Tina Salama n’est pas une simple porte-parole. Elle est la voix, le visage et le bouclier de la Présidence de Félix Tshisekedi depuis 2023. Dans un contexte marqué par les défaites militaires à l’Est du pays, les difficultés économiques et les accusations d’impunité, son rôle s’est transformé en exercice d’équilibrisme périlleux.
Est-elle une « Fatshistanaise » inconditionnelle, une « Djalelistanaise » opportuniste, ou la simple victime d’un système de propagande Tshisekediste?
Décryptons le rôle de celle qui doit vendre un rêve présidentiel confronté à une réalité cauchemardesque.
- Le Piège de la « Victoire Imminente » sur l’Est
Tina Salama a été la première à annoncer la « montée en puissance » des FARDC et une « diplomatie cohérente au service de la paix ». Le 8 décembre 2025, le Président a répété ce mantra devant la Nation. Mais sur le terrain, l’entrée des commandos RDF à Uvira, les revers à Bukavu et les positions perdues en chaîne racontaient une autre histoire. Les officiers congolais parlaient d’une « ligne de front effondrée ». La vérité est que les FARDC ne montent pas en puissance. C’est l’ennemi qui avance. Son rôle a été de vendre une illusion sécuritaire, transformant la parole présidentielle en source de déception populaire.
- Le Service Après-Vente de la Parole du Chef
Le véritable rôle de Da Tina, celui qu’aucune fiche de poste n’ose écrire, c’est d’être le service après-vente des déclarations présidentielles. Quand Tshisekedi parle de « réforme constitutionnelle » sans préciser s’il vise un troisième mandat, c’est elle qui gère l’incendie. Quand il évoque une « stabilisation macroéconomique » alors que le climat des affaires est catastrophique, c’est elle qui explique. Elle doit constamment transformer les ambiguïtés en clarté, les contradictions en cohérence. Ses compétences formidables sont mobilisées pour coller les morceaux d’un discours présidentiel parfois décousu.
- Les Guerres de Palais
Au sein de la machine présidentielle, Salama navigue dans un champ de mines. Les tensions avec Patrick Muyaya, ministre de la Communication souvent surnommé “ministre de propagande” par Olivier J.P. Nduhungirehe, illustrent le flou institutionnel: qui parle au nom de qui ? Pour consolider le dispositif, le Président a nommé Kalenga Kazadi Roger comme porte-parole adjoint sous son autorité. Mais ce binôme Salama-Kazadi suffira-t-il face à une opinion publique exigeante ? Résultat: un pouvoir qui parle d’une seule voix en théorie, mais de plusieurs voix discordantes en pratique.
- Blanchir l’Impunité sous Couvert de Diplomatie
Des mercenaires américains impliqués dans une tentative de coup d’État ont été amnistiés et renvoyés chez eux. Da Tina, la porte-parole a dû justifier pourquoi les « gros poissons » étrangers bénéficient d’une impunité tandis que les citoyens ordinaires subissent la rigueur de la loi. Elle se retrouve à blanchir l’impunité judiciaire sous couvert de « diplomatie », à transformer une capitulation juridique en geste de sagesse politique.
- La Fatshistanisation du Pouvoir
La communication présidentielle est centrée sur l’image personnelle de Tshisekedi. Dans cette logique, tout succès est attribué au Chef, toute initiative porte sa marque. Salama devient l’architecte d’un culte de la personnalité moderne. Le risque est que, si le Chef échoue, tout l’édifice s’écroule, laissant la porte-parole comme fusible principal. Dans un système où tout repose sur un homme, toute défaillance devient une faillite totale.
- Le Rempart Contre le Chaos Informationnel
Son rôle est constamment de démentir les fausses ordonnances, de dénoncer les attaques mensongères. Dans l’espace public congolais, où la rumeur circule plus vite que la vérité, elle mène un combat épuisant. Sa fonction est moins d’informer que de contrôler le narratif face à l’anarchie médiatique. Son talent est mobilisé pour une bataille défensive permanente qui l’éloigne de toute ambition journalistique et communicatrice noble.
- Une Professionnelle Piégée par un Mandat Impossible
Diplômée de l’IFASIC et de l’ESJ Lille (classée meilleure école de journalisme par Le Figaro), titulaire d’un Master en Management des Médias, ancienne Directrice Adjointe à Radio Okapi, l’outil de propagande onusienne par excellence (unique femme à ce niveau), auteure de Ma vie pendant la guerre… Et après (2021) où elle raconte son vécu à Bukavu, militante contre les violences faites aux femmes — son parcours est exemplaire.
Mais aujourd’hui, Da Tina se retrouve à justifier l’injustifiable. Elle doit vendre une « cohérence » diplomatique là où règnent la contradiction et les revers. Lorsque le Président a parlé le 8 décembre de « stabilisation » pendant que la misère ravageait le peuple, de « tolérance zéro » pendant que les barons obtenaient leur liberté provisoire, c’est elle qui devait porter ce message.
Elle devait transformer le « Congo du Discours » — souverain, stable, prospère — en réalité crédible, alors que le « Congo du Réel » est sous pression du dollar, sous déroute militaire, sous anesthésie judiciaire.
Ce qui est clair est que… Tina Salama n’est ni une simple « Fatshistanaise » ni une « Djalelistanaise ». Elle est une femme exceptionnelle devenue la Pièce Maîtresse d’une machine de communication en perte de vitesse. Son parcours aurait dû faire d’elle un symbole d’espoir. Au lieu de cela, elle porte un fardeau impossible: défendre l’indéfendable, protéger l’image d’un pouvoir qui accumule les échecs.
L’écart entre la RDCongo décrite et la RD Congo vécue n’a jamais été aussi abyssal. Et c’est dans ce fossé que Da Tina exerce son métier — non plus comme journaliste au service de la vérité, mais comme communicante au service d’une illusion.
La question est desormais: combien de temps une professionnelle de son calibre pourra-t-elle colmater les brèches d’un navire en perdition ? À quel moment son intégrité entrera-t-elle en collision avec les exigences d’une loyauté politique devenue insoutenable ?
Le Président avance — avec ou sans cohérence. Mais Tina Salama devra un jour choisir entre la voix qu’on lui demande d’être et la voix qu’elle aurait pu être.
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Les faits présentés sont basés sur des événements publics et des sources congolaises documentées.



