Kinshasa, RDC. Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur Bahati Lukwebo. Cet homme qu’on surnomme le « Maradona de la politique » n’est pas ce qu’il paraît. Il est bien plus malin que ça. Voici pourquoi le professeur Modeste Bahati Lukwebo est en réalité le Makélélé de la politique congolaise – et pourquoi c’est peut-être encore mieux qu’être Maradona.
- Maradona dribble, Makélélé RÉCUPÈRE (et Bahati aussi)
Imaginez le Santiago Bernabéu en 2003. Florentino Pérez vend Claude Makélélé à Chelsea en déclarant: « Nous ne vendrons pas de musique, mais de la poésie. » Résultat? Sans son métronome, le Real s’effondre. Zidane l’avait prédi : « Pourquoi laisser partir le joueur qui donne des ballons à Zidane, Beckham et Ronaldo ? »
Modeste Bahati Lukwebo, c’est exactement ça. Pendant que tout le monde s’extasie sur les Maradona politiques congolais – ces leaders flamboyants – à la Constant Mutamba ou Lambert Mende – qui marquent des buts spectaculaires devant les djalelos avant de s’écraser – lui récupère discrètement tous les ballons perdus. On peut remplacer un attaquant génial, jamais un métronome irremplaçable.
- Le « milieu de terrain » = meneur de JEU
Dans les ruelles de Katana au Sud-Kivu, le jeune Modeste regardait les matchs de football avec fascination – pas pour les buteurs, mais pour ces milieux de terrain qui touchaient chaque ballon, qui semblaient connaître le jeu mieux que l’arbitre ou les entraîneurs. Cinquante ans plus tard, cette vision lui permet de contrôler l’échiquier politique congolais. Le centre, c’est là où on MAÎTRISE le jeu. Peu importe qui gouverne, tous les ballons finissent par passer par lui.
- Macron a copié la technique Bahati
Paris, 2016. Emmanuel Macron invente « Ni de droite, ni de gauche » et « en même temps » et fonde En Marche, transformé quelques années en Renaissance. Le monde s’extasie devant cette innovation politique. Mais à Kinshasa, le professeur Lukwebo sourit: cette stratégie du centre radical, lui la pratique depuis les années 90, quand Macron portait encore des couches. Le professeur Lukwebo avait compris avant tout le monde que dans un monde polarisé, celui qui refuse les extrêmes devient indispensable à tous.
- Merkel ? 16 ans. Bahati ? 30+ ans d’influence
Angela Merkel, « reine du consensus » pendant 16 ans en Allemagne. Impressionnant. Mais le prof Lukwebo: 30 ans de pertinence continue sous Mobutu, Kabila père, Kabila fils ET Tshisekedi alias Fatshi Beton. Quatre régimes diamétralement opposés. Merkel a navigué dans les eaux calmes de l’Europe démocratique sous le parapluie sécuritaire américain. Le prof, lui, a survécu aux tsunamis politico-sécuritaires congolais.
- La méthode Makélélé appliquée à la politique
Claude Makélélé expliquait: « Je ne cherche pas la gloire, je cherche l’efficacité. » Pour le prof, c’est pareil. Même recette: anticiper les changements avant même que les protagonistes les voient. Récupérer les positions stratégiques quand tous se disputent les postes clinquants. Redistribuer son influence au moment décisif. Exactement la philosophie et l’intelligence de Makélélé.
- Il ne « change » pas de camp, il EST le terrain
L’erreur de ses détracteurs? Ils pensent qu’il change de camp. Regardez bien: chaque repositionnement intervient quand l’ancien équilibre s’effrite et qu’un nouveau se dessine. Ce n’est pas de l’opportunisme, c’est de l’architecture politique. Il n’a pas passé 30 ans à changer de camp – il a défini le terrain sur lequel tous les autres jouent.
- Les diplômes qui changent tout
Master en finances publiques (Milan, 1982) et deux doctorats en économie appliquée. Auteur de plusieurs livres notamment « Les banques africaines face aux défis de la mondialisation » (L’Harmattan). Ce ne sont pas des improvisations politiques qu’il fait, c’est de la science économique appliquée à la stratégie. Imaginez Makélélé écrivant des traités tactiques footbalistiques pendant qu’il révolutionne son poste !
- Sun City : négocier la paix comme Modric gère le tempo
2001-2003, Afrique du Sud. Le Congo brûle dans une guerre civile atroce. Le prof. Lukwebo est appelé à présider la Composante Société Civile au Dialogue intercongolais, naviguant entre ego surdimensionnés et rancunes tenaces pour trouver les compromis impossibles. Quand on vous confie la médiation d’un conflit national, c’est qu’on reconnaît votre maîtrise du « milieu ».
- L' »informateur »: quand Tshisekedi appelle son Makélélé
Janvier 2021. Félix Tshisekedi face à une crise parlementaire majeure nomme Bahati « informateur » chargé d’identifier une nouvelle majorité à l’Assemblée. Quand le président lui-même a besoin de quelqu’un pour organiser son milieu de terrain politique, il appelle… Le prof. Lukwebo. La reconnaissance suprême.
- La génétique du leadership
Sa mère, Perpétue Namukara, est décédée à 111 ans en laissant 8 orphelins, 73 petits-enfants, 204 arrière-petits-enfants et 31 arrière-arrière-petits-enfants. Plus de 300 descendants ! Quand on grandit en coordonnant une famille de cette taille, gérer une coalition politique devient… naturel.
- « Ce n’est pas une question de temps, mais de volonté »
C’est à la HEC de Kinshasa en 2024, face aux jeunes diplômés, que Lukwebo lâche enfin sa philosophie en disant que « pour que les choses changent dans le pays, ce n’est pas une question de temps, mais de volonté. » Voilà pourquoi il ne suit pas le tempo des autres – il IMPOSE le sien. Pure mentalité Modric ou peut-être Vitinha.
- L' »insubmersible » reconnu par ses ennemis
Même ses détracteurs l’admettent avec agacement: il est « insubmersible », le « Cassius congolais ». Depuis 30 ans, à chaque transition, on parie sur sa chute. Et à chaque fois, il ressurgit plus influent qu’avant. Quand tes détracteurs utilisent des métaphores maritimes pour décrire ta résistance, c’est que tu as transcendé la politique ordinaire.
Voilà donc!
Modeste Bahati Lukwebo n’est peut-être pas le Maradona de la politique congolaise, mais il est son Makélélé, son Modric, son Yaya Touré. Et franchement? Soyez Makélélé, pas Ronaldinho. Soyez Modric, pas Rooney. Les uns font les couvertures, les autres gagnent les championnats. Parce que les Maradona, on s’en souvient avec nostalgie. Les Modric ? Ils gagnent les ligues.
Alors, Team Maradona ou Team Makélélé?



