Uvira, 2 juillet 2025. Dans les rues de Kinshasa, Lubumbashi, Goma, Bukavu, Kisangani, le nom de Jean-Jacques Purusi Sadiki, gouverneur du Sud-Kivu, résonne avec une nouvelle promesse. Après des mois d’indignation face aux détournements massifs de la solde des militaires des FARDC, engagés sur les fronts brûlants de la province, l’annonce est tombée comme un couperet le 30 juin : identification biométrique obligatoire pour tous les FARDC et Wazalendo du Sud-Kivu. Une décision radicale pour débusquer les « soldats fantômes » qui coûtent des millions au trésor public et affaiblissent notre défense.
Le Sud-Kivu, un chaudron de guerre et de corruption
Cette mesure n’est pas un coup d’épée dans l’eau. Elle intervient alors que le Sud-Kivu est un véritable baril de poudre. Uvira, ville stratégique, est le théâtre de tirs nourris entre FARDC et les milices Wazalendo, tandis que l’ombre de la rébellion AFC-M23 plane, avec des troupes à peine à 60 kilomètres au nord de Bukavu et des mouvements suspects signalés près d’Uvira. La province est un « microcosme de militarisation », où les lignes entre armée régulière, milices et groupes armés sont souvent floues, comme l’ont documenté des rapports sur la militarisation de l’Est.
C’est dans ce chaos que prospère un système pervers : celui des « soldats fantômes ». Ce ne sont pas de simples erreurs administratives, mais un mécanisme bien huilé où des officiers peu scrupuleux s’enrichissent en détournant les salaires d’hommes qui n’existent que sur le papier. Un officier en fuite après un détournement récent en est la preuve flagrante. Ce système, ancré dans l’économie informelle et la faiblesse du contrôle étatique, saigne les caisses de l’État et, pire encore, trahit nos vrais soldats qui risquent leur vie sans être payés.
Le scanner biométrique : Une arme contre l’impunité ?
Le gouverneur Purusi ne mâche pas ses mots : cette initiative est « cruciale » pour établir le nombre réel de nos défenseurs. Une équipe spécialisée de Kinshasa est déjà à Uvira, collaborant avec le ministre provincial Foka Maike. Le choix d’Uvira, devenu le nouveau centre névralgique de l’administration provinciale face à l’offensive du M23, est symbolique. C’est au cœur du conflit que la réforme doit partir.
Mais le défi est titanesque. Comment recenser précisément des milliers d’hommes dans une zone de guerre où les lignes de front bougent constamment ? Comment s’assurer que les milices Wazalendo, dont Human Rights Watch a récemment dénoncé les abus généralisés contre des civils, se soumettront à cette transparence ? La tâche est immense, la résistance risque d’être féroce.
L’heure de vérité pour le Sud-Kivu
Cette « révolution silencieuse » dans la gestion des effectifs militaires pourrait bien faire trembler les fondations de la corruption qui gangrène les institutions nationales. C’est un test grandeur nature pour le gouverneur Purusi, qui doit prouver qu’il peut non seulement défendre sa province contre les menaces extérieures, mais aussi assainir l’armée de l’intérieur.
Plus de flou artistique, plus d’arrangements entre « copains » : chaque homme en uniforme devra désormais justifier son existence et son salaire. Dans un Sud-Kivu en ébullition, où les déploiements militaires régionaux (comme ceux du Burundi) et les tensions persistent malgré les pourparlers de paix, cette transparence est peut-être la seule voie pour restaurer la confiance, renforcer nos forces armées et, enfin, distinguer les vrais soldats des profiteurs de guerre.
C’est une question de survie pour la province, et de dignité pour la nation.



