Le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi prêtait serment avec une confiance débordante : « Le peuple d’abord ». Huit priorités claires, un « Programme de 100 jours » ambitieux. Il pensait connaître le Congo. Il se trompait.
Six ans plus tard, le constat est brutal : Tshisekedi a découvert que chaque combat était bien plus redoutable qu’il ne l’avait imaginé depuis l’opposition. Voici sept batailles dont il avait gravement sous-estimé la difficulté.
- Le Système Kabila: Il Croyait Affronter un Homme, pas un Empire
Depuis l’opposition, Tshisekedi voyait Kabila comme l’obstacle principal. Élimine Kabila, pensait-il, et le reste suivra. Erreur fatale. Il n’avait pas compris qu’il combattait un système tissé pendant 18 ans dans chaque rouage de l’État.
Il a pris ses fonctions avec 48 députés sur 500. Le FCC en contrôlait 340. Le Sénat ? 90 sur 109. Les gouverneurs ? 22 sur 26. Tout appartenait à Kabila, même la résidence présidentielle. Comment avait-il pu ne pas prévoir cette paralysie ?
Deux ans perdus à démantibuler cette machine: destituer Jeanine Mabunda en décembre 2020, construire l’ « Union Sacrée » en janvier 2021. Deux ans à découvrir ce qu’il aurait dû savoir: éliminer Kabila ne suffisait pas.
- La Guerre à l’Est et les FARDC: « Je Serai un Gomatracien »
« Je vais venir habiter ici. Je suis prêt à mourir pour la paix. » Goma, octobre 2020. Comment a-t-il pu prononcer ces mots avec une telle légèreté ? Six ans plus tard, il n’y a jamais habité. L’Est est devenu son Waterloo.
Il croyait que la bonne volonté politique suffirait. Il n’avait pas anticipé la résilience du Rwanda, l’inefficacité structurelle des FARDC, ni l’humiliation d’Uvira en décembre 2025. État de siège depuis mai 2021, mercenaires, forces régionales — rien n’a fonctionné.
« J’ai trouvé une armée, pardonnez-moi l’expression, de clochards. » Décembre 2025. Cette déclaration trahit son erreur initiale. Pourquoi avoir attendu six ans pour découvrir l’état catastrophique de son armée ? Il a dû recourir aux mercenaires payés 8 000 USD par mois. Plus de 10 millions dépensés en un mois pour 2 000 mercenaires.
Le paradoxe révèle tout: en 2019, il saluait une armée « bien structurée ». En 2025, il la traite d’« armée de clochards« . Qui a raison ? Les deux versions trahissent un président qui découvre la réalité six ans trop tard.
- La Diplomatie: L’Illusion du Soutien Occidental
Il croyait que Washington et Bruxelles allaient le soutenir fermement contre le Rwanda. Pourquoi cette confiance aveugle? Kabila en 2012 avait obtenu des sanctions contre Kigali. Tshisekedi multiplie les appels sans résultat. Six ans à découvrir que la RDC n’a pas d’alliés automatiques.
Il a joué sa dernière carte: offrir aux États-Unis le cobalt et le coltan en échange d’un soutien militaire. Février 2025: lettre à Trump. Décembre 2025: signature de l’Accord de Washington. Une semaine plus tard: Uvira tombe. Le Rwanda viole l’accord. Rien ne vient.
Comment a-t-il pu croire que sacrifier les ressources stratégiques suffirait ? Cette naïveté diplomatique révèle un président qui découvre tardivement que la géopolitique ne fonctionne pas comme la politique congolaise.
- Sa Propre Base UDPS: Le Kasaï Ne Lui Appartient Pas
L’UDPS était sa force. Il pensait que l’héritage paternel garantissait la loyauté du Kasaï. Six ans plus tard, sa base est en révolte. Comment a-t-il pu ignorer que la fidélité se mérite ?
L’UDPS ne représente que 6,4% des sièges. Au Kasaï, la déception est brutale. « Il n’y a rien de palpable, alors on se débrouille. » Mars 2025: le président fédéral UDPS Kasaï qualifie la gestion de « calamiteuse« . Décembre 2025: le Congrès extraordinaire est bloqué par les luttes intestines. L’affaire Tshilejelu (14 millions USD pour 3 écoles et 2 hôpitaux) ravive les accusations de corruption.
Il a sous-estimé que gouverner exige des résultats concrets, pas des noms glorieux.
- L’Économie et la Justice: Les Promesses d’un Rêveur
« Faire bondir le revenu du Congolais de 458 à 4 288 USD. » Comment a-t-il pu formuler une telle promesse ? Sur quelle base ? Avec quel plan concret ? Cette promesse révèle un candidat qui ne comprenait pas la complexité économique.
En 2025, la chute du Franc a ravagé 40% du pouvoir d’achat. Il a découvert, trop tard, que le vrai président s’appelle le taux de change.
Sur la justice, il reconnait que « s’il y a un bémol à mettre sur mon bilan, je ne suis pas satisfait. » Les 21 milliards réclamés à Kabila ? Introuvables. Les mercenaires américains impliqués dans un coup d’État ? Amnistiés. Il croyait que la « volonté politique » suffirait à vaincre la corruption.
- L’Église: L’Allié Imaginaire Devenu Adversaire
Il pensait avoir la CENCO comme alliée. Il a confondu tolérance et soutien. Erreur stratégique majeure. Il ne savait pas qu’il déclenchait une guerre froide avec la plus puissante institution non étatique.
Le Cardinal Ambongo — contrôlant plus de 200 radios et influençant 50 millions de fidèles — est devenu son adversaire le plus redoutable. La gratuité de l’enseignement ? L’Église a crié à l’« effondrement« . La réforme constitutionnelle ? Opposition frontale. La guerre à l’Est ? Accusations de « propagandiste du Rwanda« .
Il a sous-estimé qu’en RDC, l’Église gouverne sans jamais avoir été élue. Et qu’un président qui tente de gouverner sans sa bénédiction s’expose à une guerre permanente.
- Kinshasa et la Décentralisation: L’Impossible Transformation
Le « Programme de 100 jours » — quelle ambition dérisoire face à 60 ans de chaos. Il croyait vraiment que 304 millions de dollars transformeraient Kinshasa. Cette naïveté révèle un président qui n’avait jamais compris l’ampleur du désordre.
100 camions-bennes pour vaincre 60 ans de négligence ? Le Salongo forcé a créé plus de colère. Les embouteillages sont pires. Sur la décentralisation, même échec. La retenue à la source constitutionnelle n’est toujours pas appliquée. Kinshasa continue de tout centraliser.
Il a découvert, trop tard, que transformer un pays ne se fait pas en 100 jours, ni même en 6 ans, surtout quand on n’a jamais mesuré l’ampleur de la tâche.
Bref,
Félix Tshisekedi n’a pas échoué par incompétence pure. Il a échoué parce qu’il a sous-estimé l’ampleur et la gravité de chaque combat. Depuis l’opposition, il voyait un Congo malade qu’il croyait pouvoir guérir. Au pouvoir, il a découvert un pays en phase terminale.
Il a sous-estimé que le système Kabila était un empire, que la guerre à l’Est était un bourbier stratégique, que les FARDC étaient une « armée de clochards« , que la diplomatie internationale ne répondait pas aux appels, que sa base exigeait des résultats, que l’économie et la justice ne se réformaient pas par décrets, que l’Église gouvernait plus efficacement que l’État, que Kinshasa représentait 60 ans d’échecs.
Ses promesses de 2019 révèlent un candidat qui ne comprenait pas le pays qu’il voulait diriger.
Un opposant brillant peut devenir un président médiocre quand il découvre, six ans trop tard, qu’il avait tout sous-estimé.
La vraie tragédie de Tshisekedi n’est pas d’avoir échoué. C’est d’avoir cru qu’il suffisait d’être président pour transformer le Congo. Il a découvert que diriger la RDC, ce n’est pas gouverner un État. C’est tenter de construire un État sur des ruines tout en combattant sept fronts qu’on n’avait jamais vraiment compris.
Les faits présentés sont basés sur des sources congolaises et internationales documentées.



