Le 23 mars 2026, la ministre Marie-Thérèse Sombo Ayanne Safi Mukuna s’est rendue en personne à Kolwezi. Pas pour inaugurer une mine. Pour déclarer une urgence radiologique.
La zone du Remblai T17, dans la province du Lualaba, a été officiellement placée en situation d’urgence nationale après que des creuseurs artisanaux ont pénétré le site, exposant des matières radioactives. La ministre, agissant en qualité d’autorité nucléaire sous l’ordonnance 25/293 du 15 décembre 2025, a convoqué les dirigeants de KCC et annoncé le déploiement d’experts spécialisés, de dispositifs de décontamination, et d’une surveillance continue du périmètre.
Plus de 100 000 résidents dans les zones environnantes sont potentiellement concernés.
Ce qu’est T17 et pourquoi ça change tout
Le Remblai T17 n’est pas un no man’s land. C’est un actif de Kamoto Copper Company, l’opération phare de Glencore au Katanga, co-détenue à 30% par la Gécamines. KCC avait déjà signalé des intrusions artisanales sur ce site avant l’incident. Le problème était connu. La barrière n’a pas tenu.
Les remblais du Copperbelt congolais contiennent des co-produits naturellement radioactifs, l’uranium et le thorium notamment, présents dans les minerais cupro-cobaltifères de la région. Ce n’est pas une surprise géologique. Ce sont des résidus d’exploitation industrielle ancienne que les creuseurs artisanaux ciblent pour leurs teneurs résiduelles en cuivre et cobalt, sans protocole de sécurité radiologique.
La même réalité avait déjà frappé Glencore en 2018, quand des taux anormaux de radioactivité avaient contraint la suspension des productions à Kamoto.
Elle avait frappé Zijin/COMMUS en 2024, quand le Botswana avait renvoyé une cargaison de cobalt de Kolwezi pour radioactivité au-dessus des normes autorisées. Cette fois, c’est une urgence nationale officielle, avec déplacement ministériel et convocation de l’opérateur.
L’ironie cruelle de la chronologie
Le 4 février 2026, le Deputy Secretary d’État américain Landau signait à Washington un mémorandum d’entente entre Glencore et le consortium américain Orion pour une acquisition potentielle de 40% des actifs congolais de Glencore, dont KCC, dans une transaction estimée à 9 milliards de dollars. Le premier grand signal d’implémentation de l’Accord de Partenariat Stratégique USA-RDC.
Six semaines plus tard, un remblai du même KCC est percé par des creuseurs artisanaux non encadrés.
Une urgence radiologique est déclarée à quelques kilomètres des mêmes concessions.
Ce n’est pas une coïncidence punissable. C’est une réalité structurelle que l’APS, dans son état actuel d’implémentation, ne résout pas encore.
Ce que l’accord dit et ce que le terrain montre
L’Article X de l’Accord de Partenariat Stratégique engage explicitement les deux parties à la formalisation et à l’industrialisation du secteur artisanal, à la réduction du commerce illicite des minerais et à la création de moyens de subsistance alternatifs pour les creuseurs artisanaux.
Texte ambitieux. Mise en œuvre inexistante à ce stade.
Le résultat concret, en mars 2026, des creuseurs sans protection percent un remblai uranifère sur la concession de l’actif que Washington est en train de racheter pour sécuriser ses approvisionnements en minerais critiques. La chaîne qui relie l’exploitation artisanale informelle au risque industriel et sanitaire n’a pas été rompue. Elle s’est même tendue, parce que la pression sur les sites s’est intensifiée à mesure que la valeur stratégique des minerais de Kolwezi s’est accrue.
La responsabilité de l’opérateur industriel, posée officiellement
La convocation des dirigeants de KCC par la ministre agissant comme autorité nucléaire est un précédent institutionnel à ne pas sous-estimer. Elle établit que l’opérateur titulaire du permis est interpellé officiellement sur les intrusions artisanales dans son périmètre et leurs conséquences radiologiques.
Pour tout investisseur ou opérateur dans le cadre de l’APS à Kolwezi, le message est clair: le périmètre de responsabilité ne s’arrête pas aux clôtures de la mine. Il inclut la gestion active de la pression artisanale sur les zones de résidus et remblais relevant du titre minier. Cette responsabilité vient d’être activée par voie de convocation ministérielle.
Ce qu’on attend encore
Les niveaux de radiation précis sur T17 n’ont pas été rendus publics. Les substances exactes non plus, au-delà de la mention générale de matières uranifères.
Aucun cas sanitaire confirmé n’a été annoncé. L’Agence internationale de l’énergie atomique n’a pas, à ce stade, confirmé la notification officielle de la part de Kinshasa.
Ce que l’on sait: l’urgence est réelle, le site est un actif KCC, et l’opération de décontamination est en cours sous supervision gouvernementale.
Ce que l’on surveille: une déclaration publique de Glencore sur l’incident, une éventuelle notification à l’AIEA, et l’impact sur le calendrier du MOU Orion-Glencore si la situation s’étend hors du périmètre T17.
Kolwezi produit le cuivre et le cobalt dont le monde a besoin. Elle produit aussi, régulièrement, les preuves que l’exploitation de cette richesse reste dangereuse pour ceux qui y vivent. L’APS US-RDC a posé un cadre. Il reste à le remplir.
L’analyse faite par Ascendance Strategies.
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