Analyse – La pétition contre Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, a pris tout le monde de court. Plus de 260 députés qui signent noir sur blanc pour réclamer son départ : on peut débattre des raisons, mais une chose est sûre, la scène a de quoi surprendre. Pourquoi ? Parce qu’ailleurs, une telle crise aurait fini autrement… beaucoup autrement.
Voici 5 raisons pour lesquelles cet épisode prouve que, malgré toutes ses contradictions, la RDC démontre une certaine maturité et civisme politique.
- On Sort les Stylos, Pas les Kalachnikovs
Quand le Parlement s’enflamme ailleurs, ça vire parfois au coup de force. En Guinée, on a connu les chars ; au Mali, les militaires. À Kinshasa ? On sort… une pétition. C’est moins spectaculaire, mais tellement plus civilisé. Et même si certains soupçonnent toujours le président de la République de tirer les ficelles dans l’ombre (vieille habitude congolaise), cette fois-ci, ni Tshisekedi ni même la Première ministre n’ont pipé mot. Pas de directive officielle, pas de coup de téléphone enregistré. La présidence observe, attentive, mais silencieuse. Une première qui donne un goût de démocratie adulte.
- La Constitution Comme Arme Fatale
Pas besoin de grenades lacrymogènes ou de sièges barricadés. Les députés ont utilisé l’outil prévu par les textes : la pétition pour déchoir un membre du bureau. C’est ça, la démocratie : régler les comptes par le droit, pas par la force. Comparez avec l’Ouganda, où chaque tentative de réforme parlementaire tourne au pugilat, ou avec le Venezuela, où l’Assemblée et l’Exécutif s’annulent mutuellement à coups de décrets et de juges partisans. À Kinshasa, pour une fois, on ne crie pas dans la rue: on lit la Constitution. Et ça change tout.
- Un Parlement Qui Ose Dire Non
Souvent accusée d’être une chambre d’enregistrement, l’Assemblée nationale montre qu’elle peut être un contre-pouvoir. Dire “non” à son propre président, c’est comme si un orchestre coupait le micro de son chef. Rare, mais signe que les musiciens savent jouer sans dictée permanente. Rappelons qu’ailleurs, les parlements censés être souverains plient vite : en Russie, la Douma n’a jamais osé dire “niet” au Kremlin ; au Zimbabwe (surtout celui de Robert Mugabe), l’Assemblée se contente d’applaudir les décisions venues d’en haut. À Kinshasa, des députés qui osent se rebeller contre leur propre speaker ? C’est inattendu, et franchement, ça force le respect.
- Pas de Culte de la Personnalité
Hier encore, Kamerhe revenait en force, acclamé comme le “pacificateur”. Aujourd’hui, ses collègues rappellent que le fauteuil n’appartient pas à un homme, mais à l’institution. En RDC, on découvre doucement qu’aucun nom n’est au-dessus du règlement intérieur. C’est déjà une petite révolution. Car ailleurs, ce scénario se termine rarement bien : souvenez-vous de la Côte d’Ivoire de l’ère Gbagbo, où toute remise en cause du chef se payait cash, ou encore du Cameroun, où l’Assemblée nationale ressemble plus à une salle d’attente du palais présidentiel qu’à un contre-pouvoir. Le Congo, lui, choisit de rappeler à Vital Kamerhe que l’Assemblée a une mémoire, et surtout, une règle écrite plus forte que la popularité d’un homme.
- La RDC Déjoue les Pronostics
On le disait condamné à la répétition : crises, violences, transitions chaotiques. Mais là, la démonstration est claire : un conflit politique majeur peut se régler dans les institutions et non dans la rue. Ironie : le Congo, souvent caricaturé comme l’exemple de l’instabilité, donne ici une leçon de stabilité. Bien sûr, le pays reste traversé par des turbulences judiciaires – entre les dossiers sulfureux autour de Joseph Kabila, les plaintes et la condamnation des figures comme Constant Mutamba, et les procès fantômes qui ressurgissent toujours au moment opportun. Mais malgré ce climat empoisonné, la machine institutionnelle a choisi de fonctionner normalement. Pas d’armée, pas de menaces de coup de force: juste des signatures et des débats en plénière. C’est peut-être banal ailleurs, mais au en RDC, c’est un petit séisme démocratique.
Un Signal Faible, Mais Puissant
Ne soyons pas naïfs. La suite dépendra des alliances, des deals de coulisses et de la Commission politique. Mais le simple fait que la bataille se mène dans le respect des textes est déjà un signe de maturité. À l’heure où certains pays préfèrent encore les bottes aux bulletins, la RDC rappelle que le droit, même fragile, reste plus fort que les coups de poing.



