Kinshasa, 7 juin 2026. Le Président Félix Tshisekedi a signé une vague massive de nominations et reconductions à la tête de quatorze entreprises et fonds publics stratégiques, plus l’Inspection générale de la territoriale, lues sur les antennes de la RTNC le mercredi 3 juin par la porte-parole de la présidence, Tina Salama : DGI, OGEFREM, OCC, ARCA, ARSP, FOGEC, ANADEC, ONIP, ANAMED, CEEC, FOMIN, AZES, APROCM et DGCDI (sources : ACP, Depêche.cd, 7sur7, Mediacongo). Aucune procédure d’appel à candidatures publique. Aucun concours ouvert. Aucune short-list transparente. Les mandataires arrivent directement par ordonnance présidentielle, prêts à prendre les commandes de structures qui pèsent des milliards de CDF dans les recettes de l’État et la régulation économique.
Et le timing est parfait. Ces nominations interviennent à quelques semaines du lancement, en juillet, du Niveau 2/3 de la Notation Congo Herald, l’extension de la notation aux entreprises du portefeuille et aux fonds publics. Après la note pays (D+ au T1 2026), place à l’analyse fine, structure par structure, dirigeant par dirigeant. Les nouveaux patrons seront notés dès leur prise de fonction.
La Grille Appliquée Au Mode De Nomination Lui-Même
Avec Ascendance Strategies, nous notons les processus autant que les résultats. Voici l’évaluation flash du mode de nomination du 3 juin, chaque critère sur 20, en avant-goût de la méthodologie complète de juillet, conforme aux OCDE SOE Guidelines 2024 et inspirée des Santiago Principles.
Transparence du processus, 4/20. Zéro publication préalable, zéro appel à candidatures, zéro rapport public sur les profils. Les ordonnances sont publiées après coup. Pratique historique, mais incompatible avec les standards OCDE, Banque mondiale et African Peer Review Mechanism.
Compétence et mérite des nommés, 12/20. Certains profils ont une expertise réelle et documentée (audit, santé publique, gestion). D’autres restent plus politiques. Sans appel ouvert, impossible de vérifier si le meilleur talent disponible a été retenu.
Indépendance vis-à-vis des influences politiques, 6/20. L’ordonnance est un acte de souveraineté présidentielle par nature, encadré par le Décret n° 13/055 du 13 décembre 2013 et ses modifications. Mais le verrou est le même du haut en bas de la chaîne : la Banque mondiale, dans son rapport « Du Parking à la Voie Rapide » publié en mars 2026, pointait précisément l’absence de critères transparents dans les nominations des dirigeants des entreprises publiques. Celui qui nomme sans critères peut révoquer sans bilan. Tant que ce mécanisme perdure, aucune entité du portefeuille ne franchira le plafond structurel du critère Gouvernance & Indépendance.
Alignement stratégique avec les objectifs de l’État, 15/20. Le point fort du système : exécution rapide des priorités (réformes fiscales, contenu local, contrôle qualité, entrepreneuriat). Une réactivité utile en période de transition.
Impact sur la performance et la gouvernance à long terme, 8/20. L’absence de concurrence réduit l’incitation à l’excellence. Les mandataires savent à qui ils doivent leur poste.
Note globale du mode de nomination : 9/20. Niveau moyen faible, à surveiller de très près.
4 Structures À La Loupe
DGI. Barnabé Muakadi Mwamba est maintenu à la direction générale, épaulé par Bobine Muderwa (questions administratives) et Kabwa Kalumba Maurice (questions fiscales et réformes). Cadre historique de la régie, Muakadi affiche une performance récente positive : 101,39 % des assignations d’avril 2026, soit 3 538,4 milliards de CDF mobilisés sur 3 489,8 prévus, selon le communiqué du Ministère des Finances du 30 avril repris par Radio Okapi. Mais le contexte s’est durci. Il devra tenir les recettes internes d’un budget que le Conseil des ministres extraordinaire vient de raboter de 7,4 % le 20 mai, de 54 335,8 à 50 295,1 milliards de FC dans le projet de loi de finances rectificative présenté par le VPM Adolphe Muzito. À noter : cette baisse est portée par les ressources extérieures ; les ressources internes, elles, progressent. Autrement dit, c’est bien sur la DGI que le gouvernement compte pour compenser. Quand le FMI annonce une croissance supérieure à 5,5 % et que la loi de finances recule, l’écart macro/vécu n’est plus une formule. C’est une ligne budgétaire, et le bonus du patron de la régie dépendra de la tenue de cette ligne.
ARSP. Ted Beleshayi Kasanda, secondé par Felly Samuna, remplace Miguel Kashal Katemb. Le profil du nouveau DG tranche : expert-comptable agréé à l’Ordre national des experts-comptables, diplômé de l’Université de Kisangani, près de dix ans au cabinet international KPMG RDC entre 2011 et 2020, puis inspecteur à l’Inspection générale des finances jusqu’à sa nomination. C’est un profil audit-IGF, pas un profil terrain de sous-traitance. Le visage le plus médiatisé du contenu local sort sans bilan publié ni passation documentée. La sous-traitance était une politique ou un one-man-show ? La réponse arrive dans les douze prochains mois, et elle sera notée.
OCC. Patrice Nowa, docteur en médecine et spécialiste en santé publique, prend la présidence du conseil d’administration. Osumba Pierre est nommé directeur général ; Christelle Mwabilu est confirmée comme DGA après une période d’intérim. L’Office, pilier du contrôle qualité des importations et exportations, est historiquement critiqué pour ses lenteurs. Il devient pourtant un maillon direct de la chaîne SPA : qui certifie la qualité de ce qui part vers les acheteurs américains ?
OGEFREM. Amisi Makutano reconduit à la présidence du conseil, Olivier Tshibola Mukuma à la direction générale, Mayele Samba Emmanuel comme DGA. Le fret multimodal d’un pays continental, aux performances variables et aux coûts pointés du doigt, au moment précis où le corridor de Lobito devient le modèle revendiqué de l’engagement américain en Afrique.
Le Calendrier Que Personne Ne Commente
Relisez la liste sous l’angle géopolitique. OCC, le contrôle des exports. OGEFREM, le fret. AZES, les zones économiques spéciales. DGCDI, les corridors industriels. CEEC, la certification des minerais. L’infrastructure administrative complète du commerce extérieur congolais, renouvelée d’un bloc une semaine après la confirmation de Frank Garcia, le nouvel Assistant Secretary of State pour l’Afrique, validé fin mai par un vote groupé du Sénat américain. Garcia, ancien officier de la Navy et ex-staff de la House Intelligence Committee, a explicitement cité Lobito comme modèle et annoncé que chaque dollar américain dépensé en Afrique serait évalué au critère national-sécurité et économique, dans la doctrine America First. Le hasard du calendrier existe. Il a rarement aussi bon goût.
Détail à suivre de près : selon Ouragan.cd et Le pouvoir du peuple, le gouverneur de la Banque centrale, André Wameso, siégerait au conseil d’administration du FOMIN. L’information n’a pas été reprise par l’ACP dans sa lecture officielle des ordonnances, et le Journal officiel devra trancher. Si la chose se confirme, elle posera une question que les Santiago Principles tranchent sans ambiguïté : le régulateur monétaire au conseil d’un fonds souverain minier cumule deux casquettes que les standards internationaux demandent de séparer.
Le Pont Avec Le Niveau 2/3
Ces ordonnances deviennent le cas d’école idéal pour la grille de juillet : scoring des mandataires (parcours, réseaux, réalisations passées), analyse de la gouvernance de chaque entité (conseils, audits, conflits d’intérêts), prévision d’impact sur la note souveraine. Le FOMIN et le FOGEC, qui viennent de recevoir leurs équipes, figurent dans l’univers de notation. Leurs nouveaux dirigeants seront évalués sur des exercices qu’ils n’ont pas gérés, et c’est normal : la notation évalue l’institution, pas le CV. Le FOMIN collecte depuis 2019 une fraction de la redevance minière pour les générations futures. Combien collecté en 2025, combien investi, à quel rendement ? Si les chiffres existent dans un rapport public, la note le reflétera. S’ils n’existent pas, elle le reflétera aussi. L’absence de données est elle-même une donnée, et souvent la plus révélatrice. Les entreprises publiques ont accumulé 5,3 milliards USD de pertes cumulées entre 2014 et 2023, soit presque l’équivalent, chaque année, du budget du secteur de la santé, selon le rapport « Du Parking à la Voie Rapide » de la Banque mondiale (mars 2026) : voilà l’héritage que les nouveaux mandataires reprennent, et le point de départ de leur delta personnel.
Verdict
Le système permet une exécution rapide et un alignement fort, au prix d’une transparence et d’une méritocratie encore limitées. Dans un pays qui veut améliorer sa note souveraine et attirer les investisseurs dans le cadre de l’US-DRC SPA, cette équation mérite un débat public, pas une lecture de noms à la RTNC un mercredi soir. Qu’ils publient leurs états financiers au CSP dans les délais du Décret 13/036, qu’ils réconcilient leurs flux ITIE, qu’ils documentent leurs décaissements, et les notes monteront. Qu’ils gèrent comme leurs prédécesseurs, et la Notation Congo Herald fera ce qu’elle fait depuis le T1 2026 : elle ne récompense pas le silence, elle le tarifie. Premières notations Niveau 2/3 dès juillet. Les nouveaux patrons sont prévenus. Le chronomètre est lancé.
La Notation Congo Herald est une évaluation trimestrielle composite intégrant les méthodologies S&P Global Ratings, Moody’s Ratings, Bloomfield Investment Corporation, l’Indice de Perception de la Corruption de Transparency International, l’African Economic Outlook de la BAD, les données HRW, ACLED, ITIE-RDC, BCC, FMI et Banque mondiale (rapport « Du Parking à la Voie Rapide », mars 2026), croisées avec les sources terrain. Méthodologie conforme aux OCDE SOE Guidelines 2024 et inspirée des Santiago Principles. Prochaine notation : T2 2026, avec extension aux entreprises publiques et fonds pilotes.



