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Glissement 2.0 : Tshisekedi Lâche Le Mot Sur Le Troisième Mandat, 8 Opposants Sortent Du Bois… En Attendant Que La CENCO Dise Son Dernier Mot

Le 6 mai 2026 à la Cité de l'Union africaine, Tshisekedi a fait ce que Kabila avait fait avant lui. Il n'a même pas pris la peine de changer le mode d'emploi.

Par Papy Nsiona
8 mai 2026
Dans Politique
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Glissement 2.0 : Tshisekedi Lâche Le Mot Sur Le Troisième Mandat, 8 Opposants Sortent Du Bois… En Attendant Que La CENCO Dise Son Dernier Mot
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« Je n’ai pas sollicité un troisième mandat, mais je vous le dis, si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai. »

Trois heures de conférence, premier face-à-face avec la presse depuis février 2024, et c’est cette phrase qui restera. Pas la croissance. Pas la baisse de l’IRP.

Pas le « soft power » de Fally Ipupa.

Trois phrases. Trois actes politiques en une seule conférence. Trois fissures volontaires dans le verrou constitutionnel.

Les 3 Actes-Phrases Du 6 Mai Qui Ont Tout Fait Basculer

Acte 1. La phrase qui change tout : « Si le peuple le veut, j’accepterai. »

Tshisekedi ne demande pas. Il teste. Il transforme une limitation constitutionnelle, l’article 220, le seul que la Constitution déclare expressément intangible, en simple opinion populaire à recueillir. C’est la manœuvre classique de légitimation plébiscitaire : on contourne le verrou juridique en feignant le respect démocratique. Mobutu appelait ça des plébiscites. Aujourd’hui on dit « consultation populaire ».

Acte 2. Glissement 2.0 : la guerre comme alibi constitutionnel

« Si on ne peut pas terminer cette guerre, malheureusement on ne pourra pas organiser les élections en 2028. Avec l’Ukraine et Zelensky en référence, comme s’il fallait habiller le report en argument démocratique. Tshisekedi fait de l’insécurité un bouclier institutionnel. En conditionnant le scrutin à la « libération totale » de l’Est, il crée un précédent dévastateur : la paix devient l’otage du calendrier présidentiel. Le report devient automatique tant que la guerre persiste, c’est-à-dire potentiellement indéfiniment.

Acte 3. Le référendum-piège : arme à double tranchant promis aux deux côtés.

Toute révision passera, dit-il, par un vote populaire. Beau principe démocratique. Sauf que le pouvoir contrôle l’organisation du scrutin, le calendrier, la logistique, la communication d’État, la CENI et désormais les territoires où le vote sera ou ne sera pas possible. C’est un référendum dont le résultat est annoncé avant le bulletin. Et si la victoire n’est pas garantie, c’est une crise post-vote programmée.

Le glissement, ce mot que Tshisekedi a fait revenir sans le prononcer

Vingt-sept mois de silence présidentiel face à la presse pour ressortir, au final, le mode opératoire que Kinshasa connaît par cœur depuis 2016. De 2016 à 2018, Joseph Kabila a reporté les élections en invoquant l’insécurité. La rue a chauffé, les morts se sont accumulées, et c’est la CENCO, pas le Parlement, pas l’opposition, pas la communauté internationale, qui a fini par négocier l’Accord de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2016, celui qui a forcé un calendrier. Tshisekedi remet exactement ce scénario en marche, à un détail près : il y ajoute le référendum comme mécanisme de contournement de l’article 220.

L’architecture du dispositif est en place depuis octobre 2024, avec des pièces qui s’emboîtent une par une. Commission constitutionnelle annoncée à Kisangani. Article 217 invoqué à Lubumbashi pour faire passer la Constitution actuelle pour un texte « étranger ». Circulaire UDPS du 11 octobre 2024 mobilisant les structures locales. Consultation lancée par André Mbata le 20 avril 2026 jusqu’au 20 mai. Proposition de loi référendaire du député Gaspard Ngondankoy déclarée recevable le 30 avril. Et le 6 mai, le président qui ferme le dispositif en disant tout haut ce que sa machine prépare depuis 18 mois.

L’opposition n’avait pas besoin de longtemps pour répliquer. La LUCHA, qui était en première ligne contre le glissement Kabila entre 2016 et 2018 et qui en a payé le prix en arrestations, a posé en une phrase le piège logique parfait : si on ne peut pas organiser des élections au Nord-Kivu et au Sud-Kivu à cause de la guerre, comment organiser un référendum dans ces mêmes provinces ? Soit le pouvoir peut organiser un scrutin national malgré la guerre, et alors les élections de 2028 doivent se tenir. Soit il ne peut pas, et alors le référendum non plus. Le piège est fermé. Derrière la LUCHA, en 24 heures, voici ceux qui sont sortis du bois.

Les 8 Voix Qui Ont Démoli Tshisekedi En 24 Heures

1. Seth Kikuni : « Franchir Le Rubicon .» Le président de Piste pour le Congo a posé la phrase la plus virale de la séquence le 6 mai au soir. « Si Félix Tshisekedi menace de confisquer 2028 par la guerre, les oppositions, armées et non armées, n’auront qu’un seul chemin : franchir le Rubicon et jeter les dés. Kikuni ne parle plus d’urnes. Il parle de bras de fer existentiel. Le mot « armées » dans la même phrase que « non armées » fait basculer le vocabulaire politique d’un cran. C’est la première fois qu’un opposant auto-proclamé évoque ouvertement l’option non-institutionnelle. Le Rubicon, dans le mythe, n’a qu’un sens : on le traverse, on ne revient pas.

2. Delly Sesanga : « Les Masques Sont Tombés », Mobilisation À Kinshasa.

Le président d’ENVOL, qui tente depuis des mois d’organiser des manifestations dans la capitale, a transformé en 48 heures la colère en démonstration de force sur le terrain : marche programmée à Kinshasa le 8 mai. Pour lui, Tshisekedi « manœuvre désormais à découvert pour un troisième mandat par plébiscite » et il appelle « tous les démocrates à faire obstacle à cette dérive ». Le mot « plébiscite » n’est pas neutre. C’est exactement ce qu’on appelait les votations Mobutu pour valider l’évidence. Et la mobilisation de Sesanga prouve une chose : Tshisekedi a réussi l’exploit de réunir des opposants qui se détestaient hier.

3. Olivier Kamitatu / Ensemble Pour La République : « Tshisekedi Déclare La Guerre Aux Congolais »

Le porte-parole du parti de Moïse Katumbi a rendu officielle la position du camp Ensemble le 8 mai, et la formule choisie n’est pas anodine : « La Constitution est non négociable. Aucun glissement. Aucune révision. En 2028, Tshisekedi doit partir. Avec une accusation directe : le président « déclare la guerre » aux Congolais. Le parti, jusqu’ici relativement mesuré dans le ton, vient de passer en mode guerre froide assumée. Plus de marge de compromis, plus d’ambiguïté tactique. C’est le signal d’une opposition structurée qui prépare 2028 comme un combat non négociable.

4. Néhémie Mwilanya : « Coup d’État Constitutionnel ».

L’ancien directeur de cabinet du fugitif le plus recherché d’Afrique, Joseph Kabila, donc ancien architecte de la machine de pouvoir kabiliste, a sorti la formule qui fait le plus mal : « coup d’État constitutionnel sans fondement juridique ». Venant d’un homme qui a passé des années dans les arcanes de l’exécutif, l’expression a un poids opérationnel que les opposants classiques ne peuvent pas avoir. Le cercle des « anciens » du système qui connaissent les ficelles se referme sur Tshisekedi pour lui dire qu’il fait précisément ce qu’il a passé sa vie politique à dénoncer chez Kabila.

5. Claudel-André Lubaya : L’Artillerie Juridique Lourde.

L’ancien député en exil, désormais proche de Kabila (autre ironie de la séquence), a sorti le calibre constitutionnel. Il rappelle que la Constitution « organise exclusivement les modalités de sa révision, et non celles de sa transgression », invoque l’article 220 qui verrouille les mandats, et brandit les articles 164 et 165 sur la haute trahison. Verdict : invoquer la « volonté du peuple » pour contourner les dispositions intangibles relève de la « démarche frauduleuse ». Traduction kinoise : on ne se cache plus derrière le peuple pour faire ce que la Constitution interdit nommément.

6. Francine Muyumba : La Cacophonie UDPS Mise À Nu.

L’ancienne sénatrice et polémiste en chef du PPRD a enfoncé le clou de la contradiction. L’UDPS a passé vingt ans à dénoncer la Constitution de 2006 comme « constitution de l’étranger qu’il fallait congoliser ». Aujourd’hui, c’est le même UDPS qui veut la modifier sous impulsion d’un partenariat étranger : le SPA US-RDC. Muyumba va plus loin : si on ne peut pas organiser d’élections en 2028 à cause de la guerre, comment organiser un référendum dans les mêmes provinces ? Le second mandat de Tshisekedi a été obtenu en 2023 dans ce même contexte de guerre. Les contradictions s’empilent et ne se rangent plus.

7. Martin Fayulu : « La Ligne Rouge, C’Est Le 3e Mandat »

Le candidat malheureux deux fois à la présidentielle a posé sa marque le 8 mai dans une conférence de presse attendue : « La ligne rouge, c’est le 3e mandat. Tshisekedi ne l’aura pas. » Lamuka et l’ensemble du camp Fayulu enfoncent : l’article 220 est une « ligne rouge infranchissable ». Pas négociable, pas contournable par référendum, pas modifiable par consultation Mbata. Et Fayulu rappelle ce qui devrait vraiment occuper le pouvoir : l’eau, l’électricité, l’insécurité, la pauvreté. Pas la mécanique du maintien.

8. Moïse Katumbi : « Pas De 3e Mandat, Quel Qu’Il Soit »

L’ancien candidat en exil a laissé son équipe parler d’abord, puis a posé sa propre marque, alignée sur une résolution du Congrès américain qui a déjà mis en garde Kinshasa. La formule est devenue mot d’ordre : « pas de 3e mandat pour le président de la République, quel qu’il soit ». Le « quel qu’il soit » est la clé. Il ferme la porte aux tentatives de plébiscite par populisme. Ce n’est pas le visage du président qui pose problème, c’est le principe de la confiscation. Et ce « quel qu’il soit » s’adresse aussi, en sous-texte, à ceux qui voudraient candidater Katumbi sur le même mécanisme.

Et la CENCO, dans tout ça ? L’État Dans L’État Qui N’A Pas Encore Parlé

C’est la question qui pèse le plus lourd. Et la réponse n’est pas encore tombée.

La Conférence Épiscopale Nationale du Congo n’est pas un acteur politique parmi d’autres. Comme l’avait documenté notre enquête d’août 2025 sur le pouvoir et l’argent de la CENCO, il s’agit d’une infrastructure parallèle dont la force ne tient pas seulement à l’autorité morale. Elle tient à des chiffres bruts que Kinshasa connaît par cœur, et qui expliquent pourquoi le pouvoir attend, le souffle court, son verdict.

Premier propriétaire foncier du pays après l’État. Écoles, hôpitaux, centres de formation, résidences épiscopales, terres agricoles, immeubles de rapport. Certains diocèses brassent des budgets supérieurs à des ministères entiers. Les flux financiers transitent par Rome, la Suisse et la Belgique, hors de portée de tout audit kinois.

Près de 50 millions de fidèles catholiques touchés chaque dimanche par les sermons. Aucune télévision d’État, aucune campagne de pub, aucun algorithme à payer. La consigne pastorale arrive directement, partout, simultanément.

Plus de 200 radios communautaires CENCO qui façonnent l’opinion de 70 % des Congolais, bien au-delà de ce que la RTNC a jamais espéré atteindre. Là où la BCC peine à faire passer un communiqué, la CENCO produit du débat politique.

30 000 observateurs électoraux déployés en 2018, la plus grande infrastructure d’observation du pays, plus dense que la CENI elle-même sur certains terrains. L’arme ultime qui en découle s’appelle le boycott. Si la CENCO retire son sceau d’observation, plus aucun scrutin congolais n’est crédible. Ni auprès du peuple, ni auprès du Vatican, ni auprès des bailleurs internationaux. Le référendum Ngondankoy peut être adopté à l’Assemblée, promulgué, organisé. Sans bénédiction épiscopale, il sera mort-né.

Un accès direct au Vatican qui se traduit par un accès direct aux parlements européens, aux chancelleries occidentales et aux bailleurs de fonds. Là où les diplomates congolais patientent dans les couloirs, les évêques sont reçus en première ligne. Le SPA US-RDC peut être signé à Washington. Il devra encore traverser la lecture critique de Rome.

Cette force n’est pas théorique. En février 2025, la CENCO et son alliée protestante l’ECC ont présenté un plan de sortie de crise directement aux rebelles du M23 : sans mandat gouvernemental, sans permission de la présidence, sans consultation du ministère des Affaires étrangères. Elles ont agi comme un État dans l’État, parce qu’elles peuvent. L’épisode est récent. Tshisekedi y était. Il s’en souvient.

C’est cette même CENCO qui a négocié l’Accord de la Saint-Sylvestre du 31 décembre 2016, celui qui a fini par contraindre Kabila à organiser les élections de 2018. C’est elle qui a publié, mi-avril 2026, une analyse critique du SPA US-RDC dénonçant la clause de réforme constitutionnelle comme un cheval de Troie. Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de l’épiscopat, avait obtenu fin 2024 du président lui-même qu’il s’engage à ne pas s’éterniser au pouvoir. La promesse vient d’être enterrée à la Cité de l’UA. La CENCO le sait. Et l’ECC se positionne avec elle.

L’histoire récente dit une chose simple. Quand la CENCO frappe, le pouvoir plie. Pas toujours immédiatement, pas toujours élégamment, mais il plie. Tshisekedi le sait. Augustin Kabuya le sait. André Mbata le sait. Et au 8 mai en  soir, toujours aucun communiqué officiel CENCO sur la sortie présidentielle. Le silence est assourdissant. Ce n’est pas de la neutralité, c’est une délibération stratégique. La CENCO pèse ses mots avec la conscience que ce qu’elle dira fera pencher la balance, et que personne, à Kinshasa ou ailleurs, ne pourra la contredire. Tshisekedi joue gros.

Le Glissement Sans Le Mot, Le Rubicon Déjà Dans L’Eau

Tshisekedi vient de passer, en trois heures et trois phrases, d’un président en fin de second mandat à un candidat déclaré en mode survie politique. Il n’a pas eu besoin de prononcer le mot « glissement » pour faire glisser. Il aura besoin d’un référendum dans des provinces où il dit lui-même qu’on ne peut pas voter. D’une « volonté populaire » fabriquée par une consultation Mbata qui se ferme dans douze jours. D’une révision constitutionnelle qui prétend ne pas toucher à l’article 220 tout en touchant exactement ce que l’article 220 protège. Et pendant qu’il avance ses pièces, il a réussi en 48 heures ce qu’aucun adversaire n’avait obtenu jusqu’ici : refaire l’unité d’une opposition fracturée, pousser Kikuni à parler de Rubicon, faire sortir Kamitatu en mode guerre froide, et ramener Mwilanya, l’ancien architecte du système Kabila, dans le débat avec la formule qui tue : « coup d’État constitutionnel ».

L’UDPS d’Étienne Tshisekedi avait construit sa légitimité historique sur le refus du glissement Kabila. L’UDPS de Félix Tshisekedi est en train de construire le sien sur le glissement Tshisekedi. Le pays entre dans une séquence de haute tension où deux logiques s’affrontent désormais frontalement. Soit l’opposition et la CENCO réussissent à imposer le respect strict de la Constitution. Soit Tshisekedi impose sa logique « paix d’abord, élections ensuite », c’est-à-dire jamais, tant qu’il décide que la paix n’est pas là.

Le Rubicon est déjà dans l’eau. Kikuni l’a dit le premier, et personne dans le camp adverse n’a osé le contredire. La suite dépendra de qui clignera des yeux en premier. La CENCO, en pesant son silence, sait qu’elle aura le mot final.

La CENCO n’a pas dit son dernier mot. Quand elle le dira, on saura qui plie.

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