Kinshasa, 25 octobre 2025 – À cinq jours de la conférence international sur la « paix et la prospérité dans les Grands Lacs », organisé par Emmanuel Macron en coordination avec le Togo à Paris les 29-30 octobre, les regards se tournent vers Félix Tshisekedi. Invité aux côtés de Paul Kagame, accusé de soutenir le M23, Fatshi risque d’ajouter un énième voyage à son palmarès : plus de 45 déplacements à l’étranger depuis le début de son second mandat, pour un coût cumulé estimé à 1,58 milliard de dollars depuis 2019. Dans un contexte de guerre larvée à l’Est, d’inflation galopante et de remaniements politiques internes, ce trip parisien apparaît comme une distraction coûteuse.
Entre les tentations du prestige international et l’impératif de l’action nationale, le Président congolais ferait un choix stratégique en déléguant sa participation, préférant la gestion de crises intérieures cruciales et le maintien de ses acquis diplomatiques.
La présidence de Félix Tshisekedi, « Fatshi » pour les Djalelos, a souvent été marquée par une hyperactivité diplomatique qui lui a valu le sobriquet de « Globetrotter ». Si le prestige des rencontres internationales est indéniable, l’approche du sommet parisien met en lumière une question stratégique pour Kinshasa: est-ce le moment de s’éparpiller, alors que les enjeux de pouvoir intérieurs et les acquis sécuritaires exigent une concentration totale ?
Ces voyages, justifiés par une « diplomatie active » face à la crise est-congolaise, masquent une gouvernance « de l’extérieur », au moment où la RDC affronte une urgence humanitaire sans précédent, avec plus de 7 millions de déplacés internes dus aux mouvements terrostistes du M23 et aux ADF.
Les réactions dans les cercles du pouvoir, avec échos amplifiés sur les réseaux sociaux, qualifient ces escapades de « distractions royales », soulignant l’incohérence d’un leader qui promet la guerre en campagne tout en tendant la main à Kigali lors de sommets européens.
La Diplomatie Macron: Le Mirage des Solutions
L’analyse de la politique étrangère française récente, notamment sous la direction d’Emmanuel Macron, révèle un fait préoccupant: une grande visibilité sans impact durable sur la résolution des conflits. Qu’il s’agisse de la crise au Liban, de l’enlisement du dossier israélo-palestinien, ou de l’instabilité croissante au Sahel, l’activisme français se solde souvent par un manque de solutions concrètes. Des promesses de reconnaissance d’un État palestinien à l’ONU ou d’appels au retrait israélien au Liban restent lettre morte, masquées par des annonces tonitruantes qui masquent une inaction criante.
Pour le Président Tshisekedi, s’aligner sur ce type d’initiative risque de l’associer à une dynamique de « faire-semblant » diplomatique. D’autant plus que la position de Macron est fragilisée par une politique intérieure de plus en plus contestée: démission du Premier ministre, crise sur les retraites et un gouvernement minoritaire qualifié d' »incapables » de stabiliser le pays. Un homme politique en difficulté domestique a besoin d’exister sur la scène mondiale; ses sommets sont souvent perçus comme des outils de communication pour faire passer le temps des autres à trop parler sans solution, détournant l’attention des acteurs clés de leurs responsabilités nationales. Le calcul est simple: un gain de prestige mineur à Paris ne compensera jamais la perte de crédibilité face à l’inaction visible à Kinshasa.
Le Piège du Double Jeu: Quand Paris Finance l’Agresseur
L’argument le plus décisif contre la participation de Fatshi à ce sommet réside dans la posture ambiguë de la France et, plus largement, de l’Union européenne. L’Est de la RDC continue de souffrir du pillage des minerais de guerre – coltan, or, étain –, dont l’exploitation finance des groupes armés comme le M23 via leur parrain régional, le Rwanda. Ces minerais transitent massivement par Kigali pour être raffinés et vendus sur les marchés mondiaux, et l’Union européenne en est un acquéreur majeur. Plus récemment, la signature par l’UE d’un partenariat stratégique avec le Rwanda, doté de centaines de millions d’euros pour sécuriser les matières premières critiques, a été perçue par Kinshasa comme un affront direct, donnant une légitimité économique à un pays accusé d’être l’instrument de la déstabilisation.
La France, en tant que puissance dominante au sein de l’UE, est complice de cette dynamique, soit par son silence, soit par son inaction concrète pour bloquer les filières de minerais illégaux.
Des alertes sur l’origine illégale de ces ressources sont ignorées, et des sanctions sur des leaders M23 coexistent avec un soutien persistant à Kigali.
Aller à Paris à l’invitation de Macron dans ce contexte reviendrait à ce que Tshisekedi valide, de facto, le double jeu de la France.
C’est un piège politique: participer, c’est taire les griefs nationaux au profit d’une courtoisie diplomatique coûteuse en souveraineté. L’absence serait un acte de protestation silencieuse mais tonitruante.
Les Acquis de Fatshi: L’Impératif de la Concentration
Malgré les obstacles extérieurs, Fatshi a enregistré des avancées stratégiques qui nécessitent un suivi ininterrompu. Le processus de Washington, impulsé par l’administration américaine, et les négociations de Doha sont des mécanismes patiemment construits pour isoler les agresseurs et mobiliser le soutien international. Malgré des reports, ces pourparlers persistent, avec un cessez-le-feu fragile et des conditions fermes pour tout accord économique avec Kigali. L’utilisation récente et remarquée de drones pour cibler les menaces terroristes du M23 est un signal fort de souveraineté et de détermination.
Cette offensive asymétrique a forcé les rebelles à la défensive dans le Sud-Kivu, démontrant une capacité militaire accrue. Ces victoires d’étapes prouvent que Fatshi est déjà sur la bonne voie. L’éparpillement des efforts dans un sommet thématique non prioritaire risquerait de diluer cette dynamique positive. S’écarter de Kinshasa, c’est ralentir ces dynamiques et affaiblir la pression sur les forces armées.
L’Enjeu Interne : Le Facteur Kabila
L’analyse des enjeux de pouvoir interne est sans doute la raison la plus impérieuse de rester à Kinshasa. L’ancien Président, chef rebelle et fugitif Joseph Kabila a récemment réinvesti massivement dans son nouveau mouvement politique, « Sauvons la RDC« , lancé à l’issue d’un conclave à Nairobi.
Plus significatif encore: des éléments et individus clés de son appareil sont rentrés dans la capitale, avec un mandat d’action interne bien défini – mobilisation contre le régime sous couvert de « sauvetage national », dénonciation de verdicts judiciaires et appel à un dialogue inclusif soutenu par les Églises. C’est une période de repositionnement politique et de potentielle agitation. La présence physique de Fatshi est essentielle pour afficher l’autorité, contrer toute tentative de déstabilisation, sécuriser l’administration et gérer la transition sans dérapage, confirmant ainsi sa maîtrise de la situation.
La Délégation, un Acte d’Affirmation
La participation de Félix Tshisekedi au sommet de Macron est un luxe que la RDC ne peut se permettre.
L’efficacité diplomatique est aujourd’hui secondaire face à l’impératif sécuritaire, la nécessité de contrer les mouvements politiques internes, et surtout, face au risque de valider un double jeu géopolitique.
Le choix stratégique n’est pas de boycotter la France, mais de déléguer la représentation de la RDC à un ministre compétent.
Ce faisant, Fatshi enverrait un signal puissant: sa priorité est le sol congolais et il ne transigera pas sur la souveraineté en s’associant à ceux dont les actions contredisent les paroles. Le temps de la construction est à Kinshasa, pas à Paris.



