Le 30 octobre 2025, le sommet sur les Grands Lacs à Paris a tourné au vaudeville diplomatique. Derrière les rideaux, des frustrations, des alliances secrètes et des promesses en fumée se sont disputé la scène, révélant l’impuissance française et la force de calcul de certains acteurs régionaux.
Voici les huit gifles que le sommet a distribuées – parfois en silence, parfois en pleine lumière.
- Logistique chaotique et tensions diplomatiques
Dès les premières heures, le sommet a donné le ton. Retards massifs, salles mal préparées et couacs protocolaires: le quai-d’orsay semblait improviser un théâtre, greffé au forum de Paris pour la paix où l’on joue la paix avec des décors branlants. Exemple : une scène entre Thérèse Kayikwamba Wagner et Jean‑Noël Barrot. Les deux ministres se sont affrontés devant les caméras lors d’une poignée de main censée être protocolaire. Les images ont rapidement fait le tour des réseaux, incarnant l’humiliation d’une diplomatie française à bout de souffle et l’intransigeance congolaise.
- Promesses fantômes: un milliard promis sans calendrier ni fonds
Emmanuel Macron a brandi la promesse de milliards pour les grands-lacs, mais dans les coulisses, tout le monde savait que ni le budget français ni les Européens ne pouvaient suivre. Ces promesses sonnaient comme un coup de trompette vide: un milliard annoncé sans horloge ni âme, un mensonge manifeste, destiné à masquer la faiblesse réelle de Paris sur le terrain.
- Les Américains et les Qataris: coordination en coulisses
Les États‑Unis et le Qatar continuent de piloter les négociations de paix depuis Washington et Doha, véritables centres de gravité où se décident les équilibres régionaux. À Paris, Macron a tenté de rappeler que tout accord Rwanda‑RDC ou Kinshasa/M23 devait prendre en compte les intérêts français. Mais ce rappel est resté lettre morte : Washington et Doha demeurent les lieux où se jouent réellement les décisions. Le sommet parisien n’a fait que répéter un vœu pieux, et si ses propositions n’étaient pas prises au sérieux, Paris pourrait être contraint de se rapprocher directement de Kinshasa pour négocier des deals miniers et énergétiques pour ses entreprises. Une telle manœuvre risquerait de contourner Kigali et d’éroder l’influence rwandaise à l’Est de la RDC, créant de nouvelles frictions dans la région.
- Frustrations rwandaises et M23
Kigali n’a pas caché son agacement. Le représentant rwandais a rappelé fermement que rien ne peut se décider sans son aval ni celui du M23. La proposition française d’ouvrir l’aéroport de Goma pour des vols humanitaires a été vécue comme une provocation: le Rwanda refuse que Paris ou d’autres acteurs s’immiscent dans ce jeu. Les véritables décisions restent à Washington et Doha, où Kigali discute de son avenir économique, notamment pour surmonter sa crise budgétaire actuelle.
- Absences des chefs d’État africains
Évariste Ndayishimiye a annulé in extremis, piégé par des fuites rwandaises l’accusant de mendier une médiation de Macron pour apaiser Kagame. Museveni a également fait défaut. Paul Kagame a snobé l’invitation, déléguant Olivier Nduhungirehe. Ces absences ont transformé le sommet en un rendez-vous boiteux, confirmant la clairvoyance des présidents qui ont choisi de rester à l’écart.
- Victoire symbolique de Tshisekedi: l’aéroport de Goma et milliards annoncés
Dans ce théâtre d’échecs, Tshisekedi a réussi un coup symbolique. La réouverture de l’aéroport de Goma pour des vols humanitaires lui permet de prendre l’initiative médiatique et d’agacer Kigali. Il a également promis de mobiliser 5 milliards de dollars pour la reconstruction du Nord et du Sud-Kivu dès que le Rwanda quittera le territoire. Une victoire symbolique, médiatique, qui ne change rien sur le terrain mais renforce son image de leader pragmatique.
- Crise humanitaire et manque de financement
L’Est de la RDC est en souffrance. Les financements USAID ont été suspendus et les ONG françaises peinent à intervenir faute de moyens. Certains craignent que les vols humanitaires soient détournés pour extraire des minerais afin de financer les opérations de ces mêmes ONG puisque Paris n’a pas les capacités financières. Le sommet n’a apporté aucune solution concrète, laissant les populations dans l’incertitude et la détresse.
- Diplomatie française en perte de vitesse
Depuis plusieurs années, la diplomatie française se délite. Au sommet, cela s’est vu dans les absences, les promesses vides et l’incapacité à peser sur les discussions régionales. Congo Herald avait anticipé que les présidents absents avaient raison : Paris n’a produit aucun résultat tangible.
Bilan global : échec de Paris, succès limité de Tshisekedi
La France ressort affaiblie, ses milliards fantômes restent des promesses vaines, et Kigali continue de dicter sa stratégie régionale tout en s’opposant à l’entrée d’autres acteurs. Seul Tshisekedi tire un bénéfice symbolique et médiatique, consolidant son image et faisant de promesses que personne ne sait si elles seront tenues. Pour le reste, le sommet confirme l’incapacité de Paris à peser sur les Grands Lacs et la force des alliances régionales notamment celle du M23-RDF et FARDC-FAB.



