En 2013, dans un petit bureau de Londres, un jeune activiste de la Congolese Action Youth Platform (CAYP) forge un néologisme qui deviendra un cri de guerre : GENOCOST – « génocide pour gains économiques ». Douze ans plus tard, ce mouvement né de la rage et de la mémoire est devenu une commémoration nationale en RDC, célébrée chaque 2 août dans 26 villes à travers quatre continents. Mais au-delà du symbole, GENOCOST pose une question juridique brûlante : pourquoi refuse-t-on au Congo ce qui a été accordé à d’autres nations meurtries ?
La Genèse : Quand La Diaspora Refuse L’amnésie
Tout commence avec le Rapport Mapping de l’ONU en 2010. Plus de 600 pages documentant l’horreur: massacres systématiques, viols de masse, pillage organisé des ressources. Le rapport pointe du doigt le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi. Puis… silence. Aucune poursuite. Aucune réparation. L’impunité comme réponse internationale.
En 2013, face à ce silence assourdissant, la CAYP à Londres crée le GENOCOST. Le terme n’est pas choisi au hasard: il fusionne « genocide » et « cost » pour dénoncer la racine économique des massacres congolais. En 2025, le président Tshisekedi appelle le Parlement à voter une résolution reconnaissant officiellement le génocide, et la ministre des Droits humains demande solennellement aux Nations Unies la création d’un Tribunal international spécial pour la RDC.
Ce qui était un cri de jeunes de la diaspora devient une démarche d’État. GENOCOST n’est plus seulement commémoratif – il devient une exigence juridique de justice et réparations.
Nuremberg 1945 : Quand La Justice Devient Universelle
Dans les décombres de l’Europe, le Tribunal de Nuremberg invente un principe révolutionnaire: les crimes contre l’humanité transcendent les souverainetés nationales. Vingt-quatre dignitaires nazis comparaissent. Douze sont pendus. Plus crucial encore: un corpus juridique naît, établissant que la responsabilité individuelle ne peut se cacher derrière « les ordres reçus ».
Le parallèle avec GENOCOST est limpide: si l’Allemagne nazie a dû rendre des comptes pour ses crimes systématiques, pourquoi les architectes des massacres congolais – documentés avec la même minutie par l’ONU – échapperaient-ils à cette logique ? La prescription n’existe pas pour les crimes contre l’humanité. Nuremberg l’a établi. GENOCOST ne fait que demander l’application de ce précédent en RDC.
Réparations Allemandes : 80 Milliards D’euros Et Toujours En Cours
En 1952, l’Allemagne signe l’Accord de Luxembourg avec Israël: 3 milliards de marks pour l’Holocauste. Mais le chiffre réel dépasse aujourd’hui 80 milliards d’euros versés aux survivants et descendants. La leçon ? Les réparations ne sont pas symboliques, elles sont constitutives de la justice. Reconnaître la souffrance sans compensation financière reste une demi-justice.
Pour GENOCOST, ce précédent est vital: si l’Allemagne paie encore 80 ans après, pourquoi la Belgique coloniale, les États ayant soutenu les groupes armés dans l’est du Congo, les multinationales ayant profité des minerais de sang échapperaient-ils à leur responsabilité financière ? L’argument du « c’est du passé » ne tient pas face au modèle allemand.
Le Tpir Et L’afrique Du Sud : La Justice Africaine Reconnue
Quand le génocide rwandais fait un million de morts en 100 jours, l’ONU crée le Tribunal Pénal International pour le Rwanda. Budget: 2 milliards de dollars sur 21 ans. Message implicite: les crimes africains méritent la même attention que les crimes européens.
Ce que GENOCOST rappelle cruellement: les acteurs de ce génocide n’ont pas disparu aux frontières rwandaises. Ils ont fui au Congo, créé des groupes armés, perpétué les massacres. Le TPIR a documenté ces « prolongements congolais ». Si le génocide rwandais est reconnu internationalement, ses conséquences sur le territoire congolais doivent l’être aussi.
L’Afrique du Sud, elle, choisit une Commission Vérité et Réconciliation présidée par Desmond Tutu. Plus de 21 000 témoignages recueillis. Leçon: la documentation systématique de l’horreur devient base juridique des réparations. GENOCOST peut s’inspirer de cette méthodologie éprouvée.
Yougoslavie Et « Femmes De Réconfort » : L’universalité De La Justice
Le Tribunal pour l’ex-Yougoslavie juge 161 personnes, dont le président Milošević. Le message est desormais clair qu’aucune fonction politique ne protège des poursuites. Plus significatif encore, le TPIY établit un fonds d’indemnisation financé par les avoirs saisis aux condamnés. Modèle tout à fait applicable au Congo : les seigneurs de guerre qui ont pillé les ressources congolaises ont des avoirs internationaux saisissables.
Les « femmes de réconfort » japonaises obtiennent reconnaissance et réparations 50 ans après les faits. La leçon temporelle est cruciale pour le GENOCOST: la justice transitionnelle n’a pas de date d’expiration. On ne peut opposer au Congo que « trop de temps s’est écoulé ». Les violences sexuelles de masse dans l’est congolais, documentées depuis des décennies, méritent le même traitement que les crimes japonais en Asie.
Pourquoi Pas Le Congo ? La Question Qui Dérange
Récapitulons ce qui existe déjà dans l’arsenal juridique international :
- Tribunaux pour juger les crimes de masse (Nuremberg, TPIR, TPIY)
- Mécanismes de réparation éprouvés (Allemagne, Japon)
- Commissions vérité pour documenter l’horreur (Afrique du Sud)
- Fonds d’indemnisation par saisie d’avoirs criminels (TPIY)
- Reconnaissance que la prescription n’existe pas pour ces crimes
Tous ces outils existent. Ils ont été testés. Validés. Appliqués sur quatre continents.
Alors quand la RDC demande un Tribunal international spécial et la reconnaissance du 2 août comme journée de commémoration, elle ne réclame pas un traitement d’exception. Elle demande simplement l’application des standards que la communauté internationale s’est donnés.
Le double standard devient obscène: L’Allemagne paie l’Holocauste, le Japon indemnise ses victimes, les tribunaux jugent les crimes yougoslaves et rwandais… mais le Congo devrait se contenter du silence ? Sur quelle base juridique ou morale ?
Genocost : De La Mémoire À L’exigence
Chaque 2 août depuis 2013, des milliers de Congolais à travers le monde commémorent leurs martyrs. Ce qui était geste mémoriel devient désormais démarche judiciaire. Face à l’agression rwandaise et aux terroristes du M23, GENOCOST rappelle que des dizaines de millions de Congolais n’ont eu pour seul tort que d’appartenir à une nation riche en ressources.
La légitimité de GENOCOST ne se discute pas – elle se démontre par 80 ans de jurisprudence internationale. Refuser au Congo ce qui a été accordé ailleurs reviendrait à admettre que certaines victimes méritent justice et d’autres non, que certains crimes doivent être poursuivis et d’autres oubliés.
Le temps de l’amnésie sélective est révolu. De Nuremberg à aujourd’hui, la justice transitionnelle a établi un principe simple, les crimes de masse doivent être reconnus, poursuivis, réparés. GENOCOST ne fait que demander l’application de ce principe au peuple congolais.
Car en droit comme en conscience, comme aiment le precher la CENCO, refuser la justice au Congo alors qu’on l’a accordée à d’autres n’est pas de la prudence diplomatique – c’est de la complicité.
Le GENOCOST n’est pas négociable. C’est une dette de justice que l’histoire finira par réclamer.



