Analyse – Septembre 2025. Alors que plus de 200 députés signent une pétition pour dénoncer sa gestion, le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, tente encore une fois de jouer sa carte maîtresse : le dialogue. Mais derrière l’image policée du négociateur infatigable, se dessine un paradoxe. L’homme qui se veut artisan de compromis semble aujourd’hui prisonnier d’une méthode devenue caricature. Et ses lieux de prédilection – les hôtels de Kinshasa ou de l’étranger où se trament marchés et deals politiques – renforcent l’image d’un «dialoguiste professionnel» qui ne sait plus transformer ses conciliations en résultats durables.
Un présent orageux : de la présidence de l’Assemblée à la contestation ouverte
La rentrée parlementaire s’annonce tendue. Vital Kamerhe, qui avait retrouvé le perchoir en 2024 comme une revanche politique après son acquittement, voit son autorité contestée. Plus de 200 députés signent une motion dénonçant son « incompétence » et ses « dérives autoritaires ». Sa réponse ? Le réflexe connu: lancer des consultations, appeler à des conciliabules… souvent organisés dans les salons feutrés d’hôtels huppés de la capitale, ses véritables « bureaux annexes ».
L’homme qui voulait toujours concilier
De l’UDPS des années 1980 aux arcanes du PPRD dans les années 2000, de l’opposition soft à la présidence de l’Assemblée nationale, Kamerhe a cultivé une constante: se poser en médiateur. En 2009, il quitte Joseph Kabila dans une «rupture civilisée», renforçant sa réputation d’homme courtois dans un univers brutal. En 2018, il fait partie de « faiseurs de roi » en propulsant Félix Tshisekedi. Même après sa condamnation en 2020, il garde cette image de négociateur et pacificateur, revenant en grâce grâce à l’alliance CACH et à sa capacité à réapparaître là où on ne l’attend plus.
La méthode Kamerhe : entre salons feutrés et tables de dialogue
Ce que ses partisans appellent « art du compromis » ressemble de plus en plus à une addiction. Les hôtels kinois – du Fleuve Congo Hôtel au Pullman – ainsi que le Georges VI à Paris sont toujours devenus ses théâtres préférés. On le voit, soir après soir, réunir députés, opposants, ministres ou hommes d’affaires, toujours autour d’un café, d’un repas ou d’un verre. Ces « diplomaties de couloirs » lui permettent de survivre politiquement, mais donnent aussi l’impression d’une politique réduite à la négociation permanente, loin des institutions officielles.
Quand le dialogue devient une prison
Le problème n’est plus seulement de savoir dialoguer, mais de savoir quoi en faire. Depuis Sun City en 2002, en passant par Nairobi, Luanda et plus récemment Doha, les grandes messes de la palabre congolaise se succèdent sans jamais accoucher d’une paix durable. Chaque accord est présenté comme un tournant historique, chaque poignée de main comme une victoire symbolique. Pourtant, le cycle se répète. Le M23 revient toujours, malgré les engagements signés. Le Rwanda, acteur incontournable mais insaisissable, demeure hors de portée des conciliations locales. Et l’insécurité continue de miner l’Est du Congo, vingt ans après les premiers dialogues de transition. Dans ce paysage figé, Vital Kamerhe apparaît comme prisonnier de son propre logiciel. Son instinct est toujours le même: concilier, arrondir les angles, éviter la rupture à tout prix. Cette obsession du compromis, qui lui a permis de survivre politiquement, devient sa camisole. Plus il répète la formule, moins elle convainc.
Les limites d’une carrière dialoguiste
Car il faut reconnaître à Kamerhe une qualité rare: celle du tacticien qui sait toujours trouver un siège, même quand on le croit fini. Après une condamnation retentissante, il a réussi à revenir au premier plan, preuve d’un flair politique certain. Mais derrière cette résilience, se cache un échec stratégique: aucun de ses dialogues n’a jamais produit de résultats durables. Il ne construit pas la paix, il entretient l’illusion du consensus.
Aujourd’hui, même ses alliés commencent à se lasser de ces compromis sans lendemain. Le consensus qu’il cultive si soigneusement n’était peut-être qu’une façade fragile. Les pétitions qui s’accumulent contre lui, les voix qui s’élèvent jusque dans son propre camp, révèlent une vérité crue: Vital Kamerhe n’est plus seulement le dialoguiste en chef de la RDC. Il est devenu le symbole d’une méthode épuisée.



