Mars 2026, Kakanda, province du Lualaba. Un puits artisanal s’effondre sur ses propres parois. Neuf hommes restent en dessous. L’auditorat militaire est saisi dans la foulée, comme à chaque fois. Deux mois plus tard, aucun nom n’a été inscrit dans un dossier d’instruction, et les puits voisins ont rouvert dans la semaine qui a suivi l’éboulement. Si la mort de neuf creuseurs sur un site ERG en plein cœur de la ceinture du cobalt mondiale ne pousse pas l’État à bouger, on se demande ce qui le ferait.
C’est dans ce silence-là que l’Entreprise Générale du Cobalt, filiale de la Gécamines créée en 2019 avec un monopole d’achat sur tout le cobalt artisanal congolais, vient de signer trois accords coup sur coup. ERG en février 2026. Trafigura juste après. Le canal EVelution dans la foulée. Six ans de léthargie totale, six mois d’agitation soudaine. À la veille de la mise en œuvre du SPA US-RDC, l’EGC est subitement promue colonne vertébrale d’un partenariat à plusieurs milliards de dollars.
Le constat le plus dévastateur sur l’EGC ne vient pas d’un opposant. Pas d’un cabinet étranger. Pas d’une ONG. Il vient du ministère des Mines de la RDC lui-même. Le rapport gouvernemental EMAPE filière Cuivre-Cobalt de juillet 2025 écrit, noir sur blanc, que l’EGC n’a laissé « aucune empreinte perceptible » dans le Lualaba ni dans le Haut-Katanga après six années d’existence. Six ans pour aboutir à un constat de néant rédigé par sa propre tutelle. Six ans pour redécouvrir, à la veille du SPA, qu’on a sous la main un véhicule institutionnel idéal parce qu’il est resté trop léthargique pour avoir accumulé des casseroles.
1. Le mandat sur papier, c’est-à-dire nulle part ailleurs
Le mandat de l’EGC, sur le papier, est l’un des plus ambitieux jamais confiés à une entreprise publique congolaise. Tracer le cobalt issu de l’exploitation artisanale. Formaliser les sites. Distribuer des équipements de protection. Protéger les femmes enceintes et les enfants qui sont, comme chacun sait, présents sur les sites artisanaux du Lualaba malgré les interdictions. Faire monter les revenus des creuseurs. Soigner l’image du premier producteur mondial de cobalt. La copie tient dans un communiqué. Elle est servie depuis six ans.
Six ans plus tard, les femmes enceintes sont toujours là, sur les sites, à porter des sacs de minerai brut sur des chemins de latérite défoncée. Les enfants aussi. Les équipements de protection promis ne sont pas arrivés. En février 2024, la Gécamines transfère à sa filiale cinq carrés miniers pour qu’elle y déploie enfin son modèle. Un an et demi plus tard, le rapport EMAPE constate qu’aucun équipement n’a été distribué, qu’aucun programme de traçabilité n’a été lancé, qu’aucun volume n’a été documenté.
À quelques kilomètres de là, le Centre de Négoce de Musompo, inauguré en octobre 2023 par le Gouvernorat du Lualaba avec un laboratoire CEEC de classe mondiale installé en juin 2023, attend les creuseurs qui ne viennent pas. Les balances vérifiées ne servent à rien si personne ne fait confiance aux prix affichés. Le laboratoire ne pèse rien si les sacs partent par les chemins de derrière. Le centre, vide, devient le symbole le plus poli de l’échec institutionnel : on a fait le geste, on a coupé le ruban, et tout le monde est passé à autre chose.
Voilà l’institution qu’on s’apprête, en 2026, à présenter comme la pierre angulaire de la formalisation du cobalt en RDC.
2. Trois MoU en six mois, pas tous égaux
Premier accord, le plus visible. En février 2026, l’EGC signe avec ERG, le mastodonte kazakh qui contrôle Boss Mining, COMIDE, Swanmines et Metalkol, un protocole pour formaliser une partie de l’exploitation artisanale qui se déroule de fait sur ses sites. Premier MoU substantiel d’un opérateur industriel acceptant officiellement la coexistence avec l’EMA. C’est une nouveauté réelle. Pour la première fois, un industriel kazakh écrit noir sur blanc ce que tout le monde sait depuis vingt ans : qu’il y a, sur ses titres miniers, des milliers de gens qui creusent sans autorisation, et qu’on ne va pas les déloger à la mitrailleuse.
Deuxième accord, présenté comme nouveau. Le « partenariat d’agrégation export » avec Trafigura. Sauf que Trafigura est l’offtaker historique de l’EGC depuis sa fondation en 2019. Le rapport EMAPE de juillet 2025 rappelle même que l’EGC a été créée sur le modèle Trafigura, comme société de service à la périphérie de l’exploitation minière. Ce n’est pas un accord 2026. C’est une réactivation. Et une réactivation, ça veut dire que pendant six années, le téléphone entre Genève et Kinshasa n’a pas sonné. Voilà ce qu’on appelle un canal d’export traçable qui n’exporte rien.
Troisième accord, le plus glissant. Le « canal EVelution ». En vérité, EVelution Energy a un contrat d’offtake de cinq ans avec ERG, pas avec l’EGC. Pour qu’EGC se retrouve dans la chaîne EVelution vers l’usine de raffinage américaine, il faut que les volumes ASM formalisés par le MoU ERG remontent jusqu’à ERG, puis vers EVelution. L’EGC n’est pas le pivot. Elle est invitée, en bout de table, à une chaîne déjà construite par d’autres. Présenter cela comme une victoire institutionnelle propre à l’EGC, c’est généreux.
3. Pourquoi maintenant ? Parce que Washington a besoin d’un véhicule présentable
Le SPA US-RDC signé le 4 décembre 2025, en cours de ratification par les chambres haute et basse du Parlement congolais depuis mars 2026, a un problème de présentation. Il faut, dans les six prochains mois, des incarnations institutionnelles auxquelles accrocher l’Article XV (formalisation ASM, qui nomme explicitement l’EGC) et l’Article XIV (assistance technique DFC). Or Washington regarde sa liste, et la liste est courte.
La Gécamines elle-même ? Embourbée dans les contrats KKM et KMC hérités de l’ère Nkala-Lukama, dont le nouveau conseil n’a pas tranché. La DRC Gold Trading SA ? Ralentie par les angles UAE et la question Kazibaziba. L’ARSP ? Son agenda sous-traitance la condamne à un rôle annexe. La SOKIMO ? L’or, pas le cobalt.
Reste l’EGC. Dormante mais propre. Bilan zéro mais sans casseroles. ITIE-trackée, ESG sur la couverture, et son directeur général en train de présenter des slides à Cobalt Congress à Madrid, en Espagne, en mai 2026, après Paris, Shanghai, Riyad et l’Indaba en Afrique du Sud. Pendant qu’à Kakanda les puits rouvrent, à Shanghai le PowerPoint roule. Pour Washington, c’est le véhicule de SAR-éligibilité le moins compliqué qui existe actuellement. Et accessoirement, EGC est congolaise, ce qui permet à la DFC de cocher la case « renforcement institutionnel local » sans trop forcer le trait.
Voilà comment une filiale qu’on jugeait léthargique se retrouve, en six mois, promue colonne vertébrale d’un partenariat à plusieurs milliards de dollars.
4. Pendant ce temps, sur les sites ERG, le vrai patron du cobalt s’appelle autrement
Pour comprendre ce que vaut un MoU EGC-ERG, il faut sortir des salles de conférence et regarder ce qui se passe vraiment sur les concessions Boss Mining, Comide et Swanmines. Et surtout, il faut reconstituer la chronologie complète d’un dossier que Kinshasa préférerait laisser dans le silence.
Le contentieux ERG-pouvoir kinois ne date pas de 2026. Il remonte au moins au 28 juillet 2023, lorsqu’Africa Intelligence titrait déjà « Kazakh miner ERG clashes with presidential family in Lualaba ». ERG a publié à l’époque un communiqué officiel pour distancier publiquement la formule, rappelant ses neuf milliards de dollars investis en RDC depuis 2009, son 1,6 milliard de dollars de taxes et royalties versés au Trésor public, ses dix mille emplois créés. Le langage était diplomatique. Le fond ne pouvait pas être nié. Trois ans plus tard, le contentieux n’a pas seulement perduré. Il s’est aggravé, et la séquence des tentatives institutionnelles pour le résoudre a tourné à la démonstration que Kinshasa n’arrive plus à imposer la loi sur son propre territoire minier.
La séquence est instructive. Le 14 mars 2025, l’Autorité de Régulation de la Sous-Traitance, dirigée par Miguel Kashal Katemb, suspend neuf sociétés sous-traitantes d’ERG pour non-conformité à la loi sur la sous-traitance, ces entreprises n’étant pas contrôlées par des ressortissants congolais. À partir de mai 2025, l’exploitation de Boss Mining est suspendue pour préoccupations environnementales et de sécurité. ERG déclare alors un cas de force majeure sur les livraisons de cobalt depuis Métalkol. Le groupe se tourne vers l’arbitrage international avec le cabinet Jones Day, dans une plainte CIRDI contre la RDC sur les permis miniers annulés. Les 9 et 10 septembre 2025, le président Tshisekedi se rend en visite d’État à Astana, préparée en amont par Patrick Mpoyi Luabeya. Un accord transactionnel est annoncé pour mettre fin au long litige avec ERG. Tshisekedi s’entretient en format restreint avec son homologue kazakh Kassym-Jomart Tokaïev. Le sujet ERG est sur la table, et il est lourd. Selon les enquêtes privées d’ERG reprises par Africa Intelligence, les soupçons de l’enquêteur portent sur des proches du président lui-même. À son retour, Tshisekedi sermonne ses frères et les somme d’arrêter.
Le 31 octobre 2025, Thierry Tshisekedi, frère du chef de l’État, accompagne une délégation du Conseil national de sécurité et des représentants d’ERG sur les sites pour faire constater l’occupation. Il est physiquement bloqué sur le terrain par la Garde républicaine. Le frère du président, en mission officielle avec le CNS, est empêché d’avancer par la garde rapprochée du président. Quelqu’un, à Kinshasa, a donné un ordre que la GR a estimé prioritaire sur celui de la Maison militaire. Quelqu’un a pesé plus lourd que Thierry Tshisekedi, plus lourd que le CNS, plus lourd que la diplomatie kazakhe.
En janvier 2026, Tshisekedi nomme Raphaël Kabengele inspecteur général des mines, avec mission explicite d’assainir le secteur. Kabengele dépêche son adjoint Jean-Paul Kilembe à Lubumbashi et briefe le président. Début 2026, ERG dépose une plainte officielle via le cabinet kinois M.M & Associates auprès du lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, auditeur général des FARDC, avec copies au président Tshisekedi, à la première ministre Judith Suminwa Tuluka, et au même Kabengele. Le 27 mars 2026, Africa Intelligence publie son enquête nominative. Fin mars 2026, le général Martin Malubuni de la Maison militaire ordonne l’évacuation des FARDC des sites miniers. Le chef d’état-major Jules Banza Mwilambwe se rend personnellement au Katanga. Le 12 mai 2026, Africa Intelligence revient avec un nouveau titre qui dit tout : « La bataille sans victoire d’ERG pour reconquérir ses permis ». Le 13 mai 2026, ERG publie un nouveau communiqué dénonçant un « pillage industriel ». La crise est encore active aujourd’hui.
Les noms cités par l’enquête ne sont pas n’importe lesquels. Garde républicaine en première ligne. Le général-major Ephraim Kabi Kiriza, chef de la GR, est nommément mis en cause comme ayant sécurisé ces trafics, via son avocat Honoré Alingi et la coopérative Comibakat. Environ quarante soldats d’élite de la GR seraient déployés sur les sites ERG. Le général Gabriel Amisi Kumba, dit « Tango Four », ancien chef d’état-major des FARDC déjà sanctionné par les États-Unis en décembre 2016 pour violations des droits humains, est accusé de superviser les opérations par l’intermédiaire de membres de sa propre famille, son fils Trésor et son neveu Bonté Amisi. La 22e région militaire des FARDC fournit la couverture logistique et sécuritaire, avec l’appui d’éléments de la Police nationale congolaise.
Côté véhicule local, la coopérative Comibakat, donnée pour liée par la même enquête à la gouverneure du Lualaba Fifi Masuka Saini, sert de plateforme d’exploitation sur les concessions ERG sous protection militaire.
Côté affaires, la structure New Lebanese Business Co (NBLC), dirigée par Mohamed Saad dit « Hamoudi », est suspectée par Africa Intelligence d’être liée au cartel Congo Futur, déjà visé par des sanctions américaines pour financement présumé du Hezbollah. Et derrière, des entreprises chinoises de transformation prennent en charge le traitement et l’exportation des produits extraits illégalement.
Le système ne s’arrête d’ailleurs pas au cobalt. En avril 2025, Trumpet News Uganda documentait l’usage par des généraux congolais déjà blacklistés d’une firme ougandaise pour exporter de l’or congolais frauduleux vers les marchés internationaux. La prédation est organisée en filière. Le cobalt en sort par camion vers les usines de transformation chinoises au Lualaba. L‘or sort vers le nord par Kampala.
Le chiffre le plus parlant n’est ni en dollars ni en pourcentage. Il est en camions. Selon Africa Intelligence du 12 mai 2026, entre cent et deux cents camions chargés de cuivre et de cobalt quittent chaque jour les concessions ERG par les chemins de derrière. À titre de comparaison, en 2022-2023, ERG faisait sortir quatre cents rotations légales par jour. La production parallèle représente, certains jours, la moitié du volume sortant. Tout ça en plein Lualaba, à quelques heures de route des bureaux du gouvernorat, dans le pays qui fournit plus des trois quarts du cobalt mondial. Les pertes pour ERG et pour le Trésor public congolais combinés sont estimées par Africa Intelligence à près de deux milliards de dollars par an. Le projet Comide, développement de 800 millions de dollars avec une usine hydrométallurgique, subit des retards en cascade.
C’est ce système-là que le MoU EGC-ERG est censé absorber. Plutôt que d’évacuer manu militari des milliers de creuseurs armés et leurs protecteurs galonnés, l’État propose une formalisation supervisée. EGC achète, EGC contrôle, EGC trace.
Sauf que les réseaux parallèles paient cash, ne demandent pas de licence, ne respectent pas la traçabilité et disposent d’appuis institutionnels que l’EGC n’aura jamais. Une filiale d’entreprise publique, avec zéro tonne tracée en six ans, contre la Garde républicaine, un général sanctionné par Washington, une gouverneure de province, une structure libanaise sous suspicion de Hezbollah et des transformateurs chinois rodés. Match historiquement défavorable. Match qu’aucun document n’a jamais gagné en RDC.
Et puis il y a cette donnée qu’aucun manuel de gouvernance n’avait prévue. Si la Garde républicaine peut bloquer en plein jour le frère du président, accompagné du Conseil national de sécurité, sur des sites où ERG demande l’application de la loi, c’est qu’elle protège quelqu’un dont l’ordre prime sur celui de la Maison militaire. Africa Intelligence laisse entendre que ce quelqu’un appartient au cercle familial présidentiel. Le silence officiel à Kinshasa sur cet épisode du 31 octobre 2025 dit tout. Le président Tshisekedi sait. Vakhabov sait. Tokaïev sait. Et pourtant, les camions continuent de sortir.
5. Le coût caché : Buenassa écartée, EGC promue
Le choix EGC n’est pas neutre. Et son coût d’opportunité a un nom, déjà documenté dans Congo Herald. En mars 2026, Washington a poussé la cession Chemaf à un véhicule américain (Virtus, 30 millions de dollars d’equity) contre l’offre congolaise de Buenassa (1,5 milliard de dollars, financement UBA, projet de raffinerie Lualaba à 3,5 milliards). Capital congolais privé écarté. Capital congolais public, sous tutelle conjointe de Gécamines-DFC, reconnu.
La différence n’est pas sur un détail structurel capitalistique. Une raffinerie Buenassa à Lualaba, c’était plusieurs milliers d’emplois directs locaux, une chaîne de valeur captée sur place, des compétences techniques transférées et un opérateur congolais en mesure de négocier ses propres contrats avec les majors. Une EGC qui agrège du cobalt artisanal pour l’expédier à Trafigura puis à EVelution, c’est un canal d’export propre, certes, mais c’est aussi la confirmation que le Lualaba reste un point de départ et jamais un point d’arrivée.
Le message envoyé aux entrepreneurs miniers nationaux est limpide. La SAR (réserve d’actifs stratégiques) n’est pas un instrument de transformation locale. C’est un canal de placement américain. Buenassa pivote vers le raffinage faute d’avoir pu acquérir Chemaf. L’EGC pivote vers l’agrégation faute d’avoir jamais produit autre chose qu’un communiqué. Les deux trajectoires ne se croisent pas. Et ce n’est pas un hasard.
6. Trafigura, la pièce qu’on évite de regarder
L’élégance américaine en matière de chaîne d’approvisionnement propre s’arrête souvent au seuil de Trafigura. La maison de négoce a payé 127 millions de dollars en 2024 pour solder une affaire de corruption en Angola devant l’autorité judiciaire suisse. Présence de Trafigura dans la chaîne EGC-export-États-Unis : facteur de risque CSDDD, UFLPA, Dodd-Frank 1502. Si Washington veut faire d’EGC un canal SPA US-RDC présentable, faire reposer son agrégation export sur Trafigura n’est pas indolore. Mais c’est le partenaire historique. Et changer de cheval prendrait du temps que Washington n’a pas.
Et tant qu’on y est, la même Trafigura est co-actionnaire du Lobito Atlantic Railway aux côtés de Mota-Engil et Vecturis. Le rail. L’export. Le cobalt artisanal. Trois canaux SPA, un même opérateur. Pour ceux qui aiment cocher les cases compliance, la concentration vaut qu’on s’y arrête. Pour ceux qui aiment que les corridors logistiques de minerais stratégiques soient diversifiés, c’est un signal d’alarme. Pour la RDC, c’est simplement la nouvelle architecture en train de se mettre en place pendant qu’on regarde ailleurs.
7. La seule question qui vaille
Tout ce qui précède peut s’effondrer en six mois. Si le MoU ERG s’enlise dans la mauvaise foi opérationnelle. Si Trafigura recule sous la pression de compliance après une nouvelle enquête européenne. Si EVelution se redirige sur un autre fournisseur après vérification de l’origine réelle des volumes. L’architecture s’écroule, et tout le monde se réveillera en cherchant un autre véhicule présentable.
Mais le vrai test sera plus simple, et il sera chiffré. Combien de tonnes de cobalt artisanal l’EGC aura-t-elle effectivement tracées au 30 juin 2026 ? Combien à la fin de 2026 ? Si le chiffre reste proche de zéro, le verdict tombe. L’EGC ne sera pas devenue le patron du cobalt congolais. Elle aura été le décor que Washington pose devant ses caméras pour que le SPA ait l’air de fonctionner.
Le 1er juillet 2026, on saura. Soit l’EGC publie un premier reporting tonnage tracé crédible, audité par un tiers, recoupé par ITIE-RDC et par les volumes export Trafigura, et la SAR a trouvé son pivot ASM. Soit le rapport EMAPE 2027 répète mot pour mot celui de 2025 : aucune empreinte perceptible.
D’ici là, à Kakanda, les puits qui se sont rouverts une semaine après l’éboulement de mars vont continuer à descendre. Les hommes qui y travaillent ne sauront pas qu’à Shanghai, Cobalt Congress et Fastmarkets ont entendu parler de leur formalisation imminente. Ils sauront seulement qu’aucun équipement de protection n’est arrivé, qu’aucun bordereau ne sort à leur nom, et que les camions qui partent le soir, cent à deux cents par jour, ne portent toujours pas le logo de l’Entreprise Générale du Cobalt. Ils sauront aussi, parce que tout le monde le sait au Lualaba, que les sacs qui partent par les chemins de derrière finissent dans les mêmes usines de transformation chinoises et passent par les mêmes coopératives protégées par les mêmes uniformes. Et que Vakhabov a beau écrire à Likulia, le silence dure.
Neuf milliards de dollars investis depuis 2009. Dix mille emplois créés. Un milliard six cents millions de dollars versés au Trésor en taxes et royalties. Plus des trois quarts du cobalt mondial qui transite par les actifs du groupe. Et aujourd’hui, deux milliards de dollars qui sortent chaque année par les chemins de derrière, sous escorte galonnée. Un président qui sermonne ses propres frères et qui n’est pas obéi. Un frère du président bloqué par la garde rapprochée du président. Voilà ce que pèse la patience d’un investisseur kazakh face à la prédation organisée au sommet d’un État partenaire.
Six ans pour rien. Six mois pour trois MoU. Six mois encore pour livrer la première tonne tracée. Au-delà, ce n’est plus de la formalisation. C’est une opération de relations publiques. Et personne, à Kinshasa comme à Washington, ne pourra prétendre ne pas l’avoir vu venir.



