Prédications enflammées, communiqués politiquement pesés, silences bien pesants… En République démocratique du Congo, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) est devenue un centre de gravité incontournable de la vie publique. Sa voix pèse, ses analyses orientent, ses positions engagent. Mais derrière l’encens, les chasubles immaculées et les appels à la vertu, se cachent parfois de vieux péchés institutionnels, soigneusement dissimulés sous la chape du sacré.
La CENCO se veut la conscience morale de la nation, mais qui éclaire sa propre conscience ? Voici sept manquements flagrants, soigneusement classés, que le haut clergé congolais espère, sans doute, voir rester éternellement dans l’ombre. À vos chapelets, l’heure de la confession publique a peut-être sonné.
1. L’Orgueil Politique : La Neutralité à Géométrie Variable
La CENCO aime se présenter comme une boussole morale, au-dessus des partis, arbitre impartial des crises politiques. Pourtant, ses interventions au moment des élections – de 2006 à 2023 – trahissent une implication politique aussi discrète qu’efficace. En 2018, elle publie ses « résultats parallèles » avant même la CENI, défiant l’État. En 2023, elle choisit ses silences avec la précision d’un vieux stratège. Neutre ? Oui, comme un éléphant dans un confessionnal. La prétention à l’impartialité est une façade commode pour exercer un pouvoir d’influence non négligeable.
2. L’Avarice Institutionnelle : L’Argent du Ciel… et Celui des Fidèles
Propriétaire de terres immenses, d’un réseau colossal d’écoles, d’hôpitaux et de stations radio, l’Église catholique est, sans conteste, l’un des plus grands propriétaires privés de la RDC. Mais où vont précisément les revenus générés par cet empire tentaculaire ? Les fidèles cotisent, les ONG internationales financent des projets, l’État subventionne certaines œuvres… le tout sans audit indépendant digne de ce nom. La transparence financière ? Encore un mot qu’on préfère laisser au catéchisme du dimanche, bien loin des rapports de recettes et dépenses.
3. La Gourmandise du Pouvoir : Conseillers des Rois, Bénisseurs de Dictateurs
La tentation du pouvoir est un péché universel, et le clergé congolais n’y échappe pas. De Mobutu à Kabila, certains prélats ont été plus proches des cercles du pouvoir que des misères des pauvres. Des valises transitaient, des bénédictions étaient accordées, parfois en échange de faveurs ou d’influence. Aujourd’hui encore, certains archevêques jouent aux faiseurs de rois dans l’ombre des palais, tout en prétendant prêcher l’humilité et le service du peuple. Le Christ chassait les marchands du temple. Eux les accueillent avec un tapis rouge et des sourires de circonstance.
4. La Luxure Silencieuse : Scandales Étouffés Sous l’Encens
La CENCO, prompte à tonner contre la « débauche » et les mœurs publiques, fait preuve d’une discrétion quasi monacale quand il s’agit de ses propres brebis galeuses. Combien de prêtres ont des enfants non reconnus ? Combien de transferts silencieux de curés accusés d’abus (sexuels, financiers), « réaffectés » loin des projecteurs sans enquête sérieuse, ni justice pour les victimes ? Si l’Église congolaise parle haut et fort quand il s’agit de sexualité publique, elle se tait magistralement sur ses propres errements internes. Le péché sexuel, c’est grave… sauf quand il éclabousse le prestige de l’institution.
5. L’Envie de Contrôle : Bloquer les Débats de Société au Nom du Dogme
Éducation sexuelle complète, accès à la contraception, liberté de conscience… Autant de sujets que la CENCO combat avec une vigueur doctrinale inébranlable, même quand la science, la santé publique et les réalités sociales congolaises (explosion des IST/VIH, grossesses précoces dramatiques) disent le contraire. À l’heure où les jeunes Congolais cherchent l’information et l’autonomie, l’Église préfère l’obéissance aveugle à l’éveil des consciences. Résultat : tabous persistants, jeunes mal informés, IST en cascade, et culpabilité écrasante. L’amour au nom de Dieu, sans le droit d’en parler librement.
6. La Paresse Institutionnelle : Zéro Réforme, Zéro Remise en Question
Le monde évolue à une vitesse vertigineuse, mais l’Église congolaise semble parfois bloquée à Vatican I. Où sont les femmes dans les instances de gouvernance ? Quelles mesures de redevabilité concrètes des prélats ? Quelles réformes structurelles pour lutter contre les abus systémiques ? Rien. À part quelques communiqués solennels en conférence de presse, la machine hiérarchique tourne en vase clos, protégée par le dogme et la tradition. Le clergé n’a ni urne ni bulletin de vote interne pour ses leaders. Mais il donne des leçons de démocratie au pays entier.
7. La Colère Sélective : Tonner Contre les Politiciens… Sauf Ceux du Bon Camp
La CENCO dénonce souvent, et avec justesse, la corruption ou l’incompétence politique. Mais rarement tout le monde. On tonne contre certains chefs d’État jugés « hostiles », on s’agenouille devant d’autres, jugés plus « conciliants ». On organise des marches contre la corruption un jour, puis on bénit des campagnes électorales douteuses le lendemain. L’indignation est à géométrie variable, elle s’ajuste selon le diocèse, les intérêts du moment, et les accointances discrètes. L’indignation morale, si elle n’est pas universelle, sent parfois le soufre de la partialité.
L’Église est une lumière, mais qui l’Éclaire Elle-Même ?
Nul ne nie le rôle crucial que joue la CENCO dans la société congolaise : médiatrice dans les crises politiques, porte-voix des sans-voix, sentinelle morale face à des institutions étatiques souvent en faillite. Mais une lumière non entretenue finit par s’éteindre ou, pire, aveugler.
Si l’Église veut continuer à dénoncer le mal, à exiger la transparence et la bonne gouvernance de la classe politique, qu’elle commence aussi à balayer devant sa chaire et à confesser ses propres péchés. Car aujourd’hui, ce que beaucoup de Congolais attendent de la CENCO, ce n’est pas plus de sermons, mais plus de vérité, d’humilité et de cohérence. C’est le prix de sa crédibilité future.
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