AB-50 daté du 11 juin 2026 pose le cadre doctrinal et politique sans ambages. La République démocratique du Congo doit passer à la Quatrième République. La motivation est explicite : « soucieux de solder définitivement l’héritage de cette transition », l’Union sacrée veut « faire basculer le pays dans la Quatrième République ». L’analogie historique invoquée est explicite aussi : « cette démarche s’inspire de plusieurs modèles dans le monde dont l’exemple du Général de Gaulle qui, en pleine guerre d’Algérie, sut faire passer la France de la IVe à la Ve République pour sauver l’État du chaos ».
Cinq impératifs constitutionnels sont énoncés dans le document. Architecture étatique à trois niveaux. Planification érigée en domaine de la loi. Rationalisation de la décentralisation financière par la sortie du quota de 40 % de la Constitution. Élection des gouverneurs au suffrage universel direct. Création de chambres d’appel au sein de la Cour constitutionnelle.
Ces cinq impératifs, pris ensemble, dessinent une architecture institutionnelle dont la cohérence n’est pas accidentelle. Ils méritent d’être lus dans le détail.
II. Lire les cinq impératifs
Architecture à trois niveaux
L’AB-50 propose une structuration du pouvoir public sur trois niveaux distincts : national, provincial, territoire. Le territoire est érigé en entité de coordination du développement et doté de la personnalité juridique. C’est, sur le papier, un acte de décentralisation profonde. Le territoire, jusqu’ici instrument administratif sans personnalité morale propre, deviendrait un acteur du développement disposant de ses propres prérogatives. La proposition rejoint une part de la doctrine de décentralisation effective que la Constitution de 2006 n’a jamais entièrement mise en œuvre.
Planification dans le domaine de la loi
L’AB-50 veut inscrire la planification au rang de la loi. Quatre instruments sont nommément cités dans le document : Plan National Stratégique de Développement, Plan National des Infrastructures, Plan Directeur d’Industrialisation, Plan National du Développement Agricole. L’objectif déclaré est de garantir « que ces grands projets de développement deviennent des engagements que personne ne peut ignorer ou annuler selon son humeur ». Bonne intention. La traduction technique est cependant ambivalente : confier la planification à la loi peut, selon la pratique parlementaire, soit blinder l’action publique contre les alternances politiques, soit congeler le pays dans des engagements impossibles à réviser quand la conjoncture l’exigerait.
Sortie du 40 % de la Constitution
Voilà la proposition la plus structurellement conséquente du paquet. L’article 175 de la Constitution actuelle réserve aux provinces 40 % des recettes nationales générées sur leur territoire. C’est une garantie constitutionnelle, donc à valeur supra-législative. L’AB-50 propose de « sortir la quotité de 40 % de la Constitution pour la renvoyer au domaine de la loi organique ou de la loi de finances annuelle, afin d’adapter les ressources aux besoins réels et aux capacités de l’État ». L’exemple cité est celui des provinces en reconstruction qui « doivent bénéficier d’allocations spéciales ».
La proposition est présentée comme une mesure de souplesse. Elle est aussi, lue techniquement, une mesure de recentralisation budgétaire. Tant que le 40 % est dans la Constitution, aucun gouvernement central ne peut le réduire sans révision constitutionnelle. Une fois dans la loi de finances annuelle, le 40 % devient une variable budgétaire que l’Assemblée nationale, sous l’influence de l’exécutif, ajuste chaque année. Les provinces les plus faibles politiquement perdent leur garantie. Les provinces qui obtiennent des « allocations spéciales » deviennent, structurellement, dépendantes du bon vouloir du centre. L’autonomie financière provinciale, déjà partielle, glisse vers la discrétionnarité kinoise.
La Constitution de 2006 a été l’un des compromis fondateurs de la sortie de la transition post-Sun City. Le 40 % était au cœur de ce compromis. Le retirer revient à toucher un pilier du compromis institutionnel, pas à technicaliser un détail de loi de finances. C’est une opération politique majeure habillée en réforme technique.
Élection directe des gouverneurs
L’AB-50 propose l’élection au suffrage universel direct des gouverneurs de provinces, plutôt que par l’Assemblée provinciale comme aujourd’hui. La justification déclarée : « renforcer leur légitimité et mettre fin à l’instabilité chronique provoquée par les velléités de contrôle des provinces par des individus ».
L’instabilité gubernatoriale est réelle. Le Nord-Kivu en a vu plusieurs cycles. Le Sud-Kivu a connu cette année la séquence de la motion de censure contre le gouverneur Purusi en avril 2026, votée par dix-huit députés provinciaux pendant l’offensive M23. L’élection directe pourrait donner aux gouverneurs une légitimité plus large et réduire la dépendance vis-à-vis des assemblées provinciales fragiles. Elle pourrait aussi, et c’est l’autre côté de la médaille, transformer les provinces en arènes électorales locales contrôlées par des barons régionaux disposant de ressources économiques propres. Selon le mode de scrutin retenu et le calendrier d’application, la mesure peut démocratiser ou féodaliser. Le communiqué AB-50 ne précise ni l’un ni l’autre.
Chambres d’appel à la Cour constitutionnelle
Cinquième impératif, plus technique. AB-50 propose la création de chambres d’appel au sein de la Cour constitutionnelle. Objectif déclaré : « garantir un meilleur droit au recours et une justice plus équitable ». La Cour constitutionnelle dans son architecture actuelle ne prévoit pas d’appel à proprement parler ; les décisions sont rendues en premier et dernier ressort. Permettre un appel modifierait la doctrine constitutionnelle congolaise dans le sens d’un rapprochement avec le modèle français à deux degrés. C’est une proposition débattable techniquement. Elle reste cependant secondaire dans le paquet, à côté du retrait du 40 % et de l’élection directe des gouverneurs.
III. L’analogie De Gaulle, lue de près
Le communiqué AB-50 inscrit explicitement le projet dans le sillage de Charles de Gaulle passant la France de la Quatrième à la Cinquième République en 1958. L’analogie est rhétoriquement forte. Elle est analytiquement vulnérable, sur trois points.
D’abord, le contexte d’invocation. De Gaulle est rappelé au pouvoir en mai 1958 lors d’une crise du régime parlementaire où les colons français d’Alger s’apprêtent à un coup de force. Il est l’homme du 18 juin 1940, l’homme de Londres, l’homme de la France libre, le chef du Gouvernement provisoire 1944-1946. Son autorité personnelle préexiste massivement à la transition constitutionnelle. La Cinquième République est conçue à sa mesure. Il revient au pouvoir avec une légitimité historique extraordinaire et l’utilise pour construire un régime présidentialiste fort. L’analogie suppose donc, côté congolais, une figure de stature équivalente disposant d’une autorité historique transcendante. Qui ? Le communiqué AB-50 ne nomme pas. L’Union sacrée parle d’une « élite politique pétrie d’expérience ». Mais l’élite politique de l’Union sacrée n’est pas la France libre.
Ensuite, la nature du régime visé. La Cinquième République française est un régime de centralisation présidentielle : prééminence du chef de l’État, dissolution de l’Assemblée, recours au référendum, article 11, article 16 d’exception. Les propositions AB-50 sont, dans leur design, décentralisatrices au niveau infranational (le territoire comme entité juridique). Mais elles retirent simultanément la garantie constitutionnelle du 40 % provincial, ce qui recentralise au niveau budgétaire. L’analogie De Gaulle convient au volet de la recentralisation budgétaire. Elle ne convient pas au volet de la décentralisation territoriale. Le projet AB-50 est, à ce stade de sa rédaction publique, structurellement bicéphale.
Enfin, la fonction politique de la transition. La Cinquième République a été ratifiée par référendum le 28 septembre 1958 avec 79,2 % de oui. Elle a permis à De Gaulle de gérer la sortie de la guerre d’Algérie, d’accorder l’indépendance dans des termes négociés, et de stabiliser le régime pendant treize ans. La Quatrième République congolaise envisagée par AB-50, dans la lecture la plus défavorable, permettrait à l’Union sacrée de prolonger son contrôle institutionnel au-delà du calendrier constitutionnel actuel et de redéfinir, dans le cadre d’une nouvelle Loi fondamentale, les règles d’éligibilité présidentielle. La transposition historique n’est donc pas innocente. Elle pose, en sous-texte, la question politique qui n’est pas encore posée publiquement : qui dirige la Quatrième République, dans quel calendrier, avec quel verrou de durée et de renouvellement.
C’est cette question que l’opposition est en train de soulever sous le nom de « déconstitutionnalisation », formule employée par Seth Kikuni le 11 juin 2026 dans sa réaction à l’adoption de la loi sur le référendum.
IV. Le théoricien prolifique
Depuis 2016, Julien Paluku a publié six tomes consacrés à la gouvernance publique, à la restauration de l’État, au management des conflits armés et à l’interactivité au sein de l’exécutif. Son mémoire de DEA porte sur la nécessité du management des conflits armés au Nord-Kivu. Un ouvrage est disponible sur Amazon. La maison d’édition L’Harmattan distribue la série.
Le 27 décembre 2025, le lancement des deux dernières tomes à Kinshasa a réuni les protocoles habituels. La Première ministre marraine. Des médailles distribuées. Une pour mérite conjugal à l’auteur. La date n’est pas neutre. Goma achevait de tomber. Le contraste entre la cérémonie et le terrain a été noté dans la presse congolaise sans que l’auteur ne le commente.
Ce que disent les six tomes peut tenir en quatre lignes. Il faut restaurer le pouvoir de l’État. Il faut affirmer le monopole de la violence légitime. Il faut mettre fin à l’économie de guerre. Il faut une stratégie intégrée articulant justice, sécurité, gouvernance locale, réformes institutionnelles et développement économique. Il faut dépasser la vision strictement militaire des conflits. Il faut rompre nettement avec la sous-traitance sécuritaire.
Tout cela est juste. Et tout cela est ce que les douze années Paluku au Nord-Kivu n’ont jamais produit. La continuité parfaite entre le contenu des tomes et le manifeste AB-50 prouve une chose au moins : la doctrine est cohérente sur la durée. La pratique politique qui en découle, elle, est introuvable.
V. Le gouverneur défaillant
En 1996, Paluku enseigne l’anglais à Goma. L’AFDL arrive. Il abandonne le tableau noir, suit une formation idéologique à Rumangabo, devient cadre de la rébellion. Administrateur, pas combattant. De 1998 à 2006, il monte. Administrateur de territoire, maire, député provincial. En 2007, gouverneur du Nord-Kivu à 38 ans. Douze ans de guerre devant lui.
Le CNDP de Laurent Nkunda terrorise la province de 2007 à 2009. Puis le M23 prend Goma en 2012. Massacres, viols systématiques, déplacements massifs. Les rapports du Groupe d’experts de l’ONU documentent les flux d’armes, les chaînes de commandement, les bénéficiaires économiques de l’économie de guerre. Pendant ces douze ans, le gouverneur Paluku « accompagne les FARDC », « alerte sur les avancées rebelles », célèbre la défaite temporaire du M23 en 2013. Il est, selon ses mots, « en première ligne ».
Et pendant ces douze ans, le Nord-Kivu s’effondre. Des milliers de civils massacrés. Des centaines de milliers de déplacés. L’économie de guerre prospère. Les milices prolifèrent. L’État ne se restaure jamais. Lui reste gouverneur. Jamais démis. Jamais sanctionné. Jamais inquiété.
Des députés provinciaux l’accusent de détournement d’au moins six millions de dollars. Aucune enquête sérieuse. Aucune poursuite. En 2019, il monte à Kinshasa et devient ministre de l’Industrie. Voilà l’aporie congolaise dans sa forme la plus pure. Des accusations graves, un déni ferme, aucune suite judiciaire, et une promotion au gouvernement national.
L’AB-50 propose désormais que les gouverneurs futurs soient élus au suffrage universel direct, « pour mettre fin à l’instabilité chronique provoquée par les velléités de contrôle des provinces par des individus ». La formule mérite d’être savourée. C’est l’ancien gouverneur d’une province martyrisée pendant douze ans qui propose la nouvelle règle de désignation des gouverneurs. Sans qu’aucun bilan public de son propre passage n’ait jamais été produit.
VI. Le ministre du recyclage
De 2019 à 2024, Paluku gère l’Industrie. Bilan opérationnel invisible. En mai 2024, ministre du Commerce extérieur dans Suminwa I, reconduit dans Suminwa II en août 2025. Nouveau portefeuille, même logique : occuper une fonction sans rendre compte de la précédente.
Sa première année comme ministre du Commerce extérieur a eu son rythme. Davos, 22 janvier 2026, 56ᵉ édition du Forum économique mondial. Plaidoyer pour une Afrique co-actrice. Pour la coopération Sud-Sud. Pour la co-industrialisation. Bonne formule. Bon costume.
Académie des Beaux-Arts de Kinshasa, 27 janvier 2026, journée de mémoire pour les victimes de l’Est. La formule qui circule : « Les véritables FDLR que poursuit Kigali, ce sont les minerais congolais. » Il rappelle que les exportations rwandaises de minerais sont passées de 70 millions à 2 milliards de dollars en une année alors que le Rwanda n’a pas les gisements correspondants. La donnée est exacte. La formule est ciselée. On comprend pourquoi elle voyage.
Sommet de l’Union africaine, 39ᵉ édition, Addis-Abeba, début février 2026. Échange avec Wamkele Mene, secrétaire général de la ZLECAF, sur l’accélération du marché commun continental à l’horizon 2030. Plaidoyer pour la suppression de certaines taxes. Position congolaise alignée.
13 mars 2026, arrêté interministériel avec Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi pour la mise en œuvre du Régime commercial simplifié, le RECOS, aux frontières de la COMESA. Opérationnel à défaut d’être glamour.
Forum Biashara Africa 2026, Palais des congrès de Lomé, du 18 au 20 mai. Trois axes annoncés. Industrialisation locale via les zones économiques spéciales. Frontières et corridors. Accompagnement des femmes entrepreneures et opérateurs informels via le RECOS. Horizon 2031.
10 juin 2026, ANAPEX, à Kinshasa, avec Julienne Mundela (PCA) et Mike Tambwe (DG), sur les contraintes qui freinent les exportations agricoles, agro-industrielles et artisanales.
11 juin 2026, dépôt AB-50.
Le rythme est régulier. La présence est entretenue. Le récit personnel se construit. Et la province d’origine est passée définitivement sous contrôle ennemi en janvier 2025 sans que le ministre du Commerce extérieur ait eu, à aucun moment de cette séquence, à rendre publiquement compte du moindre élément de ses années Nord-Kivu.
VII. Le constitutionnaliste qui n’a pas comparu
L’AB-50 propose une Quatrième République. Les cinq impératifs énoncés sont, individuellement, des objets analytiques sérieux. L’architecture à trois niveaux peut renforcer la décentralisation. La planification au rang de loi peut stabiliser l’action publique. Les chambres d’appel à la Cour constitutionnelle peuvent améliorer le droit au recours. Et l’élection directe des gouverneurs, selon les modalités, peut démocratiser ou féodaliser le niveau provincial.
Mais le moment de la proposition impose un examen. La Troisième République est encore en vigueur. Ses institutions fonctionnent, mal certes, mais fonctionnent. Ses comptes ne sont pas réglés. Les détournements présumés sous la Deuxième comme sous la Troisième n’ont presque jamais donné lieu à condamnation. Les responsables de l’effondrement sécuritaire de l’Est n’ont presque jamais été identifiés, encore moins poursuivis. Et c’est dans cet état institutionnel que l’AB-50 propose de passer à la Quatrième République en s’autorisant l’analogie De Gaulle.
La question n’est pas de savoir si la proposition est intellectuellement valide. La question est de savoir comment un homme qui n’a pas rendu compte de ses douze ans à la tête d’une province martyrisée peut, six mois après la chute définitive de cette province, s’instituer architecte du régime suivant. La question est aussi de savoir comment un ancien cadre AFDL formé à Rumangabo en 1996 peut, en 2026, signer un texte qui veut « solder définitivement l’héritage de cette transition » dont il a été l’un des bénéficiaires institutionnels les plus constants pendant trente ans.
Cette question, le communiqué AB-50 ne la traite pas. Paluku non plus, dans aucune intervention publique connue. Le silence sur les douze années au Nord-Kivu dure depuis 2019. La capacité de produire un manifeste constitutionnel sans avoir produit aucune comptabilité publique sur le passé politique propre est, dans le cas congolais, exactement ce qui définit le recyclage.
VIII. Ce que la trajectoire dit
Le paradoxe Paluku n’est pas une exception congolaise. Il est devenu, en 2026, son moteur central. Une classe politique qui passe de la Deuxième République à la Troisième sans audit, et qui propose de passer à la Quatrième sans audit, fait reposer chaque transition institutionnelle sur l’amnésie de la précédente. C’est une mécanique. Elle a une fonction. Elle protège les acteurs constituants successifs de toute responsabilité pour leurs précédentes incarnations.
Julien Paluku est, dans cette mécanique, un cas archétypal. Un prof d’anglais qui rejoint l’AFDL au bon moment. Un cadre administratif qui devient gouverneur sous Kabila à trente-huit ans. Un gouverneur qui survit à douze ans de guerre sans jamais être sanctionné. Un accusé de détournement qui devient ministre de l’Industrie. Un ministre de l’Industrie qui devient ministre du Commerce extérieur. Un ministre du Commerce extérieur qui devient autorité morale d’un regroupement politique proposant la Quatrième République sur le modèle De Gaulle 1958.
Six tomes publiés. Une médaille pour mérite conjugal pendant que Goma achevait de tomber. Une formule sur les FDLR et les minerais qui circule. Une parole publique entretenue à Davos, Addis-Abeba, Lomé. Cinq impératifs constitutionnels désormais déposés à l’Union sacrée, dont un, la sortie du 40 % de la Constitution, modifierait un pilier du compromis institutionnel de 2006.
Il y a une rigueur dans ce que Paluku produit intellectuellement. Ses diagnostics sont parfois lucides. Sa critique du modèle économique des conflits de l’Est est juste. Sa proposition d’érection du territoire en entité juridique mérite débat. Ce n’est pas le contenu qui pose problème. C’est l’asymétrie persistante entre la production intellectuelle et l’exécution politique. Et c’est l’asymétrie persistante entre la prise de position constitutionnelle sur l’avenir et l’absence totale de comparution sur le passé.
Cette asymétrie est, dans le cas Paluku, devenue la marque de fabrique. Et elle est, dans le cas congolais, l’aporie centrale d’un pays capable de produire des diagnostics brillants sur lui-même mais incapable de les traduire en politiques publiques qui aboutissent. Le débat sur la Quatrième République, quel que soit son aboutissement, devra à un moment ou à un autre se confronter à cette aporie. Sinon, il produira une Quatrième République pilotée par les mêmes acteurs que ceux ayant présidé à l’effondrement de la Troisième, avec le même rendement attendu.
Les livres de Julien Paluku Kahongya sont disponibles aux Éditions L’Harmattan et sur Amazon. Le manifeste AB-50 portant les cinq impératifs constitutionnels est désormais sur la table de l’Union sacrée. Ses réponses sur douze ans de gouvernance du Nord-Kivu restent, elles, indisponibles.
Mise à jour éditoriale, version 2. Cet article actualise et approfondit la première version publiée le 2 janvier 2026. La version 2 intègre le texte intégral du communiqué officiel de l’Alliance Bloc 50 daté du 11 juin 2026, déposé au Secrétariat permanent de l’Union sacrée de la Nation auprès du professeur André Mbata. Sont nouveaux par rapport à la version 1 : le décodage technique des cinq impératifs constitutionnels énoncés par AB-50, la lecture critique de l’analogie historique avec le passage français de la IVe à la Ve République, et la mise en perspective de la formule « solder définitivement l’héritage de cette transition ». Les sections sur le théoricien prolifique, le gouverneur défaillant, le ministre du recyclage et le constitutionnaliste qui n’a pas comparu sont préservées et précisées. La thèse centrale est conservée et renforcée par le développement AB-50.
Sources publiques principales : communiqué officiel Alliance Bloc 50 du 11 juin 2026 publié par Julien Paluku Kahongya sur son compte X ; Mediacongo (11 juin 2026) ; Radio Moto (11 juin 2026) ; Reporter.cd (juin 2026); Opinion-Info.cd (10 juin 2026) ; Ouragan (10 juin 2026) ; Radio Okapi (13 février 2026) ; AllAfrica (28 janvier 2026) ; La Transparence (22 janvier 2026) ; ACP (5 janvier 2026) ; commerce.gouv.cd ; archives Congo Herald (article du 2 janvier 2026 par Papy Nsiona) ; Constitution de la RDC du 18 février 2006, article 175.



